Politique

Algérie : Ali Haddad, Mourad Oulmi… la justice déterminée à récupérer les biens mal acquis par les oligarques déchus

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Mis à jour le 02 avril 2021 à 12h47
Ali Haddad, ancien PDG du groupe ETRHB, dans son bureau à Alger le 10 mars 2016.

Ali Haddad, ancien PDG du groupe ETRHB, dans son bureau à Alger le 10 mars 2016. © Romain Laurendeau pour JA

Alger va lancer des procédures judiciaires pour tenter de récupérer des biens acquis à l’étranger par des businessmen emprisonnés pour des affaires de corruption, de malversation et de blanchiment d’argent. 

Au ministère de la Justice, dirigé par l’ex-procureur Belkacem Zeghmati, des experts planchent sur les textes de lois et les réglementations en vigueur dans certains pays d’Europe où les oligarques déchus Ali Haddad et Mourad Oulmi, entre autres, avaient acquis des biens. Avant de lancer des commissions rogatoires internationales en vue de leur éventuelle saisie.

Dans le cadre d’une entraide judiciaire, les autorités algériennes avaient transmis mi-2020 à la justice française une liste de personnalités de l’ancien régime afin d’identifier le patrimoine immobilier qu’elles avaient acquis avec des fonds qui auraient été illégalement transférés d’Algérie.

Nous récupérerons cet argent

« J’attends le feu vert de la justice, qui n’a encore statué ni sur les dossiers, ni sur les montants pillés, a déclaré en janvier 2020 le président Abdelmadjid Tebboune. Une fois que le verdict sera rendu, nous récupérerons cet argent […]. Nous allons mettre en place des outils juridiques, en collaboration avec des avocats algériens ou étrangers, mais également activer des conventions et des accords conclus avec les pays étrangers. »

L’opération se heurte toutefois à deux obstacles majeurs.

Hôtel 5 étoiles et « ami généreux »

Aucune procédure ne peut être engagée sans que les affaires de corruption et de détournement de fonds ne soient définitivement jugées. C’est le cas pour plusieurs anciens oligarques qui n’ont pas encore épuisé tous les recours juridiques après avoir été condamnés à de lourdes peines en première instance, puis en appel.

Par ailleurs, l’identification des biens achetés par ces hommes d’affaires, anciens ministres ou hauts gradés, est une procédure complexe, certains ayant été acquis via des sociétés écrans et enregistrés sous des prête-noms. Ceux de deux businessmen en particulier intéressent spécifiquement la justice algérienne.

L’hôtel que possède Ali Haddad, incarcéré à la prison de Tazoult depuis août 2020, d’abord. C’est en 2012 que celui qui était alors le patron du groupe ETRHB décide d’acquérir le Palace (ex-Ritz), un établissement cinq étoiles situé au cœur de Barcelone, dont le prix de vente se situe selon la presse espagnole entre 68 et 80 millions d’euros. Interrogé à l’époque sur ce rachat, Haddad avait nié en évoquant un homonyme. Les services de renseignements espagnols avaient alerté leurs homologues algériens sur cette transaction effectuée par ce puissant membre du clan présidentiel d’alors.

Alors que l’ex-patron des services secrets algériens, le général Mohamed Mediène, dit « Toufik », avait ordonné à ses collaborateurs d’interroger Haddad sur cette transaction, ce dernier a pu leur échapper grâce à sa proximité avec Saïd Bouteflika, frère du président déchu et conseiller à l’influence illimitée.

Finalement auditionné sur cet achat lors de son procès en appel en juin 2020, Ali Haddad a livré des explications pas tout à fait convaincantes pour les juges. Il a expliqué avoir acheté le Palace de Barcelone pour 54 millions d’euros grâce aux prêts de banques espagnoles et à l’apport de 5 millions d’euros d’un ami généreux. En 2019, a-t-il ajouté, il devait encore 12 millions d’euros à ces établissements. S’il a admis ne pas avoir déclaré cet achat aux impôts algériens, il a catégoriquement nié avoir transféré des fonds en Espagne pour le réaliser. En lançant la procédure auprès des juges espagnols, la justice algérienne espère pouvoir mettre la main sur cet argent.

Villas à Monaco et Saint-Tropez

Le deuxième cas de biens identifiés qui intéresse les juges concerne Mourad Oulmi, président du groupe Sovac, spécialisé dans l’importation et le montage automobile. En octobre 2020, Oulmi a été condamné à dix ans de prison, notamment pour blanchiment d’argent. À l’époque où il était au fait de sa gloire, Oulmi détenait un riche patrimoine immobilier en France. Appartements à Neuilly-sur-Seine, villas à Monaco et Saint-Tropez… Le tout pour plus de 24 millions d’euros. Le patrimoine de son frère, Khider, également condamné, est tout aussi important : deux maisons (l’une à Monaco, l’autre sur la Côte d’Azur) ainsi qu’un appartement à Paris pour pas moins de 3,7 millions d’euros.

Ce milliardaire s’était fait remarquer en rachetant l’appartement de Nicolas Sarkozy à Neuilly-sur-Seine

Interrogé lors de son procès sur son patrimoine immobilier à l’étranger, Mourad Oulmi a assuré que ses propriétés n’avaient aucun lien, ni de près ni de loin, avec ses activités en Algérie. Ce milliardaire qui s’est lancé dans le business automobile en 1998 s’était fait remarquer en 2007 en rachetant pour 1,9 million d’euros l’appartement de 200 mètres carrés de l’ex-président français Nicolas Sarkozy, situé sur l’île de la Jatte, à Neuilly-sur-Seine.

De là à ce que la justice algérienne puisse mettre la main sur le patrimoine des frères Oulmi, le chemin est encore long. « Le président est vraiment déterminé à récupérer les biens qui ont été indûment achetés et l’argent détourné par la Issaba [bande mafieuse, NDLR] », confie l’un de ses visiteurs au palais d’El-Mouradia.

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