Politique

Présidentielle au Bénin : faible mobilisation dans les urnes

| Par - à Cotonou
Mis à jour le 12 avril 2021 à 13h23
Un électeur dépose son bulletin dans un bureau de vote lors de l’élection présidentielle béninoise à Cotonou le 11 avril 2021.

Un électeur dépose son bulletin dans un bureau de vote lors de l'élection présidentielle béninoise à Cotonou le 11 avril 2021. © PIUS UTOMI EKPEI/AFP

Après une campagne électorale marquée par des violences meurtrières, les 4,9 millions d’électeurs appelés à voter pour le premier tour de la présidentielle étaient peu nombreux à se rendre dans les urnes, ce dimanche.

Ce dimanche 11 avril, à 17 heures, la plupart des bureaux de vote ont fermé à Cotonou. « Sur 436 électeurs inscrits, nous ne sommes que 51 à avoir voté », regrette Hortense, 19 ans, qui se dit « un peu déçue de son premier vote pour une présidentielle ». Cette situation observée dans un poste de vote du quartier Gbégamey est loin d’être un cas isolé. À Cotonou, comme dans la plupart des villes du pays, le constat est invariable : démarrage poussif du scrutin, manque de matériel, bureaux de vote déserts, agents électoraux désœuvrés…

« Mon vote ne changera rien… », regrette Paul, rencontré à la mi-journée à Gbégamey, jouant à la belotte devant sa maison. « Ce scrutin n’offre aucun choix véritable », renchérit de son côté Pamphile, un de ses camarades. Face à la faible mobilisation des élus locaux ont même fait appel, dans certaines localités, à des crieurs publics pour tenter de convaincre les électeurs d’aller aux urnes.

« Parodie »

Le taux de participation était le grand enjeu de cette présidentielle opposant le « ticket » Patrice Talon-Mariam Chabi Talata aux duos Alassane Soumanou-Paul Hounkpè (Forces cauris pour un Bénin émergent, FCBE) et Corentin Kohoué-Irénée Agossa (Indépendants), et marquée par l’absence des plusieurs des principales figures de l’opposition. Dimanche soir, aucun chiffre sur la participation n’était encore disponible, mais, selon plusieurs observateurs, il devrait être très faible.

Pour Alphonse Codjo, spécialiste en management électoral, « les abstentionnistes sont d’abord les déçus de Patrice Talon qui trouvent qu’il s’agit d’une parodie électorale ». Il évoque aussi « tous ceux qui, par peur des violences, sont restés chez eux ». Le juriste Isidore Gbaguidi ajoute une troisième catégorie : « les nombreux partisans du président Talon qui sont restés à la maison, croyant que, dans tous les cas, leur leader sera vainqueur ». Il estime qu’en termes de mobilisation des électeurs, « c’est une erreur de la part de la mouvance présidentielle d’avoir fait croire tout au long de la campagne que les jeux étaient faits ».

Le chef de l’État, qui a voté à Cotonou dans la matinée en compagnie de son épouse, a appelé ses compatriotes à « aller voter malgré les intimidations et les intoxications ». Interrogé sur les victimes engendrées par les violences de la semaine précédant le scrutin, Patrice Talon a jugé celles-ci « regrettables », tout en affirmant que « devant ces enfants qui ont fait l’objet de tristes manipulations, les forces de l’ordre ont su garder leur calme, pour les maîtriser avec beaucoup de compétences et d’expertises ».

Pas de vote dans 16 arrondissements

Jusqu’à la veille du scrutin, le centre et le nord du pays, principaux fiefs de l’opposition, ont été agités par des violences qui ont entraîné au moins deux morts et plusieurs blessés. L’opposition conteste notamment le caractère « non inclusif » du scrutin, après le rejet de la candidature de plusieurs opposants, et la prorogation du mandat présidentiel en cours de 45 jours. Cette dernière est justifiée par le gouvernement par la nécessité d’assurer « l’alignement des élections en 2026 » après la révision constitutionnelle de novembre 2019.

La plateforme électorale des organisations de la société civile, qui a déployé 1 470 observateurs sur le terrain, n’a pas avancé de chiffre de participation, mais l’a jugée « faible ». Dimanche soir, elle a cependant fait état « de tentatives de pression, d’intimidation, de menaces, de troubles à l’ordre public, de corruption ou de harcèlement  des  électeurs » dans tous les départements.

Tous les bureaux de vote n’ont pu ouvrir dans plusieurs communes, dont Kérou (nord du pays), Ouèssè et Savè (centre du pays), théâtres de violents affrontements au cours de la semaine qui a précédé le scrutin. À Tchaourou, ville natale de l’ex-président Thomas Boni Yayi, « aucun poste de vote n’a ouvert », affirme la plateforme électorale de la société civile, qui a annoncé que « plusieurs de ses observateurs ont été démobilisés pour des raisons de sécurité ». Deux, en particulier, ont été séquestrés pendant plusieurs heures par des manifestations.

La Commission nationale électorale autonome (Cena), en charge de l’organisation du scrutin, à pour sa part précisé dans la soirée que « le vote n’a pas eu lieu dans 16 arrondissements sur les 546 ». Ernest Koroma, ancien président de la Sierra Leone et chef de la mission d’observation électorale déployée par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a jugé que le climat s’était déroulé dans un « climat apaisé et paisible ». Les résultats de ce scrutin devraient être connus ce lundi.

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