Politique

Guinée : les promesses d’Ibrahima Kassory Fofana

Réservé aux abonnés | | Par - à Conakry
Le Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana  s’est soumis à une session de questions-réponses avant de présenter les grandes lignes de sa politique.

Le Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana s’est soumis à une session de questions-réponses avant de présenter les grandes lignes de sa politique. © CELLOU BINANI/AFP

Quatre mois après avoir été reconduit à la primature, Ibrahima Kassory Fofana a livré, le 7 avril, les grandes lignes de la politique qu’il compte mener. Avec trois priorités : les mines, l’agriculture et l’éducation.

Si l’exercice n’est pas nouveau pour Ibrahima Kassory Fofana, qui était déjà pour la première fois passé à l’Assemblée nationale trois mois après sa nomination en mai 2018, la nouvelle Constitution a entre temps rendu la tâche plus ardue pour le Premier ministre. En plus de se soumettre à une session de questions-réponses séance-tenante, le discours de politique générale fait l’objet d’un vote des députés, qui décident ou non de le valider.

Un rôle de contrôle de l’exécutif que « l’Assemblée nationale, bien que majoritairement acquise au pouvoir, entend bien assumer », a martelé le président de l’institution, Amadou Damaro Camara, avant de céder la parole au Premier ministre qui, en cas de rejet, aurait été poussé à la démission.

« Ma présence devant vous, élus du peuple, est l’occasion d’évoquer le chemin parcouru, avant d’esquisser de nouveaux horizons, de tracer les perspectives porteuses de nouvelles espérances pour notre cher pays », a entamé le locataire de la primature.

Nommé pour la première fois il y a trois ans dans un contexte de grèves et de crise politique, le Premier ministre, reconduit le 15 janvier dernier, s’est d’abord félicité d’avoir « ramené la quiétude dans la cité », avant de regretter un « mauvais procès » intenté, selon-lui, à la Guinée.  « Peut-on exercer des droits reconnus et des libertés fondamentales dans la défiance permanente des institutions et dans une société de violences et de désordre ? », s’est-il interrogé, visant sans les nommer les opposants qui continuent de refuser de reconnaître la victoire d’Alpha Condé à la présidence, Cellou Dalein Diallo en tête.

Une économie « résiliente »

Sur le plan économique également, Ibrahima Kassory Fofana a donné dans l’éloge de son propre bilan. L’économie guinéenne se serait montrée « résiliente » malgré le contexte de pandémie, a-t-il assuré, annonçant une croissance de 6 % pour l’année 2021. L’Agence nationale d’inclusion économique et sociale (ANIES) qui ambitionne d’ici à 2025 de sortir de l’extrême pauvreté 40 % de la population, soit six millions de Guinéens, est « sur une bonne voie », a-t-il assuré.

Les jalons posés ces dernières années ne doivent pas conduire à tomber dans l’autosatisfaction

Alors que l’Agence nationale de financement des collectivités (Anafic) – qui consacre 15 % des revenus miniers au développement, a permis de financer la réalisation de 800 infrastructures, a détaillé le Premier ministre.

Le Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana et le président Alpha Condé.

Le Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana et le président Alpha Condé. © guinée 28 info

« Les jalons posés ces dernières années ne doivent pas conduire à tomber dans l’autosatisfaction »,  insiste-t-il cependant. Pour poursuivre les réformes, le Premier ministre entend mettre désormais l’accent sur trois secteurs prioritaires : les mines, l’agriculture et l’éducation.

Défi de la transformation du secteur minier

Si au cours de la décennie écoulée, la Guinée a connu un boom minier, avec plus de six milliards de dollars d’investissements – qui devraient passer à 25 milliards de dollars en 2025, selon le Premier ministre –, le défi de la transformation du secteur demeure entier.

« Nous sommes en train de mettre en place une filière de transformation industrielle de la bauxite afin de produire l’alumine et l’aluminium. Une dizaine de projets de raffinerie sont en cours d’études, dont trois sont aujourd’hui en stade de maturité avancée », a annoncé Ibrahima Kassory Fofana. Aux entreprises minières, il a également rappelé l’impératif de « trouver un équilibre entre le dynamisme du secteur minier et son impact économique sur la vie des populations ».

En quête de diversification d’une économie qui repose essentiellement sur les revenus miniers, le chef du gouvernement guinéen veut également lancer une réforme agricole, avec pour objectif de réduire les importations en redynamisant l’agriculture grâce à l’appui des intrants et produits phytosanitaires, à l’accompagnement technique et à une facilitation d’accès aux financements.

Améliorer le système éducatif

« Aucun progrès ne peut avoir lieu en l’absence de ressources humaines. Il y a urgence, si nous voulons transformer en profondeur notre pays, à agir pour apporter des améliorations significatives au système éducatif et de formation de nos enfants », a ensuite lancé le Premier ministre.

Ibrahima Kassory Fofana a dressé un ambitieux programme, évoquant l’amélioration de la formation des enseignants, la réalisation d’infrastructures nouvelles, la révision des programmes d’enseignement ou encore le renforcement de l’enseignement technique. Il promet d’allouer 20 % du budget national à l’éducation.

Les relations entre le président de la république et moi sont excellentes

Au terme de deux heures d’un discours plein de promesses, le Premier ministre s’est soumis à une salve de questions. Il a répondu à la moitié d’entre-elles, et assuré qu’il répondrait aux 40 autres par écrit. Les sujets abordés ont été pour le moins divers, de questions portant sur des projets d’aménagement urbains en cours à Conakry jusqu’aux relations qu’entretient le Premier ministre avec Alpha Condé. « Les relations entre le président de la république et moi sont excellentes. Le député qui a posé la question ne dira pas le contraire », a alors balayé le Premier ministre.

Au sujet des opposants politiques incarcérés, il s’est refusé à tout commentaire, mettant en avant « l’indépendance de la justice ». Quant à la fermeture des frontières avec le Sénégal et la Guinée Bissau, « les pourparlers se poursuivent », a-t-il affirmé, tout en assurant qu’il y avait un préalable à leur réouverture : la mise en place de patrouilles mixtes.

Quand est venue l’heure du vote, une écrasante majorité des 108 députés présents – sur les 114 que compte l’Assemblée – a approuvé la politique générale du Premier ministre. Un seul député a voté contre.

Aucune des questions sur le quotidien des populations n’a trouvé réponse

« Ce n’est pas sa volonté de bien faire ou ses compétences qui sont en cause, mais le système de gestion qui ne peut absolument pas produire le moindre progrès pour les Guinéens, s’est justifié l’opposant Mamadou Bah Baadiko, président de l’Union des forces démocratiques (UFD). Aucune des questions sur le quotidien des populations n’a trouvé réponse. Je n’ai pas voté contre lui, mais contre le système corrompu. »

« Les questions posées ont eu leurs réponses, et nous voyons les réalisations », a rétorqué Samouka Bérété, député de la mouvance présidentielle, qui estime que le Premier ministre « a réussi à nous convaincre ».

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