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Football – Constant Omari : « La RDC n’est pas en mesure d’organiser une compétition internationale »

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Mis à jour le 18 avril 2021 à 10:35

Constant Omari au siège de la Fifa, à Zurich, en 2016 © Alexander Hassenstein/FIFA via Getty Images

Alors que le football congolais est au plus bas après l’élimination des Léopards dans la course à la CAN 2022, le président de la Fédération congolaise de football a décidé de passer la main. Entretien.

Constant Omari, 63 ans, ne briguera pas un nouveau mandat. Après avoir passé dix-huit ans à la tête de la Fédération congolaise de football association (Fecofa), il a décidé de passer la main à un moment où son sport vit des heures agitées. Devancée dans son groupe qualificatif par le Gabon et la Gambie, l’équipe nationale ne participera pas à la Coupe d’Afrique des nations (CAN) au Cameroun en 2022. Le sélectionneur, Christian Nsengi Biembe, va être remercié prochainement, et la fédération s’est mise en quête de son successeur.

S’il est aussi membre du comité exécutif et du conseil de la FIFA, et a occupé les postes de vice-président et même de président par intérim de la Confédération africaine de football (CAF) lors de la suspension d’Ahmad Ahmad, Constant Omari désigne un seul et unique responsable aux déboires du foot congolais : l’État. Tout en assurant avoir eu de bonnes relations avec Joseph Kabila, tout comme avec son successeur Félix Tshisekedi, il plaide pour que les autorités mettent davantage la main à la poche et qu’elles instaurent des mesures fiscales propres à favoriser le sponsoring privé.

Jeune Afrique : Pourquoi avez-vous décidé de ne pas être candidat à un autre mandat ?

Constant Omari : J’aurais pu démissionner après notre élimination pour la CAN 2022, mais j’ai encore des responsabilités à assumer, dont la nomination du futur sélectionneur. Je suis président de la Fecofa depuis 2003, j’ai été membre de la CAF et de la FIFA, deux instances où j’ai assumé de nombreuses et importantes fonctions. J’estime qu’il est temps pour moi de passer la main. Je ne dis pas que je m’éloignerai définitivement du milieu du football, mais je ne m’imagine plus y jouer un rôle prépondérant.

Beaucoup font du bruit, mais personne n’a le niveau pour diriger la Fecofa

L’élimination des Léopards du Congo pour la CAN 2022 a été très mal vécue dans le pays. Quelle est la part de responsabilité de la fédération dans cet échec ? 

On peut même parler de traumatisme national. Le football congolais traverse une période compliquée, avec cette élimination, et celles du TP Mazembe et de l’AS Vita Club en Ligue des champions. Aujourd’hui, nous savons que nous devons changer des choses, à commencer par le staff technique des Léopards.

Notre priorité est de passer le deuxième tour des qualifications pour la Coupe du monde 2022 [la RDC aura comme adversaires Madagascar, la Tanzanie et le Bénin], qui débutera en juin. La dernière fois que la sélection a atteint la phase finale, c’était en 1974, en République fédérale d’Allemagne.

Pour atteindre cet objectif, la RDC aura besoin d’un sélectionneur réputé, donc cher. En avez-vous les moyens ? 

Nous en sommes pour l’instant à la réception des candidatures. Une fois que des profils auront été sélectionnés, il faudra entamer des discussions avec le gouvernement, puisque c’est lui qui paiera le salaire – financièrement, la Fecofa dépend largement de lui. Mais je pense que l’État est prêt à faire un effort, bien sûr dans les limites du raisonnable, car cette qualification pour la Coupe du monde est aujourd’hui une ambition nationale.

Allez-vous profiter des derniers mois de votre mandat pour préparer votre succession ?

Non. Ce n’est pas mon rôle. Ce n’est pas à moi d’imposer un système qui fonctionnera après mon départ. Ce que je constate aujourd’hui, c’est que beaucoup font du bruit, mais que personne n’a le niveau pour diriger la Fecofa.

Je pense qu’en dix-huit ans, nous avons réussi pas mal de choses : la sélection locale a remporté deux fois le Championnat d’Afrique des nations, en 2009 et en 2016, le TP Mazembe a remporté plusieurs titres continentaux, nous avons réussi à faire fonctionner notre championnat national, malgré quelques difficultés et le football féminin est désormais plus structuré. La fédération a également financé l’installation de pelouses synthétiques, à Kinshasa notamment, au stade des Martyrs et au stade Tata Raphaël.

