Politique

Sahel : l’Algérie et le Niger accordent leurs violons

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Par - à Alger
Mis à jour le 15 avril 2021 à 12:34

Le Premier ministre algérien Abdelaziz Djerad, et le ministre des Affaires Étrangères, Sabri Boukadoum, se sont rendus le 2 avril au Niger pour assister à l’investiture du président élu Mohamed Bazoum. © Interlignes Algérie

Emaillée de tensions sous la présidence de Mahamadou Issoufou, la relation algéro-nigérienne devrait connaître un renouveau avec l’élection de Mohamed Bazoum.

« Si sa santé le lui avait permis, le président Abdelmadjid Tebboune aurait probablement participé à l’investiture du président Mohamed Bazoum au Niger [le 2 avril 2021]. Son message de félicitations transmis par le Premier ministre Abdelaziz Djerad était pour le moins expressif. D’ailleurs, sa présence même ainsi que celle du ministre des Affaires étrangères Sabri Boukadoum sont le signe de l’importance accordée au maintien des bonnes relations entre Alger et Niamey », glisse un diplomate algérien, avec beaucoup d’enthousiasme, pour décrire ce qu’il considère comme une étape dans la nouvelle stratégie de l’Algérie envers ses voisins du Sahel.

« Niveau exceptionnel des relations »

Aussitôt élu à la tête du Niger, Mohamed Bazoum a d’ailleurs reçu, le 30 mars, un appel de son homologue algérien. Lors de l’entretien, les deux présidents « se sont félicités du niveau exceptionnel des relations qui lient l’Algérie et le Niger, ont examiné les moyens de les promouvoir et échangé les vues sur les principales questions d’intérêt commun », annonce un communiqué de la présidence algérienne.

Une semaine plus tard, ce sont deux avions-cargos de l’armée de l’air algérienne qui ont été envoyés à Niamey pour y livrer 60 tonnes de denrées alimentaires. L’ambassadeur d’Algérie à Niamey, Ali Drouiche, présent à la réception de ce don, n’a pas manqué de faire valoir auprès des médias nigériens la « solidarité » dont fait preuve Alger à l’égard de son voisin du Sud, à la veille du mois de ramadan.

Les accords d’Alger en cause

Mais derrière ces très classiques communiqués confraternels, les relations entre les deux pays, traditionnellement amicales, ont connu quelques accrocs durant le mandat de Mahamadou Issoufou. Ce dernier avait notamment multiplié les déclarations contre les accords d’Alger, signés en 2015 et censés ouvrir la voie à une solution politique dans le nord du Mali.

« Le statut de Kidal est une menace pour la sécurité intérieure du Niger. Nous constatons, avec beaucoup de regrets, que des mouvements signataires des accords de paix d’Alger ont une position ambigüe et sont de connivence avec les terroristes. Nous ne pouvons plus l’admettre », avait ainsi attaqué l’ex-président nigérien à Bamako, en septembre 2019.

Issoufou pointait un accord perçu comme un facteur de séparatisme au nord du Mali. L’article 6 de l’accord, notamment, prévoyait une décentralisation renforcée, en particulier la création d’une assemblée régionale élue au suffrage universel. De son côté, Alger reprochait à l’ex-président nigérien d’avoir ouvert les portes de son pays aux États-Unis et à la France.

Investissement militaire

Aujourd’hui, certains considèrent que le redémarrage des relations entre Alger et Niamey est le prélude d’un important investissement de l’Algérie dans la région.

L’opinion publique algérienne est abreuvée depuis plusieurs mois par des discours promettant une sortie de crise économique passant par l’exportation de produits nationaux vers les pays du Sahel. Fin mars, les autorités algériennes ont ainsi procédé à un découpage territorial et administratif, avec la création de dix nouvelles wilayas (départements), visant à redynamiser les relations avec les pays de la région et favoriser les échanges économiques. Sept wilayas, contre quatre auparavant, sont désormais limitrophes aux pays du Sahel, dont trois avec le Niger.

Il est question que l’Algérie participe au contingent des Casques bleus de la Minusma

Depuis quelques semaines, un ballet incessant entre les capitales malienne, mauritanienne, nigérienne et algérienne s’est par ailleurs mis en place, avec des visites d’officiels et des promesses d’aides et d’investissements algériens dans la région. Il est ainsi question que l’Algérie participe au contingent des Casques bleus de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma), une évolution encouragée par ses voisins sahéliens.

« Il va falloir du temps pour régler la question malienne. Les Touaregs sont intégrés au Niger et vivent en osmose avec d’autres communautés. Au Mali, ils sont concentrés au nord et ont moins de contacts avec les populations du sud comme les Bambaras, qui nourrissent de la méfiance à leur égard. On compte sur l’Algérie pour désenclaver les régions désertiques, ce qui permettra de promouvoir une alternative à l’enrôlement des jeunes dans les groupes armés », a d’ailleurs récemment déclaré un ancien ministre nigérien au quotidien français L’Opinion.