Politique

Présidentielle à Djibouti : Ismaïl Omar Guelleh sur la voie d’un cinquième mandat

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Mis à jour le 09 avril 2021 à 12h16
Ismaïl Omar Guelleh lors d’un meeting au stade El Hadj Hassan Gouled Aptidon, à Djibouti, le 7 avril 2021

Ismaïl Omar Guelleh lors d'un meeting au stade El Hadj Hassan Gouled Aptidon, à Djibouti, le 7 avril 2021 © TONY KARUMBA / AFP

La bonne maîtrise de la crise sanitaire liée au Covid-19, le redémarrage rapide de l’économie et l’absence de réelle opposition suffiront-ils pour garantir à Ismaïl Omar Guelleh une nouvelle réélection à la tête de Djibouti ?

Ce 9 avril, la petite République va élire son président pour les cinq années à venir. Et peu de doutes subsistent quant au nom du futur vainqueur du scrutin, tant Ismaïl Omar Guelleh (IOG) semble, à 73 ans, le mieux placé pour se succéder à lui-même cette fois encore.

Comme en 2016, le chef de l’État affirme répondre aux demandes de sa population : « La jeunesse m’a dit de rester et c’est pour cela que je me représente », déclarait-il sur la BBC début mars, au moment d’officialiser sa candidature pour un cinquième mandat. C’est donc pour « finir le travail », selon les mots du directeur-adjoint de la campagne présidentielle, Djama Mohamed Hassan, qu’IOG accepte de rempiler une dernière fois avant d’atteindre l’âge limite fixé à 75 ans par la Constitution.

La « désertion » des opposants

Face à lui, un seul adversaire, sans étiquette mais qu’il connaît bien puisque c’est un proche du clan présidentiel. À 57 ans, Zakaria Ismaïl Farah est un parfait inconnu sur la scène politique djiboutienne. Le pays a découvert son existence en janvier, au moment où ce chef d’une entreprise de nettoyage industriel de la capitale annonçait sa candidature sur les réseaux sociaux.

Il a organisé quelques réunions publiques en tout début de campagne, avant de disparaître des radars le 28 mars, après un dernier meeting où il est venu les mains liées et la bouche recouverte d’adhésif pour protester contre « l’inégalité de traitement » dont il se dit victime. Une « désertion » qui s’ajoute à celle de l’opposition officielle, qui a préféré passer son tour.

Huit ans après avoir réussi, pour la première fois dans l’histoire du pays, à se fédérer sous une seule et même bannière, celle de l’Union pour le salut national (USN), les principaux opposants du pays n’ont cette fois pu s’accorder que sur leur refus de participer à un scrutin considéré comme « un non-évènement ». Pas d’appel officiel au boycott comme en 2005, « plutôt un jet d’éponge en attendant des jours meilleurs », constate un diplomate étranger.

Succès fragile

Seul face à lui-même, le candidat IOG s’est néanmoins appliqué à faire une campagne dans les règles, profitant opportunément des réalisations du président IOG. Ces dernières semaines, il a ainsi multiplié les coupures de rubans ou les poses de première pierre. La pandémie en cours, avec une petite vague dans le pays en mars, n’a pas empêché l’Union pour la majorité présidentielle (UMP) de rassembler plusieurs milliers de personnes, toutes de vert vêtues, lors des différents meetings organisés à travers le territoire.

Une manière aussi de confirmer ce que les experts de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ont affirmé dès l’été 2020, à savoir que la crise sanitaire a été « globalement bien maîtrisée » par les autorités publiques djiboutiennes. Suffisamment pour permettre un redémarrage rapide de l’économie du pays, favorisé par la reprise des grands travaux lancés avec l’appui de la Chine.

Au point qu’avec un taux de croissance attendu entre 1 et 3 % pour 2020, Djibouti devrait échapper à la récession attendue presque partout ailleurs sur le continent. Un nouveau bon point pour le président qui, après 22 ans de règne, présente un bilan économique largement positif, illustré par un PIB sept fois plus important qu’en 1999.

« Le succès reste pourtant fragile », reprend le diplomate précédemment cité. Et ce n’est pas un hasard si IOG s’adresse en particulier à la jeunesse de son pays, impatiente de recueillir à son tour les fruits de la croissance économique. Le chantier est vaste pour le futur président qui n’aura pas trop de cinq années pour « améliorer l’employabilité » – comme le disent ses conseillers – d’une population aux trois quarts âgée de moins de 35 ans et dont près de 60 % est aujourd’hui au chômage.

Maintenir l’équilibre

IOG a eu tout loisir de montrer durant cette campagne, pas même perturbée par les menaces d’attentats proférés par les Shebabs le 27 mars, qu’il comptait bien être l’homme de la situation jusqu’en 2026. « Sans dauphin désigné, estime le représentant d’une grande institution internationale, il apparaît comme le seul capable de maintenir l’équilibre entre les communautés de Djibouti ».  Et dans toute la Corne de l’Afrique, au nom de la stabilité du pays, elle aussi affichée comme l’une des grandes réussites de la présidence.

Plus de 500 000 Djiboutiens sont attendus aux urnes le 9 avril dès 6 heures du matin, les résultats pouvant être connus le soir même. « À moins d’une surprise », sourit un conseiller du palais. Ce à quoi ne nous ont pas vraiment habitués les élections djiboutiennes.

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