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Banque : les recettes de Henri-Claude Oyima pour BGFI

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Mis à jour le 14 mai 2021 à 08h53
Henri-Claude Oyima, fondateur du Groupe BGFI Bank.

Henri-Claude Oyima, fondateur du Groupe BGFI Bank. © BGFI

Pour rester leader du secteur bancaire en Afrique centrale, le patron de BGFI mise sur une gouvernance « exemplaire », une meilleure communication et l’entrée de nouveaux actionnaires internationaux.

C’est un personnage qui manie le « nous » avec abondance. « Nos pays », « nos économies », « nos concitoyens »… Pour Henri-Claude Oyima, l’indéfectible PDG du groupe bancaire et financier BGFIBank originaire du Gabon, plus qu’un tic de langage, le tout inclusif paraît aller de soi. Après trente-cinq ans à la tête du premier groupe bancaire d’Afrique centrale, le Gabonais dissimule à peine un sourire satisfait quand il évoque la longévité d’une banque qu’il a fait grandir.

Depuis la pose de la première pierre il y a tout juste cinquante ans, en 1971, quand la Banque de Paris et des Pays-Bas (Paribas) voit le jour à Libreville, en passant par sa privatisation et son internationalisation, deux grands chantiers que le jeune ancien de Citibank a entamés lorsqu’il a pris les rênes de Paribas Gabon en 1986. Jusqu’à l’avènement d’un groupe financier structuré autour d’une maison mère, actif dans les métiers de la banque et des services financiers associés (asset management, affacturage, immobilier…), et implantés dans onze pays*.

Au 31 décembre 2020, le groupe BGFIBank représente 3 500 milliards de F CFA – soit 5,3 milliards d’euros – de total au bilan, en hausse de 12 % par rapport à l’année précédente. Relativement épargnées par la crise du Covid-19 car opérant sur un segment de niche – la clientèle haut de gamme et les PME à fort potentiel – les performances de l’entreprise ont décollé l’an dernier. Son produit net bancaire consolidé grimpe de 13 %, à 197 milliards de F CFA, pour un résultat net de 44 milliards (+114 %).


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« Nous avons pensé et mené à bien notre projet au regard des objectifs que nous nous étions fixés. Ces derniers ont été atteints, au-delà même de nos projections », se réjouit Henri-Claude Oyima faisant le point sur les réalisations de son projet d’entreprise Excellence 2020. Un bilan « très positif » qui assoit davantage son statut de leader en zone Cemac.

Prise en compte du risque réputationnel

Et même s’il ne s’affiche pas inquiet lorsqu’on évoque l’environnement très concurrentiel du secteur, le banquier gabonais sait que, pour durer, il faut savoir s’adapter : « Nous serons toujours leader, en perpétuelle recherche de l’excellence. En Afrique centrale, nous sommes chez nous. »  Même si son groupe a essuyé, de près ou de loin, ces dernières années, une série de déboires.

Soupçons de blanchiment au niveau de sa filiale en RDC, affaire de fraude des cartes prépayées Visa au Gabon, soupçons de détournement d’actifs au Cameroun… Ou encore l’année noire de 2013, au cours de laquelle sa filiale béninoise a dû être recapitalisée, une pléthore de cadres remerciés, touchant au Gabon – principale filiale du groupe – l’ex-directeur de cabinet du président Brice Laccruche Alihanga.

De l’intérieur pourtant, cette période n’est pas vécue comme une « crise ». « Des tentatives de fraudes, il y en a dans tous les groupes bancaires, des départs également », soutient un cadre du groupe qui souhaite conserver l’anonymat. Il évoque, en revanche, une vraie prise de conscience au sein du groupe BGFIBank de ce qu’étaient le risque réputationnel et l’image.

Et pour cause. Depuis deux ans environ, Henri-Claude Oyima mène, sans pour autant le nommer, un combat pour redonner à la marque BGFI ses titres de noblesse. Une meilleure communication, plus de transparence et une gouvernance « exemplaire » sont ses nouveaux leitmotivs. À ce titre, le financier a fait de la gouvernance le premier des cinq piliers de son nouveau plan d’entreprise Dynamique 2025. Dans cette idée également, la multiplication des certificats ISO obtenus par le groupe, ou directement au niveau des filiales, y contribue.

