Économie

RDC : la Gécamines reprend la main sur les mines artisanales de cobalt

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Mis à jour le 1 avril 2021 à 16:33

Mine artisanale de cobalt à Tulwizmbe, au Katanga. © Kenny Katombe/REUTERS

Lancée officiellement le 31 mars, EGC – nouvelle filiale de la Gécamines soutenue par le géant Trafigura – doit permettre de formaliser et d’assainir une filière artisanale jusque-là opaque.

C’est depuis Johannesburg que l’Entreprise générale du cobalt (EGC), filiale de la Gécamines, a été officiellement lancée le 31 mars. En gestation depuis sa création par un décret de l’État de décembre 2019, et pilotée depuis lors par Jean-Dominique Takis, haut cadre et administrateur de la Gécamines, cette nouvelle entité détient le monopole de l’achat, de la transformation, et de la commercialisation du cobalt extrait artisanalement en RDC.

Il s’agit de mettre fin à un système quasi mafieux basé sur l’exploitation des travailleurs

« Notre pays détient 80 % des réserves mondiales de cobalt. Il représente actuellement autour de 65 % de la production mondiale, soit 95 000 tonnes par an, dont 18 000 t, soit 800 millions de dollars de revenus au cours actuel, proviennent de sites miniers artisanaux », a rappelé depuis la ville sud-africaine Albert Yuma Mulimbi, le président de la Gécamines, qui a joué un rôle moteur dans la structuration d’EGC.

Un triple enjeu à sa mission

Dans un discours aux accents souverainistes, l’emblématique dirigeant congolais a assigné une triple mission à EGC.

Nous devons restaurer notre réputation sur la scène minière internationale

« Il s’agit d’abord de mettre fin à un système quasi mafieux basé sur l’exploitation des travailleurs congolais, spoliés d’une partie de leurs revenus par les intermédiaires qui écoulent un minerai non traçable par des canaux d’exportation non-autorisés », a déclaré le président du conseil d’administration de la Gécamines.

Avant d’insister sur la nécessité de « reprendre la main sur le rythme d’extraction du cobalt et donc sur les prix mondiaux – à l’image de l’Opep pour le pétrole – […] et  de restaurer la réputation du pays sur la scène minière internationale, mise à mal ces dernières années ».

Albert Yuma s’est par ailleurs félicité du soutien du président Félix Tshisekedi dans cette entreprise.

Trois partenaires d’envergure

À l’avenir – d’ici à six mois selon les dirigeants de la Gécamines –, il sera donc illégal pour un fabricant de cathode de cobalt, de batteries, ou de véhicules électriques, d’acheter du cobalt artisanal congolais à un autre acteur qu’EGC.

Pour réussir sa mission, la filiale de la Gécamines s’appuie sur trois partenaires : le géant suisse du négoce de matières premières Trafigura, chargé de la commercialisation des cathodes de cobalt ; l’ONG américaine Pact, qui va accompagner la structuration de coopératives artisanales minières responsables ; et le cabinet d’audit britannique Kumi, qui doit visiter les sites régulièrement et rédiger un rapport trimestriel sur la conformité des activités d’EGC et de ses fournisseurs avec les standards sociaux et environnementaux.

Quant à la traçabilité des minerais extraits artisanalement, EGC va s’appuyer sur une technologie blockchain permettant de suivre le cobalt d’un bout à l’autre de la chaîne de valeur.

Trafigura a l’expertise pour trouver les bons clients au meilleur prix

Le choix de Trafigura et de Pact par EGC est lié à la réussite de leur expérience commune sur le site de Mutoshi, près de Kolwezi, où une coopérative artisanale responsable a pu être formalisée de janvier 2018 à mars 2020, en lien avec l’industriel Chemaf, titulaire de la concession minière.

Une filière dopée par le boom des ventes de véhicules électriques

Cette collaboration a, selon eux, permis une hausse de la production et des revenus des membres de la coopérative, une augmentation de la proportion de femmes et, surtout, la réduction drastique de la pollution et des accidents : aucun décès lié à l’exploitation n’est à déplorer.

En 2025, le cobalt congolais pèsera 70 % de part du marché mondial

« Trafigura est un partenaire de taille mondiale, il a l’expertise pour trouver les bons clients au meilleur prix pour notre cobalt », a fait valoir Jean-Dominique Takis, qui vise pour la filière artisanale d’EGC des volumes annuels de 15 000 à 30 000 tonnes de cobalt par an à l’horizon 2025, date à laquelle il estime à 70 % le poids de la RDC sur ce marché, dopé par la progression des ventes de véhicules électriques.

« Pour l’heure, un site est en cours de sélection au Lualaba, en lien avec les autorités de la province, il devrait démarrer l’extraction à la fin d’avril prochain », indique Jean-Dominique Takis. Les autres sites artisanaux – essentiellement dans les provinces du Lualaba et du Haut-Katanga – seront délimités par l’Autorité régulatrice et de contrôle des substances minières stratégiques (Arecoms), dépendante du ministère des Mines, en lien avec EGC et ses partenaires.

Un processus suivi de près par l’ensemble du secteur

Cette expérience inédite de formalisation massive dans les mines artisanales du pays – où exerceraient autour de 200 000 creuseurs – est suivie avec attention par les acteurs du secteur minier, dans le cobalt mais aussi l’or et les pierres précieuses, qui font face aux mêmes problématiques de traçabilité, de protection des travailleurs et de l’environnement, de répartition de la valeur ajoutée.

« Nous savons que nous sommes observés, particulièrement sur le continent », a conclu Albert Yuma Mulimbi.