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Maroc : heureux comme un actionnaire à la Bourse de Casa ?

Réservé aux abonnés | | Par - à Casablanca
En 2020, le chiffre d’affaires des entreprises cotées à la Bourse de Casablanca a baissé de plus de 5 %.

En 2020, le chiffre d’affaires des entreprises cotées à la Bourse de Casablanca a baissé de plus de 5 %. © Alexandre Dupeyron pour JA

Malgré le recul des marges bénéficiaires dû à la crise, le versement des dividendes aux actionnaires des entreprises cotées devrait être maintenu.

Globalement, en 2020, le chiffre d’affaires des entreprises cotées à la Bourse de Casablanca a baissé de plus de 5 %. L’année écoulée a connu pour rappel plus de trois mois de confinement, avant un retour à la normale progressif mais jamais fluide. Dans le détail, hormis les banques, les télécoms, l’industrie pharmaceutique, la grande distribution et les mines, aucun secteur n’a pu voir son chiffre d’affaires progresser.

Sous l’effet combiné de la baisse du chiffre d’affaires et du maintien des charges, le RNPG (résultat net part du groupe, celui qui revient à l’actionnaire principal) ne pouvait pas évoluer positivement. En plus de ces effets liés à la crise sanitaire, la capacité bénéficiaire des entreprises a également reculé à la suite des cotisations souscrites volontairement au Fonds Covid-19 qui a atteint 4,2 milliards de dirhams (386 millions d’euros). Le RNPG global chute de 35,5 % à 17,4 milliards de dirhams, et les bénéfices globaux ressortent toujours en baisse de 20% à 21,6 milliards de dirhams.

La performance du secteur bancaire a été fortement impactée par la hausse du coût du risque

En dehors de Maroc Telecom, Managem, Sonasid et Label’vie, aucune autre « Big Cap » n’a pu dégager des bénéfices. Pour 2020, 48 sociétés, soit 71,4 % de la capitalisation globale, ont connu une contraction de leur RNPG, comme nous le rapporte un rapport de la BMCE Capital Research.

« Ce repli s’explique principalement par la performance du secteur bancaire, qui a été fortement impacté par la hausse du coût du risque et la contribution au fonds de solidarité du Covid-19. D’autres secteurs tels que l’assurance, l’immobilier et le ciment ont connu un contexte difficile à cause du confinement et des conséquences socio-économiques liées à la pandémie », explique Kamal Zine, consultant en banque et assurance passé par Mazars et la CDG.

Abondants dividendes versés

Pourtant, des dividendes ont été annoncés, et abondamment, au titre de l’exercice 2020. Presque 15 milliards de dirhams vont être reversés aux actionnaires pour les sociétés ayant communiqué sur leur politique de distribution. À la même période de 2020, le montant cumulé des dividendes s’est élevé à 13,6 milliards de dirhams après une révision imposée par la pandémie, alors que le montant initial avoisinait 17,2 milliards de dirhams. Au titre de l’exercice 2018, les sociétés cotées à la Bourse de Casablanca avaient distribué 21,8 milliards de dirhams de dividendes.

La pression des actionnaires est importante en ce moment

Les analystes de la place casablancaise signalent aussi que le recul des dividendes de Maroc Telecom de 28 % à 3,5 milliards de dirhams au titre de 2020, contre presque 5 milliards pour 2019, peut à lui seul expliquer le recul observé entre les deux années.

« Moins de 40 % des entreprises, soit 20 % de la capitalisation globale, n’ont pas encore communiqué au sujet des dividendes, mais cela ne veut pas dire qu’elles renoncent. Il va y avoir des tractations avec les actionnaires qui veulent aussi se donner le temps de jauger le potentiel de 2021. Ce qui est certain, c’est que la pression des actionnaires est importante en ce moment. Mais c’est un peu la règle du jeu », nous explique un investisseur qui détient quelques participations en Bourse.

Les exemples ne manquent pas d’entreprises ayant choisi de distribuer plus qu’en 2019 ou même de braver la chute des résultats nets pour faire plaisir à l’actionnaire. Globalement, le taux de baisse du RNPG est, dans une majorité des cas, plus fort que celui du dividende distribué.

La stabilité est capitale pour optimiser les chances de réussite des stratégies

L’assureur AtlantaSanad appartenant à la famille Bensalah a décidé d’accorder un dividende supérieur de 36 % à celui distribué l’an passé, ce qui peut se comprendre étant donné que les résultats ont progressé de 26 %. Dans le cas de la Lafarge Holcim, dont le résultat net a baissé de 12 % mais le dividende a augmenté de 56 %, c’est moins conforme aux pratiques apprises sur les bancs des écoles de commerce.

Stabiliser l’actionnariat

« Les entreprises cotées cherchent, à travers une politique stable de distribution des dividendes, à attirer les investisseurs et stabiliser leurs actionnariats. Cette stabilité est importante pour optimiser les chances de réussite des stratégies de croissance et de développement sur le long terme », ajoute Kamal Zine.

De nombreux facteurs laissent présager une reprise économique prochaine

Le marché casablancais a pour ambition d’attirer et surtout de conserver les investisseurs, qui pourraient facilement êtres tentés par d’autres choix d’investissement ou même par un changement de place financière. Les entreprises s’inscrivent dans la même configuration concernant leur relations avec les actionnaires. L’objectif est de pouvoir compter sur ces derniers si la situation s’aggrave ou s’il faut doper les fonds propres.

« Plusieurs facteurs expliquent que les entreprises cotées soient plus optimistes quant aux perspectives économiques dans le pays. Le bon déroulement de la campagne de vaccination, le lancement du fonds Mohammed VI pour l’investissement et les plans de relance établis aux États-Unis et en Europe constituent des éléments très encourageants pour une reprise économique au Maroc. Ainsi, pour l’ensemble de ces éléments, les entreprises cotées font un effort en matière de dividende pourvu que le contexte économique s’améliore dans les prochains mois », conclut notre consultant en banque et assurance.

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