Politique

Mali-France : Florence Parly réfute la thèse d’une bavure de Barkhane à Bounti

Réservé aux abonnés | | Par - à Bamako
Florence Parly, ministre française des Armées, et le général Lecointre, chef d’état-major des armées, à Gao le 27 novembre 2019.

Florence Parly, ministre française des Armées, et le général Lecointre, chef d'état-major des armées, à Gao le 27 novembre 2019. © Thomas Paudeleux/AP/SIPA

La ministre française des Armées était à Bamako le 1er avril. Un déplacement qui survient en pleine polémique après la publication d’un rapport des Nations Unies faisant état de la mort de 19 civils lors d’une frappe menée par l’armée française début janvier. Paris réfute vigoureusement.

Si elle était officiellement en visite dans la capitale malienne pour annoncer la pleine capacité opérationnelle de la Task force Takuba, qui regroupe des forces spéciales de plusieurs pays européens au Mali, la ministre française des Armées n’a pas échappé à la polémique. Le 30 mars, un rapport de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) a confirmé les allégations de plusieurs associations civiles maliennes, qui accusaient l’armée française d’avoir frappé des civils le 3 janvier dernier à Bounti, dans le centre du pays. L’intervention française au Mali, déjà très critiquée, est accusée de plusieurs bavures, dont se défend « avec force » Florence Parly.

Avant de s’envoler pour Gao, dans le nord du pays et d’y rencontrer les soldats maliens, français, estoniens, tchèques, suédois et italiens qui composent la Task force Takuba, la ministre française, entourée de ses homologues estonien et tchèque Kalle Laanet et Lubomír Metnar, s’est adressée à la presse depuis le perron de Koulouba, le palais présidentiel de Bamako. Une prise de parole visant à réaffirmer leur implication aux côtés des Maliens dans la lutte contre le terrorisme, a-t-elle revendiqué, préférant parler de l’engagement européen plutôt que de celui « de la France », particulièrement contesté.

« Le rapport de l’ONU nous donne raison à 100% »

De nouveau, la ministre française des Armées a démenti toute bavure de l’armée française. Cette frappe « a été précédée d’un processus de ciblage extrêmement rigoureux et robuste qui permet d’assurer le strict respect du droit des conflits armés. Tous les principes fondamentaux qui visent à préserver les civils ont été appliqués », a-t-elle affirmé.

Une ligne de défense que rejette l’association communautaire Tabital Pulaaku. Promouvant la culture peule, elle était l’une des premières à clamer que le bombardement avait visé une cérémonie de mariage et tué de nombreux civils. « Le rapport de l’ONU nous a donné raison à 100%. Nous avions identifié formellement 19 civils, ce que confirme la Minusma », tance Hamadoune Dicko, président de la jeunesse Tabital Pulaaku.

Du côté de Paris, on continue toutefois d’interroger la méthodologie du rapport onusien : « On nous oppose des propos discordants et contradictoires […] les témoignages qui sont rapportés ne sont pas vérifiables », a estimé Florence Parly. Devant les sénateurs français le 20 janvier, la ministre avait déjà évoqué une « guerre informationnelle » et affirmé : « Il n’y a pas eu de dommage collatéral observé. On a entendu parler d’un mariage : il n’y a pas eu de rassemblement festif à l’endroit où la frappe est intervenue. » Elle avait alors justifié le refus de diffuser des images de la frappe par le fait que « montrer les images, c’est montrer à notre ennemi ce que nous voyons de lui ».

Contradiction

Des arguments répétés à Bamako, où Florence Parly a insisté sur le fait que, parmi les victimes, ne figuraient « ni femmes, ni enfants », élément supplémentaire prouvant, selon la ligne défendue par l’état-major français, qu’il ne s’agissait pas d’une cérémonie de mariage. Hamadoun Dicko ne conteste pas ce point. Mais il fait valoir que même si les victimes étaient tous des hommes, il n’en demeure pas moins que ces derniers étaient des civils. Selon la version défendue par certaines associations maliennes et confirmée par la Minusma, les frappes ont bien touché un mariage, au cours duquel, selon la tradition malienne, hommes et femmes sont séparés lors des célébrations.

S’il ne s’attend pas à voir les autorités maliennes « entreprendre une quelconque action » suite à la publication du rapport, Hamadoun Dicko espère l’ouverture « d’une enquête indépendante pour situer les responsabilités au sein de l’armée française, arrêter et juger les coupables, et indemniser les victimes ».

« Guerre de l’information », comme l’a suggéré la ministre française, ou vraie bavure de Barkhane ? Les autorités françaises ne semblent pour l’instant pas prêtes à ouvrir une enquête indépendante pour répondre à cette question. Quitte à se contredire, Florence Parly a même estimé qu’une enquête indépendante avait déjà été menée par la Minusma… Et de poursuivre : « Ce que nous souhaitons, c’est que cette enquête, menée de manière unilatérale, puisse prendre en compte des arguments que nous avons souhaité faire valoir une première fois ». Au cours de son déplacement au Mali, la ministre française des Armées n’avait pas prévu de s’entretenir avec les membres de la mission onusienne.

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