Politique

Présidentielle au Mali : comment les poids lourds de la politique se préparent pour 2022

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Par - Envoyée spéciale
Mis à jour le 23 avril 2021 à 16:28

Parmi les candidats potentiels, trois anciens Premier ministres (de g. à d.) : Modibo Sidibé, Moussa Mara et Soumeylou Boubèye Maïga. © MONTAGE : JA : ISSOUF SANOGO/AFP; ISSOUF SANOGO/AFP; Nicolas Remene / Le Pictorium/MAXPPP

Les anciens Premiers ministres Soumeylou Boubèye Maïga, Moussa Mara et Modibo Sidibé, l’homme d’affaires Aliou Boubacar Diallo… Plusieurs poids lourds préparent déjà l’élection prévue les 27 février et 13 mars 2022. Les partis eux-aussi s’organisent, comme le RPM, de l’ex-président IBK, et l’URD, du défunt Soumaïla Cissé.

Depuis le début de la transition, les politiques de tous bords préparent les élections présidentielle et législatives, prévues en mars 2022. Malgré la multiplication de mouvements réunissant parfois plusieurs partis et organisations de la société civile, près d’une trentaine de candidats pourraient se présenter au départ de la course pour le palais présidentiel Koulouba. « Pour la première fois de notre histoire, les trois grands partis qui existent sont décapités au même moment », explique le président de la Convergence pour le développement  du Mali (Codem), Housseini Amion Guindo.

Le Rassemblement pour le Mali (RPM) est affaibli par la chute d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), le 18 août 2020, l’Union pour la république et la démocratie (URD) orpheline depuis la mort de Soumaïla Cissé, le 25 décembre, et l’Alliance pour la démocratie au Mali-Parti africain pour la solidarité et la justice (Adema-PASJ), parti historique, se trouve sans leader capable de rassembler ses membres.

Cartes rebattues

Les deux premiers ont déjà fait savoir qu’ils allaient présenter des candidatures en interne. Tout au long de la crise qui a éclaté après les législatives d’avril-mai 2020 et des manifestations du Mouvement du 5 Juin (M5) qui ont mené à sa chute, IBK a paru bien isolé. « Certains militants nous reprochent de ne pas l’avoir soutenu », confie un cadre du parti. Mais les relations entre IBK et sa famille politique n’étaient pas des plus simples, le RPM estimant n’avoir jamais eu la place qui lui revenait au sein de l’exécutif. Qu’à cela ne tienne, le parti compte sur sa bonne implantation locale pour les législatives et les municipales. Dès novembre 2020, les cadres du RPM ont entrepris une tournée dans les régions pour renouer avec les militants de base du parti. Reste à trouver un candidat assez charismatique et rassembleur pour la présidentielle.

« Le RPM, l’URD et l’Adema vont peser sur l’élection, mais pas de manière centrale. Comme aucun candidat interne de ces trois partis n’est en mesure de les rassembler et de gagner l’élection, ils risquent de sortir sérieusement affaiblis, voire de disparaître après les élections », estime l’ancien Premier ministre Moussa Mara. En attendant le congrès d’investiture de Yelema, prévu en septembre, ce dernier a quitté la tête de son parti, dont il est désormais un membre de base, et participe à des activités sociales à travers le pays. « Le parti connaît une période de croissance sans précédent, dit-il. Les jeunes voient que c’est celui où l’on a ses chances, car il y du renouvellement à sa tête. » Cela sera-t-il un atout pour Yelema lors des prochains scrutins ?

De nombreux candidats potentiels

D’autres personnalités occupent le terrain depuis plusieurs mois. Président d’honneur de l’Alliance démocratique pour la paix (ADP-Maliba), l’homme d’affaires Aliou Boubacar Diallo, arrivé troisième à la présidentielle de 2018, a déjà entamé une tournée à travers le pays pour rencontrer ses partisans. Fin mars, le parti Forces alternatives pour le renouveau et l’émergence (FARE An Ka Wuli), de l’ancien Premier ministre Modibo Sidibé, a procédé à sa rentrée politique à Yanfolila.

