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Riad Sattouf

Auteur de bandes dessinées, ce Franco-Syrien collabore notamment à Charlie Hebdo. Un iconoclaste, un vrai !

Par - Fadwa Miadi
Mis à jour le 11 septembre 2006 à 16:09

« Quand j’étais petit, j’avais proposé à l’un de mes cousins de dessiner le Prophète et il m’avait répondu : Non, c’est interdit et on irait en enfer. J’ai réussi à le convaincre en lui disant qu’on n’avait qu’à dessiner quelqu’un qui lui ressemble. J’avais alors fait un personnage manga, et mon cousin un homme qui ressemblait à son père », confie Riad Sattouf. C’est ce souvenir d’enfance que ce Franco-Syrien né au pays de Voltaire en 1978 a choisi de mettre en bulles lorsque Charlie Hebdo lui a demandé de participer il y a quelques semaines à son très controversé dossier « caricatures danoises ». Il dit être fier que l’hebdomadaire auquel il collabore depuis quelque « 97 semaines » ait (re)publié ces fameux dessins qui ont pourtant suscité l’ire des musulmans aux quatre coins de la planète.

Le goût de la provocation et de la subversion, Riad Sattouf l’a donc certainement depuis son âge tendre passé dans un village syrien, Ter Maaleh, du côté de Homs. De cette période dans le pays de son père, il dit ne garder que de « très mauvais souvenirs » et tout juste des bribes d’arabe. « J’ai fait l’expérience d’une société où les gens ne pouvaient pas faire ce qu’ils voulaient. Les enfants étaient ultraviolents, les adultes n’étaient pas doux et, déjà, tout petit, je ne supportais pas cette omniprésence de la religion », explique-t-il. Son refuge d’alors ? Les bandes dessinées que lui envoie sa grand-mère et qu’il dévore. Il découvre alors Tintin : Le Trésor de Rackham le Rouge est probablement à l’origine de sa vocation. Car, tout jeune, il sait qu’il veut être dessinateur. Une fois son bac en poche, il suit des études en arts appliqués puis entre à la prestigieuse École des Gobelins en 1999.
Depuis qu’il a quitté la Syrie en 1992, Riad Sattouf n’y a guère remis les pieds si ce n’est virtuellement en 2004 avec Ma Circoncision, un livre illustré plutôt qu’une bande dessinée, où il règle ses comptes avec son père et la Syrie. La sortie en France de ce livre d’inspiration autobiographique suscite une polémique… Un tel accueil ne le surprend pas. « Je m’y attendais parce que je présente la circoncision sous un mauvais jour alors qu’elle est pratiquée par des millions de gens. C’est normal que certains soient choqués. De plus, je montrais une réalité violente qui ne correspond pas forcément à l’image romantique que certains se font du Moyen-Orient qui pour eux est une société tellement « accueillante » et « hospitalière ». Ce livre controversé lancera sa carrière et lui permettra d’étendre rapidement sa bibliographie. Ma Circoncision à peine en rayon, le quotidien Libération lui propose de publier sa bande dessinée suivante, No Sex in New York, et les propositions désormais se bousculent. Il en est aujourd’hui à son troisième tome de la série Les Pauvres Aventures de Jérémie (éditions Dargaud) dont le premier est sorti en 2002 et lui a valu l’année suivante le prix Goscinny. Il tient aussi sa colonne, baptisée « La vie secrète des jeunes », dans Charlie Hebdo. Car les adolescents, de préférence ceux mal dans leur peau, sont les personnages de prédilection de Riad Sattouf. Ils hantent inévitablement chacun de ses albums, notamment dans Retour au collège, paru en septembre dernier chez Hachette Littérature.

Pourquoi la prédominance d’une telle thématique ? « L’adolescence est un âge où on est obligé d’accepter (plus ou moins bien) que l’on devient adulte, mais aussi où les sentiments sont exacerbés et bruts. En même temps, ces jeunes incarnent la société en devenir », explique Riad, qui ne nie pas puiser dans ses souvenirs des années collège pour être au plus près des émotions de Jérémie, Sandrine et autres ados qu’il croque avec tendresse. Ce qui le frappe le plus chez les collégiens d’aujourd’hui ? ?« Ils sont tous fiers d’être catho, juif ou musulman, et ce besoin de s’identifier par la religion n’existait pas de mon temps. »
Des projets ? Il en a à la pelle : un scénario de long-métrage et plusieurs albums, dont une suite des Pauvres Aventures de Jérémie ainsi qu’une BD sur le troisième âge… Preuve, peut-être, qu’il est tout à fait remis de sa puberté.