« Nous venons d’obtenir la certification AML 30 000 en RDC », évoque à ce sujet Oyima. Il précise, enthousiaste : « Il s’agit de la seule banque du pays, et même d’Afrique subsaharienne, à obtenir un tel certificat qui reconnaît sa conformité au référentiel permettant de lutter contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. » Le patron de BGFI a même lancé, à la fin de janvier, son propre compte Twitter…

Un style de gouvernance différent

Mais le principal indice du changement en marche à BGFI est la prise de recul – certains diront de hauteur – du « président », ainsi que tout le monde l’appelle en interne. Il y a encore trois ou quatre ans, pour tous les sujets qui impliquaient BGFIBank, maison mère ou filiales, seul le patron gabonais s’exprimait. Aujourd’hui, on observe davantage les sorties des directeurs généraux locaux pour évoquer leur filiale. En parallèle, le groupe met les bouchées doubles sur la communication institutionnelle : performances, Fondation BGFIBank, BGFI Business school (BBS)… Le groupe se veut irréprochable, et il souhaite que cela se sache.

« Ce n’est pas la banque de Henri-Claude Oyima mais une organisation de plus de 3 000 collaborateurs »

Une gouvernance différente donc, comme en atteste également les transactions récentes dans le groupe. Comme l’ont dévoilé nos confrères de Jeune Afrique Business+ , la filiale BGFI Bank Europe vient en effet d’accueillir l’italien Export Trading Cooperation au capital. Même si la prise de participation est symbolique, cet accord illustre bien le changement au niveau de la gouvernance. C’est la première fois qu’un institutionnel étranger entre dans le groupe au niveau d’une de ses filiales.

Alors le commandant Oyima, réputé pour être particulièrement alerte, toujours en veille sur les sujets financiers et qui connaît « son bébé » sur le bout des doigts, est-il en train de lâcher du lest ? « Contrairement à l’idée reçue, BGFIBank est loin de se résumer à un individu », soutient le PDG. Et d’enchaîner : « Ce n’est pas la banque de Henri-Claude Oyima mais une organisation de plus de 3 000 collaborateurs qui s’investissent au quotidien au service de la performance et du développement de notre groupe. »

Capitaine aux multiples casquettes

Pourtant, ce n’est pas vraiment de la sorte que le groupe et lui-même sont perçus. En témoigne la surprise initiale de l’agence de notation panafricaine qui évalue BGFI Holding Corporation et trois de ses filiales depuis 2019. « Les premières fois, nous avons discuté avec Henri-Claude Oyima en se disant, comme tout le monde, que c’est lui qui porte la vision du groupe : c’est le capitaine qui a toutes les casquettes », se remémore Soraya Diallo, vice-présidente senior, à la tête du département notations chez Bloomfield Ratings.

Elle a finalement constaté que le pouvoir n’était pas centralisé entre les mains uniques du Gabonais. Tant et si bien que ce dernier n’est pas l’interlocuteur de Bloomfield, mais ce sont Huguette Oyini, la directrice générale adjointe du holding et pilier de l’état-major d’Oyima, et Germaine Nanfa, la directrice financière qui officient.

Cela dit, l’influence d’Henri-Claude Oyima est encore manifeste. Et c’est d’ailleurs son entregent, notamment auprès du monde politique en Afrique centrale,  qui est perçu positivement par Bloomfield pour attribuer à la banque d’Afrique centrale la note de « A+ », avec une perspective stable. « Au-delà de la solidité financière et de l’ancienneté du groupe, le leadership de son PDG font de BGFI une institution centrale au sein de la zone Cemac », évoque l’analyste. Et d’illustrer : « On ressent cette influence par le soutien apporté par le groupe à ces États en termes de financement de l’activité et des budgets. Mais aussi au Congo et au Gabon, où le groupe BGFI a activement soutenu l’État, notamment en contribuant à l’organisation du Club de Brazzaville et de celui de Libreville. »

À ce propos, le banquier parle d’engagement par « conviction personnelle ». Et l’engagement, ce natif de Ngouoni, dans la province gabonaise du Haut-Ogooué, à quelques encablures de Bongoville, l’a dans le sang. S’il est discret, et qu’aucun fait ne vient confirmer son intention de briguer un quelconque mandat électoral, son nom a pourtant été évoqué pour succéder à Ali Bongo Ondimba, après l’AVC de celui-ci, en octobre 2018.

Mais de là à lui prêter un destin politique, à bientôt 65 ans… Henri-Claude Oyima, qui a toujours nié nourrir ce type d’ambition, a encore beaucoup de projets à mener, dont une introduction en Bourse de BGFIBank à la BVMAC, qu’il préside. En tout état de cause, s’agissant de la succession à la tête de sa banque, les dispositions sont en réalité déjà prises. Oyima l’affirme lui-même : « Nous avons un conseil d’administration responsable qui saura, le moment venu, désigner la personne la mieux à même de poursuivre le développement du groupe. Les équipes sont préparées. »

* Gabon, Congo, RDC, Guinée équatoriale, São Tomé-et-Príncipe, Cameroun, Côte d’Ivoire, Bénin, Sénégal, Madagascar et Europe (en France).

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