Politique

Comment Alassane Ouattara gère le retour en Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mis à jour le 03 avril 2021 à 10h33
Laurent Gbagbo, à la CPI le 31 mars 2021.

Laurent Gbagbo, à la CPI le 31 mars 2021. © ICC-CPI/REUTERS

Après que l’ancien président a été définitivement acquitté le 31 mars, Alassane Ouattara a ouvert les négociations, via des émissaires.

La confirmation, le 31 mars, de l’acquittement de l’ex-président Laurent Gbagbo et de son ex-ministre de la Jeunesse Charles Blé Goudé devant la chambre d’appel de la Cour pénale internationale (CPI) n’a pas surpris Alassane Ouattara. Quarante-huit heures avant le délibéré, le président ivoirien avait en effet été informé par de proches collaborateurs que l’issue la plus vraisemblable était la relaxe de son adversaire politique.

Selon nos informations, ADO a alors fait passer un message à des émissaires : il n’est pas opposé à un retour de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire, qu’il envisage même « d’encadrer. »

Grâce ou amnistie ?

L’ancien président est sous le coup d’une condamnation, par la justice ivoirienne en janvier 2019, d’une peine de 20 ans de prison et d’une amende de 329 milliards F CFA dans le cadre de l’affaire dite du « braquage de la BCEAO », lors de la crise post électorale – une procédure pour laquelle la banque ne s’est pas constituée partie civile.

Toujours selon nos informations, des négociations sont en cours pour une levée de toutes les condamnations de Gbagbo en Côte d’Ivoire. Si les discussions aboutissent, elles pourraient déboucher sur une grâce présidentielle ou une amnistie – une mesure dont Simone Gbagbo avait elle-même bénéficié en août 2008.  Bien que déterminé à protéger son mandat, Alassane Ouattara travaille depuis plusieurs mois à un apaisement de la scène politique. Après plusieurs années de silence, il s’était entretenu en novembre 2020 avec son ex-allié Henri Konan Bédié (HKB), le président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire alors chargé, en tant que chef de l’opposition, de s’exprimer au nom de Gbagbo.

Présidence du FPI

De son côté, s’il n’entend pas prendre sa retraite et renoncer à la politique, Laurent Gbagbo n’est pas pressé de faire son retour, malgré la pression de ses proches et des partisans de Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS), la coalition de partis qui le soutient. Pour le moment, il préfère prendre un peu de temps pour se reposer, avant d’effectuer une tournée de remerciements chez les chefs d’État qui l’ont discrètement soutenu.

Lorsqu’il aura retrouvé les bords de la lagune Ébrié, il compte renforcer son alliance avec HKB et reprendre la présidence du Front populaire ivoirien, en vertu d’un accord passé avec Pascal Affi N’Guessan*. Par ailleurs, Gbagbo ne compte pas regagner sa résidence principale de la Riviera Golf, située non loin de la résidence d’Alassane Ouattara, où habite Simone Gbagbo depuis son amnistie. Il a engagé des travaux de réhabilitation et de rénovation de la résidence de sa seconde épouse Nady Bamba, à Cocody, mais le chantier n’est pas encore terminé.


(*) Suite à la publication de cet article, Pascal Affi N’Guessan a souhaité apporter la précision suivante : « Aucun accord sur la réunification du FPI n’a été passé entre le président Gbagbo et moi-même. Si un tel accord devait être conclu, nos militants en auraient bien évidemment été informés et les instances du Front Populaire Ivoirien s’en seraient saisies. » Il affirme par ailleurs rester « ouvert à toute proposition tendant à cette unité, dans le respect des textes du FPI et de la volonté de ses militants ».

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3104_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer