Politique

Barrage sur le Nil : le rendez-vous de la dernière chance entre l’Égypte et l’Éthiopie ?

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Mis à jour le 02 avril 2021 à 09h09
Abiy Ahmed et Al-Sissi

Abiy Ahmed et Al-Sissi © Saad pour JA

Les deux pays sont-ils parvenus à un point de non-retour après l’échec de la médiation américaine ? Une réunion de la dernière chance doit se tenir ces prochains jours à Kinshasa, sous les auspices de Félix Tshisekedi.

Il était une fois deux éléphants qui se disputaient un cours d’eau… Le récit des tensions entre Le Caire et Addis-Abeba pourrait commencer comme un conte pour enfants, mais une escalade militaire entre deux des pays les plus peuplés du continent n’aurait rien de divertissant. Or, après dix ans de rendez-vous manqués, de négociations relancées puis ajournées, de visites officielles suivies de menaces voilées, l’Égypte et l’Éthiopie paraissent moins capables que jamais de s’écouter.

En cause : la sempiternelle question de la répartition des eaux du Nil, relancée depuis que l’Éthiopie a posé, en 2011, près de la frontière avec le Soudan, la première pierre de son projet de Grand Barrage de la Renaissance (GERD), qui doit être achevé en 2022.

À gauche du ring, 110 millions d’Éthiopiens qui espèrent produire assez d’électricité pour développer leur industrie nationale et exporter de l’énergie. À droite, 100 millions d’Égyptiens dont la production agricole, et donc la sécurité alimentaire, repose à 90 % sur les eaux du Nil. Un casus belli qui avait fait dire à l’ex-président égyptien Morsi que « toutes les options étaient sur la table » si l’Éthiopie poursuivait la construction du barrage.

Après dix ans de rendez-vous manqués, de négociations relancées puis ajournées, de visites officielles suivies de menaces voilées, l’Égypte et l’Éthiopie paraissent moins capables que jamais de s’écouter

En dépit des menaces de bombardements du chantier brandies par des officiels égyptiens, et relayées par Donald Trump en octobre 2020, Addis-Abeba n’a pas renoncé à ce qu’il considère désormais comme un symbole national. Dans une curieuse formule, le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, avait prévenu en 2019 qu’« aucune force ne peut empêcher l’Éthiopie de construire le barrage […] malgré les craintes infondées et les menaces militaires de nos frères égyptiens ».

Les négociations entre les trois pays concernés – le Soudan est également partie prenante de la dispute – avaient récemment pris une tournure technique qui devait rassurer quant à leur aboutissement. Selon les spécialistes, le barrage lui-même, une fois rempli, ne représentera pas une grande menace pour le débit du Nil parvenant en Égypte. Le point de conflit touche surtout à la question du rythme de remplissage de l’ouvrage, que l’Éthiopie espère mener en moins de sept ans. Une célérité qui fait craindre au Caire une réduction drastique du débit du fleuve à court terme.

« Fait accompli »

Une médiation menée par l’administration Trump a failli aboutir en février 2020. Mais Addis-Abeba a fini par claquer la porte des pourparlers, avant de lancer le remplissage du barrage, en juillet. Conséquence : les États-Unis ont annoncé en septembre la suspension d’une partie de leur aide financière annuelle à l’Éthiopie. Le pays connaît par ailleurs une période de crispation nationaliste peu propice à l’apaisement, après le lancement en novembre de la guerre du Tigré.

Rien ne semble aujourd’hui à même de ramener les deux mastodontes africains à la table des négociations. Le 6 mars, lors d’une visite à Khartoum, le président Abdel Fattah al-Sissi a dénoncé « la politique qui consiste à imposer un fait accompli et à étendre le contrôle sur le Nil bleu via des mesures unilatérales sans tenir compte des intérêts du Soudan et de l’Égypte ».

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a dénoncé « la politique qui consiste à imposer un fait accompli (…) »

Le Caire tente maintenant de relancer l’Initiative du Bassin du Nil, rassemblant les États riverains du fleuve, dont la RD Congo, qui a pris la direction de l’UA en février. Lors d’un coup de fil de une heure, le 11 mars, le président Sissi a ainsi essayé de sensibiliser Félix Tshisekedi à la position égyptienne. La conversation est sans doute derrière une initiative de médiation du président congolais, lequel doit accueillir un premier round de dialogue entre Le Caire, Khartoum et Addis-Abeba à Kinshasa, entre le 3 et le 5 avril, en présence des différents ministres des Affaires étrangères. Le rendez-vous de la dernière chance ?

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