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Assurances : Axa change de tête, l’Afrique doit-elle s’inquiéter ?

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Mis à jour le 06 avril 2021 à 11h01
Siège des assurances AXA au Gabon

Siège des assurances AXA au Gabon © Tiphaine Saint-Criq pour JA

Le poids lourd mondial des assurances resserre ses équipes à la direction centrale, engendrant une redistribution des cartes en cascade. Décryptage en trois points des conséquences pour l’Afrique.

Le géant mondial des assurances accélère la mise en place de sa nouvelle stratégie globale pour la période 2020-2023. À ce titre, une série de nominations et de départs vient d’être rendue publique au niveau du « navire amiral » du groupe.

Pour « simplifier son organisation », les fonctions exécutives au niveau de la direction centrale ont en effet évolué. Ainsi, l’Allemand Thomas Buberl, DG du groupe, retrouve deux directeurs généraux adjoints après une vacance de plus d’un an sur l’un de ces deux postes) : Frédéric de Courtois, à compter du 1er août, chargé de la finance et des investissements, de la gestion des risques, de la stratégie et de la réassurance cédée ; et George Stansfield, chargé du juridique, des RH, de l’audit, de la conformité et des affaires publiques.

En parallèle, des changements au niveau des principaux marchés géographiques clés ont été annoncés. Patrick Cohen, DG d’Axa Italie, remplacera à compter du mois de mai Jacques de Peretti (qui demeure au comité de direction du groupe) à la tête d’Axa France. Et le portefeuille de la direction International et nouveaux marchés, qui contenait jusqu’alors la région Afrique d’Axa, est éclatée en deux, avec le départ de son patron Benoît Claveranne.

À y regarder de plus près, les conséquences sur plusieurs marchés, et notamment au niveau du continent africain, sont tangibles. Que faut-il en penser ?

  • Les marchés émergents rattachés aux marchés plus matures

Créée en 2017, et visant à regrouper sous une même entité les marchés émergents du groupe, dont l’Afrique, Axa International et nouveaux marchés est donc dissoute. Dans sa logique de simplification, l’assureur français revient quelque peu sur son précédent plan stratégique échu au mois de décembre 2020.

Celui-ci avait scindé en trois grands marchés son activité : les marchés très rentables (France, Europe…) qui représentent 80 % de la profitabilité du groupe Axa ; les marchés à haut potentiel ; et les petites entités, confiées alors à Benoît Claveranne (6,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2020 et environ 10 % de l’activité globale).

L’objectif d’Axa International et nouveaux marchés était de développer celles des activités qui deviendront « marchés à haut potentiel » et de simplifier le portefeuille (cessions en Europe centrale, dans le Golfe…). Si, en interne, on considère que l’objectif est atteint – l’International a notamment su maintenir son résultat opérationnel avant impôts à plus de 580 millions d’euros en 2020, malgré un chiffre d’affaires en baisse, grâce à une rationalisation de ses coûts –, le Covid-19 a accentué la simplification.

De ce fait, les marchés africains et asiatiques de la division International seront désormais rattachés à la direction générale Asie du groupe, pilotée par Gordon Watson depuis Hong Kong. Les autres entités d’Axa International et nouveaux marchés entrent dans le périmètre d’Antimo Perretta, DG d’Axa Europe.

  • Synergies Afrique-Asie

Si Gordon Watson n’est pas un spécialiste de l’Afrique – il a passé ces vingt dernières années en Asie, notamment au sein du groupe d’assurance AIG et occupe les fonctions de DG de la région Asie, à « haut potentiel », depuis janvier 2018 –, il a l’expérience des marchés à forte croissance.

Et pour les observateurs du secteur, ce rapprochement « hiérarchique » entre l’Asie (10,9 milliards d’euros de CA pour 2020) et l’Afrique (environ 1 milliard d’euros) est cohérent puisque les enjeux sont similaires. Ce d’autant que dans le cadre de son plan stratégique « Driving Progress » les objectifs principaux sont la recherche de croissance dans certains créneaux spécifiques (santé, prévoyance, souscription avec Axa XL…) et l’accroissement des « flux de trésorerie avec notamment de nouvelles mesures d’optimisation des portefeuilles vie ».

Marier les deux entités devrait permettre d’accroître les synergies et de générer davantage de cash pour le groupe. Il faut toutefois rester vigilant en la matière, soulignent certains experts, à ce que la recherche de flux de trésorerie ne se traduise pas en désengagement progressif des filiales (africaines) non rentables ou consommatrices de fond propres.

Pour l’heure, aucun changement de fond n’est envisagé pour le continent africain et son entité Axa Africa Holding, assure-t-on au siège parisien du groupe.

  • Une carte à jouer dans la santé

Pierre angulaire de la stratégie de développement menée par Thomas Burberl – « se développer en santé et en prévoyance »– la santé est l’un des points forts d’Axa en Afrique, et le seul secteur qui a été épargné en 2020 par les baisses de revenus et d’activité causées par la crise sanitaire.

Pour comparaison, au sein d’Axa International et nouveaux marchés, les revenus de la branche dommages se sont infléchis de 12 %, tandis que ceux de la branche vie perdaient 16 %.

Présent dans huit pays, Axa s’inscrit dans le top 3 ou dans le top 5 des assureurs par pays sur ses segments prioritaires : les grands risques et la santé. Dans une interview à Jeune Afrique en novembre dernier, Benoît Claveranne expliquait que le continent était considéré par Axa comme un marché porteur, « où la croissance se compte à deux chiffres »et un véritable terreau pour l’innovation.

Axa Africa s’est en effet particulièrement illustré ces deux dernières années, par ses percées dans les domaines de l’e-santé en Égypte, au Maroc et au Nigeria, ses trois principaux marchés. Une activité en ligne avec la stratégie actuelle du groupe d’assurance.

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