Société

Fédération algérienne de football : pourquoi Kheireddine Zetchi a renoncé à un second mandat

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Mis à jour le 12 avril 2021 à 13:14

Kheireddine Zetchi, président de la Fédération algérienne de football. © New Press/SIPA

Considéré comme un homme mis en place à la tête de la fédération algérienne de football par le clan Bouteflika, l’homme d’affaires a renoncé à se présenter à un second mandat en vue de l’élection du 15 avril.

« L’élection du président de la Fédération algérienne de football (FAF) est une chose beaucoup trop sérieuse pour que le pouvoir politique ne s’en mêle pas », prévient, avec une certaine dose d’ironie, un journaliste algérien, sous couvert d’anonymat.

Kheireddine Zetchi a renoncé à se présenter à un second mandat, alors que l’élection aura lieu le 15 avril prochain, et cela n’étonne finalement personne. L’homme d’affaires de 55 ans savait depuis près de deux ans qu’il n’est plus en odeur de sainteté dans les arcanes du pouvoir. Et le ministre algérien des Sports, Sid Ali Khaldi, n’a jamais manqué une occasion de le lui rappeler.

Il n’y aura donc aucun suspense lors de cette élection, puisqu’une seule candidature a été validée. Il s’agit de celle de Charaf-Eddine Amara, 56 ans, qui est depuis 2018 le président du CR Belouizdad, champion d’Algérie en titre, mais surtout le PDG de Madar Holding, dont l’unique actionnaire est l’État algérien.

Zetchi humilié lors de la CAN 2019

Personne, en Algérie, n’a oublié l’humiliation vécue, en juin 2019, par le futur ex-patron du football algérien au Palais du peuple, quelques jours après que la sélection nationale a remporté la Coupe d’Afrique des nations (CAN) en Égypte face au Sénégal (1-0) –  un titre que le pays attendait depuis 29 ans.

Le ministre des Sports avait remercié et félicité Djamel Belmadi, le sélectionneur, son staff technique et les joueurs, au nom de la nation et du chef de l’État par intérim de l’époque, Abdelkader Bensalah, mais en omettant de citer Zetchi et le bureau fédéral de la fédération. Un oubli « bien évidemment volontaire », souffle le dirigeant d’un club professionnel algérien. Le président de la FAF sera même privé, un peu plus tard, de la médaille de l’ordre du mérite national, alors qu’elle avait été attribuée aux joueurs et au personnel technique, médical et administratif.

Les raisons de ce désamour étalé au grand jour entre l’État et la FAF s’expliquent par des raisons à la fois sportives et politiques. « Le point positif, au niveau du bilan sportif, est la victoire de la sélection à la CAN  », intervient l’économiste Smaïl Lalmas, président de l’Association nationale Algérie Conseil Export (ACE), qui suit de très près le football algérien. L’Algérie s’est d’ailleurs d’ores et déjà qualifiée pour l’édition de la CAN 2022 au Cameroun, en continuant de proposer, lors des qualifications face au Zimbabwe, à la Zambie et au Botswana, ce jeu offensif et spectaculaire qui lui avait permis de gagner la CAN en Égypte.

Mais comme ses prédécesseurs, Zetchi ne s’est pas vraiment penché sur les véritables maux du football algérien. La corruption y demeure une pratique très répandue, le professionnalisme, réel sur le papier, reste souvent très aléatoire dans sa mise en œuvre, et la politique globale de formation de jeunes joueurs, des entraîneurs et des arbitres n’a jamais vraiment décollé. « Comme les autres présidents de la FAF, Zetchi s’est surtout occupé de la sélection nationale, sans trop s’intéresser au football local. Il n’y a pas eu d’avancées significatives », ajoute Lalmas, alors qu’on évoque un déficit d’environ dix millions d’euros pour la FAF.

Proche de Saïd Bouteflika

Mais les vraies raisons qui ont poussé le pouvoir algérien à se débarrasser de Zetchi sont très éloignées des affaires du terrain. « En Algérie, le président de la fédération de football est presque plus puissant que le ministre des Sports. C’est un poste clé, car la FAF génère des revenus importants, avec les sponsors notamment. L’État préfère ainsi voir à sa tête un homme qui lui est fidèle », poursuit Smaïl Lalmas.

En 2017, le régime en place voyait en l’homme d’affaires – ayant fait fortune dans la céramique avec les Faïenceries algériennes et fondé le club de Paradou AC – le profil idoine. « Paradou est un club formateur, qui a réussi à vendre des joueurs à l’étranger. Zetchi avait donc le bon profil pour diriger le foot algérien aux yeux du clan Bouteflika », explique encore journaliste algérien.

Pour Smaïl Lalmas, « le pouvoir politique cherche à utiliser et contrôler le football, sans forcément le développer. Le nouveau régime veut que la fédération soit dirigée par quelqu’un sur qui elle peut compter, et personne n’a oublié que Zetchi était proche notamment de Saïd Bouteflika [le frère de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika, ndlr] et qu’il avait été élu dans des conditions très contestables ».