Santé

Covid-19 : à Madagascar, la riposte face au variant sud-africain

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Campagne de vaccination à Kigali, le 10 mars 2021

Campagne de vaccination à Kigali, le 10 mars 2021 © Habimana Thierry/Anadolu Agency/AFP

Déjà présent dans 18 pays du continent, le variant sud-africain du coronavirus, réputé plus agressif et résistant, inquiète. À Madagascar, les soignants adaptent leurs traitements face à ce nouvel ennemi.

Quel mal frappe Madagascar ? Depuis la fin de la première vague, en septembre 2020, on croyait le pays tiré d’affaires. Les hôpitaux avaient repris une activité normale. En août 2020, des spécialistes interrogés par Jeune Afrique estimaient même probable que le pays avait atteint une certaine immunité collective.

Une hypothèse aujourd’hui balayée. Depuis la mi-mars, le Covid s’est réveillé. Plus dur que jamais. Les hôpitaux débordent de patients. Les malades manquent d’oxygène et en meurent. Et la maladie dégénère plus vite en forme grave et en décès.

L’assassin, cette fois-ci, s’appelle « variant sud-africain ». Un nouvel avatar du coronavirus, aussi connu sous le nom de code B.1.351 ou encore 501Y.V2, plus résistant aux anticorps, selon une étude de l’institut Pasteur de Paris datée du 26 mars, et au vaccin de Pfizer (le seul étudié).

Problèmes cardiaques

À la fin mars, il avait déjà été signalé dans 18 pays d’Afrique, dont le Cameroun, le Rwanda, ou la RDC, selon le Africa Centres for Disease Control and Prevention (Africa CDC), une instance de l’Union Africaine. Si le centre ne cite pas Madagascar, « ce variant y est bien présent, confirme l’épidémiologiste André Spiegel, directeur de l’Institut Pasteur de Madagascar. Nous l’avons caractérisé dans les séquençages des génomes des virus Sars-Cov-2 identifiés ici. Mais nous ne savons pas encore quelle est sa proportion par rapport aux autres coronavirus qui circulent dans le pays. »

Le Covid n’est pas essentiellement une atteinte respiratoire. Il attaque bien d’autres organes »

Comme dans les autres zones touchées, la compréhension de la maladie – et des traitements – s’améliore peu à peu sur la Grande île, déconstruisant certaines idées reçues. « Le Covid n’est pas essentiellement une atteinte respiratoire, affirme le cardiologue Rakotoarimanana Solofonirina, qui mène actuellement des recherches. C’est une maladie vasculaire et systémique qui attaque le cœur, tous les vaisseaux du corps humain, y compris ceux des poumons, des intestins, du cerveau, des reins et des autres organes », souligne-t-il. En observant plusieurs dizaines d’échographies, le professeur a notamment constaté que le virus atteignait le cœur du patient dans l’immense majorité des cas.

En conséquence, au-delà de l’oxygène en cas d’insuffisance respiratoire, Rakotoarimanana Solofonirina plaide pour « des traitements plus spécifiques en fonction des organes atteints ou lésés, comme des anticoagulants pour les complications cardiovasculaires et les embolies pulmonaires, ou comme des anti-inflammatoires (corticoïdes) pour les syndromes inflammatoires ».

Plus agressifs, plus précoces

Le cardiologue estime aussi qu’il faut également changer de comportement face à l’ennemi : « Nous devons nous montrer plus précoces et plus agressifs. Pour le diagnostic, nous devons nous fier à des faisceaux d’indices pointant vers le Covid pour ne pas être pris de court ».

En septembre 2020, une étude de l’OMS a bien confirmé que, sur des patients déjà gravement atteints par le Covid, « l’administration de corticostéroïdes systémiques, par rapport aux soins habituels ou au placebo, a été associée à une baisse de la mortalité toutes causes confondues à 28 jours. » Plus simplement, l’aspirine, par son effet anti-coagulant, réduirait aussi les risques d’admission en unité de soins intensifs et de mortalité à l’hôpital, selon une autre étude sur 412 patients.

À Madagascar, la conséquence directe de ces protocoles, déjà appliqués, est une pénurie d’anticoagulants comme le Lovenox. Les malades peinent également à trouver des vitamines et des oligo-éléments bons pour le cœur, comme le magnésium. « Les besoins actuels dépassent très largement le pic de l’année dernière, affirme un pharmacien. Sur le magnésium, c’est inimaginable : les ventes ont été multipliées de 7 à 10 fois. »

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