Nos infrastructures ne sont pas au niveau, à l’exception de celles du TP Mazembe

La Fecofa jouit par ailleurs d’une certaine réputation au niveau international. Mais j’ai aussi des regrets, dont le fait que la sélection ne se soit pas qualifiée pour la Coupe du monde 2018 et qu’elle n’ait pas gagné la CAN.

Vous avez plusieurs fois critiqué l’État congolais, l’accusant de ne pas consacrer assez de moyens au football. Pourquoi les coûts sont-ils si importants ? 

Il faut différencier certaines choses. Prenons le cas de la sélection nationale : les joueurs voyagent en business class, sont logés dans des hôtels cinq étoiles et touchent de belles primes. Certains clubs n’ont pas les moyens de prendre intégralement en charge leurs trajets en Afrique, ou même simplement à l’intérieur de la RDC, un pays immense. Ils bénéficient donc de l’aide de l’État, qui assume les frais de transport aérien. Cela évite que des clubs déclarent forfait faute d’avoir pu se déplacer, et, donc, que cela fausse le championnat.

Nous avons par ailleurs un vrai problème concernant les infrastructures. Aujourd’hui, elles ne sont pas au niveau, à l’exception de celles du TP Mazembe, qui, grâce à son président Moïse Katumbi, a construit son propre stade.

Aujourd’hui, la RDC n’est pas en mesure d’organiser une compétition internationale. En 2015, nous devions organiser la CAN des moins de 23 ans. Avec le président Joseph Kabila, nous avions envisagé certains travaux. Des entreprises chinoises avaient fait des études pour des chantiers à Kinshasa et à Lubumbashi, avec des coûts précis. Mais le Premier ministre m’a prévenu qu’il n’y avait pas l’argent nécessaire. Et finalement, c’est le Sénégal qui a organisé le tournoi…

Si la RDC veut un sport d’élite, il faut les structures adéquates

Le problème du sport congolais, et du football en particulier, est-il avant tout d’ordre structurel ?

Si la RDC veut un sport d’élite, il faut les structures adéquates. Nous manquons de stades. Le Bénin, qui est beaucoup plus petit que notre pays et n’a pas les mêmes moyens, s’est lancé dans une opération de construction de plus de vingt stades. Quand la fédération congolaise a décidé de poser du synthétique aux martyrs et à Tata-Raphaël, c’est parce qu’elle n’avait pas les moyens de s’offrir une pelouse naturelle.

Mes relations avec le président Félix Tshiskedi sont bonnes. Il aime le football

L’autre problème, c’est le faible niveau des investissements privés. Le sponsoring ne se développe pas car il n’y a pas d’incitations fiscales à la hauteur. Dans un contexte économique compliqué, les sponsors sont prudents. Il faut donc les motiver.

Quelles ont été vos erreurs à la tête de la Fecofa ?

J’ai fait une grosse erreur en accordant à plusieurs reprises ma confiance à des personnes, que j’ai aidées, et qui m’ont ensuite trompé. J’ai d’autres regrets, comme la non-qualification de la sélection pour la Coupe du monde 2018, ou le fait de ne pas avoir gagné la CAN.

Vous avez aussi été arrêté, en avril 2018, pour des soupçons de détournements de 840 000 euros destinés à financer l’organisation de matches de la sélection nationale…

Oui, mais cette affaire a été classée sans suite, et très rapidement. J’avais d’ailleurs été très vite relâché. Les documents qui avaient été produits par ceux qui m’accusaient d’avoir détourné des fonds étaient des faux. Il n’y avait jamais eu de transfert d’argent de la Banque centrale congolaise vers les comptes de la Fecofa. C’est une histoire inventée de toutes pièces.

Quelles relations entretenez-vous avec Félix Tshisekedi ? Espérez-vous qu’il fera plus que son prédécesseur pour le football congolais ? 

Nos relations sont bonnes. Il aime le football. J’avais de bonnes relations également avec son prédécesseur, Joseph Kabila. Le problème, c’est que si l’Assemblée nationale ne vote pas les budgets pour que le ministre des Sports puisse mener à bien des projets, nous n’avancerons pas.

Jean-Pierre Sama Lukonde a été nommé Premier ministre il y a deux mois, nous attendons désormais la composition du gouvernement. Mon rôle n’est pas de faire de la politique, ce n’est pas à moi de dire qui ferait un bon ministre des Sports. Mais il ne faut pas, quoi qu’il en soit, réduire le problème du sport congolais au ministre de tutelle, et tenir compte des moyens que l’on met à sa disposition.

Que pensez-vous de l’élection de Patrice Motsepe à la tête de la Confédération africaine de football ? 

Je n’aime pas me prononcer sur ce cas… Disons que je lui souhaite bonne chance, pour que le football africain ait un futur heureux.