Politique

Algérie : Amar Saadani, ancien président de l’Assemblée, a trouvé refuge au Maroc

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Mis à jour le 06 avril 2021 à 18h37
L’ancien secrétaire général du FLN Amar Saadani, en 2013.

L'ancien secrétaire général du FLN Amar Saadani, en 2013. © Samir Sid

Des sources sécuritaires à Rabat confirment à « Jeune Afrique » que l’ancien secrétaire général du FLN s’est installé dans le royaume. Mêlé à des scandales de corruption en Algérie, Saadani s’est déjà exprimé en faveur de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental.

L’ancien secrétaire général du FLN, Amar Saadani, 71 ans, en fuite pour échapper à la justice de son pays, a trouvé refuge au Maroc. Selon des sources sécuritaires situées à Rabat, qui ont confirmé l’information à Jeune Afrique, Amar Saadani a décidé de s’installer dans le royaume. « Il n’est pas la seule personnalité algérienne à faire le choix de vivre au Maroc », indiquent nos sources, sans fournir davantage de détails sur l’identité de ces personnalités, leur nombre ou encore leur statut dans le pays.

Il n’est pas la seule personnalité algérienne à faire le choix de vivre au Maroc

Président de l’Assemblée nationale entre 2004 et 2007, secrétaire général du FLN entre 2013 et 2016, Amar Saadani a été l’un des personnages emblématiques du régime d’Abdelaziz Bouteflika, chassé du pouvoir en avril 2019. Peu avant la chute du chef de l’État et de son clan, dont les principales figures purgent des peines de prison pour corruption, Amar Saadani avait quitté l’Algérie alors qu’il était soupçonné d’être mêlé à des affaires de corruption, de détournement de fonds et de blanchiment d’argent.

À l’époque où l’ex-secrétaire général du FLN était président de l’Assemblée nationale, son nom était revenu avec insistance dans le cadre d’une affaire de détournement de subventions agricoles dans le sud du pays, pour un montant total de 300 millions d’euros. Ministre de l’Agriculture au moment où le scandale a éclaté, Saïd Barkat est en détention provisoire à la prison d’El Harrach depuis juillet 2019.

Lorsqu’il était président de l’Assemblée nationale, Amar Saadani avait provoqué la colère de la présidence en se rendant secrètement au Maroc, sans prévenir les autorités. Suite à une alerte des services secrets algériens, le président Bouteflika lui avait alors ordonné de rentrer à Alger sans délai.

Protégé en haut lieu

Lorsqu’il pilotait le FLN, Amar Saadani s’est retrouvé au cœur d’une autre affaire de blanchiment présumé. En 2009, il avait acquis un appartement dans la très chic commune de Neuilly-sur-Seine, en région parisienne, pour la somme de 665 000 euros. Proche de Saïd Bouteflika, le frère cadet de l’ex-président, Amar Saadani n’a jamais eu à s’expliquer sur l’origine des fonds ayant servi à cet achat. Depuis son départ du FLN en 2016, il partageait sa vie entre la France, l’Angleterre, le Portugal et l’Espagne, où il aurait investi dans l’immobilier.

Amar Saadani a également joué un rôle majeur dans le démantèlement du Département du renseignement et de la sécurité (DRS, dissous en 2016), ainsi que dans le limogeage en 2015 de son patron, le général-major Mohamed Médiene, dit Toufik. Saadani avait mené dès 2013 une campagne d’une rare violence contre les services secrets et leur patron, qu’il avait accusés d’être mêlés à des opérations illégales et à des coups tordus.

Amar Saadani devrait être une précieuse source d’informations pour Rabat, dans un contexte de tensions ravivées entre les deux voisins

Avec la bénédiction du duo Saïd Bouteflika-Gaïd Salah, Saadani avait pointé la responsabilité du chef du DRS dans l’assassinat du président Mohamed Boudiaf en juin 1992, ainsi que dans celui des moines français de Tibhirine en mai 1996, ou encore dans l’attentat manqué contre Abdelaziz Bouteflika à Batna, en septembre 2007. Pour avoir été pendant des années le troisième personnage de l’État, pour avoir été au cœur de cette opération contre le DRS et pour sa fine connaissance des hommes politiques algériens, Amar Saadani devrait être une précieuse source d’informations pour Rabat, dans un contexte de tensions ravivées entre les deux voisins.

Selon Saadani, « le Sahara est marocain »

Mieux : l’ex-patron du FLN est désormais un allié du royaume dans le conflit qui oppose le Maroc au Polisario et qui continue empoisonner les relations entre Alger et Rabat. En octobre 2019, Saadani rompt brutalement avec un consensus national en Algérie sur la question du Sahara occidental en défendant la souveraineté du Maroc sur ce territoire.

Le Polisario n’est pas parvenu à sortir de l’impasse

« En vérité, d’un point de vue historique, le Sahara est marocain et rien d’autre. Il a été enlevé au Maroc au congrès de Berlin [1878], déclarait-il au site TSA. Aussi, l’Algérie a versé pendant cinquante ans des sommes faramineuses à ce qui est appelé le Polisario et cette organisation n’a rien fait et n’est pas parvenue à sortir de l’impasse. »

Saadani ajoutait que « l’argent versé au Polisario, avec lequel ses membres se baladent depuis cinquante ans dans les hôtels de luxe », aurait plutôt dû servir à développer les régions défavorisées en Algérie.

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