Même s’il ne s’est pas encore exprimé sur une éventuelle candidature, on prête également des ambitions présidentielles à un autre ancien chef de gouvernement, Soumeylou Boubèye Maïga. Son parti, l’Alliance pour la solidarité au Mali-Convergence des forces patriotiques (Asma-CFP) avait obtenu cinq sièges à l’issue des législatives de 2020, avant la dissolution de l’Assemblée. Au lendemain du coup d’État, il était également présenté comme l’un des conseillers les plus influents de l’ex-Comité national pour le salut du peuple (CNSP). Son successeur à la primature, Boubou Cissé, accusé d’être à la tête d’une opération visant à déstabiliser la transition, fait aussi partie de ceux qui pourraient être tentés par la présidentielle. De même que certains leaders de la société civile et des hommes d’affaires, tels que Seydou Coulibaly, le patron de Cira.

« Cette élection ne se gagnera pas tout seul. Ce sera la victoire d’un collectif », assure Housseini Amion Guindo, à la tête de Espérance Nouvelle-Jigiya Kura. Le mouvement, qui réunit une vingtaine de partis et d’organisations de la société civile, a fait sa rentrée politique le 3 octobre. Selon un diplomate ouest-africain basé à Bamako, le M5 serait lui aussi tenté de présenter un candidat. Mais le mouvement est affaibli, depuis le début de la transition, et divisé. L’ex-ministre des Affaires étrangères et président du Parena, Tiébilé Dramé, est également en train de former un mouvement qui réunit plusieurs partis et associations.

Autre chef de la diplomatie en son temps, Tiéman Hubert Coulibaly, président de l’Union pour la démocratie et le développement (UDD), réfléchit également à une possible candidature.

Enfin, si la charte de la transition empêche les principaux acteurs de cette dernière, ceux qui occupent des postes à responsabilité, de se présenter aux prochaines élections, le soutien des militaires pourrait être déterminant quant à leur issue.

Débats houleux sur l’organisation

À dix mois de la présidentielle, le jeu reste très ouvert. Mais en attendant, l’organisation des différents scrutins suscite des débats houleux. Après les relances insistantes de la Cedeao, de l’ONU et de la classe politique, le gouvernement a publié un calendrier électoral le 15 avril. Ce chronogramme fixe la tenue d’un référendum constitutionnel le 31 octobre 2021, puis celle des élections locales (conseillers communaux, de cercle, de région, de district) le 26 décembre. Il prévoit l’organisation du premier tour de la présidentielle couplé à celui des législatives législatives le 27 février 2022, les éventuels seconds tours étant respectivement prévus les 13 et 20 mars. 

Le Premier ministre, Moctar Ouane, a également mis en place un comité d’orientation stratégique qui réuni les partis et les organisations de la société civile. Plusieurs réformes institutionnelles et électorales seront évoquées, parmi lesquelles l’augmentation du nombre de députés et la création d’un organe unique de gestion des élections. Sur ce point, deux positions s’affrontent, les uns estimant qu’il est nécessaire pour rétablir la confiance dans le processus électoral, d’autres qu’il ne pourra être opérationnel à temps.

« Comment créer en moins d’un an une administration avec une direction générale et des directions spécialisées, qui seront déconcentrées dans tout le pays ? Je ne pense pas que cela soit possible, explique Moussa Mara. Le système n’est pas mauvais, le problème est qu’on a trop de mauvais perdants. C’est l’administration qui organise matériellement les élections avec les candidats, qui ont d’ailleurs des représentants dans les bureaux de vote. Il y a suffisamment de garde-fous pour nous assurer que les élections ne soient pas volées. »

Le système n’est pas mauvais, le problème est qu’on a trop de mauvais perdants.

Pour Ibrahima Sangho, président de l’Observatoire pour les élections et la bonne gouvernance au Mali, la nomination de gouverneurs militaires ainsi que la modification de la loi qui permet de nommer des militaires à des postes d’administrateurs civils, c’est-à-dire de préfets et de sous-préfets, a contribué à renforcer la défiance à l’égard d’une organisation des élections par l’administration. Afin de rétablir la confiance, il faudra également « auditer le fichier électoral et introduire la publication en ligne des résultats par bureau de vote », ajoute-t-il.