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Cet article est issu du dossier «Génocide des Tutsi au Rwanda : quelle est la part de responsabilité de la France ?»

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Politique

Vincent Duclert : « Au Rwanda, la France a écarté la réalité »

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Mis à jour le 04 avril 2021 à 19h16
L’historien Vincent Duclert, le 26 mars 2021 à Paris.

L'historien Vincent Duclert, le 26 mars 2021 à Paris. © JOEL SAGET/AFP

Complicité de génocide, opération Turquoise, commandements parallèles… L’historien Vincent Duclert revient sur le rôle de la France au Rwanda, quelques jours après la remise de son volumineux rapport à Emmanuel Macron.

Deux années de travail, des dizaines de milliers de documents d’archives épluchés, un rapport de 996 pages – sans compter les annexes… Créée par le président Emmanuel Macron en 2019 pour examiner les responsabilités de la France dans la politique menée au Rwanda entre 1990 et 1994, la Commission d’historiens et de juristes présidée par Vincent Duclert a livré le 26 mars un rapport qui ne pouvait que faire débat, tant le sujet est controversé.

La France a-t-elle fauté par « aveuglement » ? S’est-elle rendue coupable d’une « complicité de génocide » ? Y avait-il un pilote unique dans cet avion franco-africain devenu incontrôlable ou bien une multiplicité de chaînes de commandement parallèles échappant, pour la plupart, au contrôle du Parlement et à la connaissance des citoyens ? « Ce rapport installe des éléments de vérité dans le débat public », commente sobrement l’intéressé, qui ajoute que « l’indépendance de la Commission a été garantie tout au long de ses travaux par le président de la République, qui a commandé ce rapport, tout comme les moyens nécessaires à sa recherche lui ont été accordés sans réserve ».

Alors qu’un voyage officiel d’Emmanuel Macron au Rwanda est annoncé pour les prochaines semaines, onze ans après celui effectué par Nicolas Sarkozy en 2010, le rapport Duclert marque-t-il les prémices d’un apaisement diplomatique entre les deux pays ou un nouveau ferment de discorde ?

Président de la Commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsi, l’historien Vincent Duclert a répondu longuement aux questions de JA.

Jeune Afrique : Depuis la publication de votre rapport, plusieurs responsables politiques directement concernés ont manifesté leur satisfaction : l’ancien secrétaire général de l’Élysée, Hubert Védrine ; l’ancien ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé ; ou encore l’actuelle ministre des Armées, Florence Parly. Faut-il y voir une complaisance du rapport à l’égard des institutions françaises de l’époque ?

Vincent Duclert : Je ne souhaite pas commenter les commentaires faits sur le rapport. Mais je ferais un distinguo entre la réaction de Hubert Védrine, d’une part, et celles d’Alain Juppé et Florence Parly, d’autre part. Concernant ces derniers, on ressent dans leurs propos une certaine gravité, une prise de responsabilité, ainsi qu’une volonté de reconnaître qu’il y a dans ce dossier des questions qu’il est légitime de se poser.

La politique française au Rwanda a contribué à la mise en place d’un processus génocidaire

Quant à Hubert Védrine, il se saisit, certes, d’un constat que nous avons fait : l’absence de « complicité » française, terme que nous définissons – sur la base des archives que nous avons consultées – comme une association intentionnelle à l’entreprise génocidaire. Nous avons choisi, en tant qu’historiens, d’assumer cette interrogation que tout le monde se pose. Mais si Hubert Védrine veut considérer, sur la base de notre rapport, que la France est exonérée de toute responsabilité, il me semble que son jugement ne correspond pas aux responsabilités accablantes que nous établissons. La politique française au Rwanda a contribué à la mise en place d’un processus génocidaire sans même que les autorités françaises ne le comprennent, sans qu’elle le veuillent. Et ça, il faut le reconnaître aussi.

Dans vos conclusions, vous parlez d’ »aveuglement » des responsables français. Que mettez-vous précisément derrière ce terme ?

Il ne s’agit ni de passivité ni d’ignorance. C’est plutôt une volonté de ne pas considérer les multiples alertes qui proviennent du cœur de l’État, où plusieurs protagonistes ont fait valoir leur opposition à un système – opaque – de soutien inconditionnel à un régime non démocratique, enserré dans un clan tenu par des extrémistes qui promeuvent une politique raciste de persécution des Tutsi.

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