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Kenya, Côte d’Ivoire, Tunisie : les plateformes de livraison en quête de rendement en Afrique

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Mis à jour le 14 avril 2021 à 22h48
L’espagnol Glovo devrait s’implanter au Nigeria et en Tunisie dans quelques semaines.

L'espagnol Glovo devrait s’implanter au Nigeria et en Tunisie dans quelques semaines. © DR

Toujours pas rentables en Occident, les plateformes de livraison telles que Bolt, Uber Eats ou Glovo cherchent des leviers de croissance sur le continent.

La concurrence féroce qui se joue dans le secteur de la livraison en ligne incite les services occidentaux à investir un maximum de marchés le plus rapidement possible. 

Alors qu’aucun d’entre eux n’a atteint jusqu’ici la rentabilité, l’espagnol Glovo, l’américain Uber Eats et l’estonien Bolt ont pourtant investi les marchés africains ces quatre dernières années afin de proposer leurs offres de livraisons de produits et courses en tout genre. 

Nos revenus sont plus faibles mais les sommes engagées sont moins importantes

À titre d’exemple, Bolt a annoncé le 30 mars avoir lancé ses services de livraison au Kenya, tandis que Glovo, qui a levé 450 millions d’euros le 1er avril, devrait s’implanter au Nigeria et en Tunisie dans quelques semaines.

Des frais de fonctionnement plus bas

En Europe ou aux États-Unis, les rendements de ces sociétés valorisées parfois à plusieurs milliards de dollars semblent réduits à peau de chagrin. Mais ces derniers semblent être plus prometteurs sur le continent.

« Nos revenus sont plus faibles en Afrique mais les sommes engagée[coût du travail et des investissements nécessaires, Ndlr] pour parvenir à nos objectifs sont moins importantes », explique ainsi William Benthall, qui dirige Glovo en Afrique. L’entreprise fondée par Oscar Pierre a réalisé un chiffre d’affaires de 91 millions de dollars en 2018. 

Arrivée au Maroc dès 2018, la plateforme emploie 150 employés directs sur le continent et affirme avoir créé plus de 300 emplois indirects (notamment via les centres d’appel). Elle fait par ailleurs travailler 2 500 livreurs indépendants.

« Nous sommes également implantés en Côte d’Ivoire et au Kenya depuis deux ans, et avons lancé nos opérations en Ouganda et au Ghana il y a quatre mois », indique le dirigeant de GlovoEt la plateforme poursuit son développement, galvanisée par l’urbanisation croissante du continent et par précédente une levée de fonds de 150 millions d’euros effectuée en 2019. 

Nous appliquons un système dynamique sur les frais de livraison en fonction des marchés

De son côté, Bolt, dirigé par Markus Villig, a obtenu d’IFC un prêt convertible de 20 millions d’euros, notamment pour poursuivre son développement dans la livraison Bolt est initialement un service lié à la mobilité au Nigeria et en Afrique du Sud. Mais l’entreprise qui revendique 400 000 chauffeurs et livreurs à travers sept pays (Afrique du Sud, Kenya, Tanzanie, Ouganda, Nigeria, Ghana et Tunisie) refuse de communiquer sur ses performances sur le continent.

Maîtriser l’incertitude

Le terrain n’est néanmoins pas sans risque pour ces entreprises. Après seulement deux ans de présence, Uber Eats a par exemple choisi d’arrêter ses activités en Égypte, laissant la place à Jumia Food. Entre les lenteurs administratives, les systèmes d’adresses approximatifs ou encore les imprévus météorologiques, les incertitudes sont légion.

« Le taux d’annulation des commandes est également plus élevé sur le continent qu’en Europe », abonde Bamba Lô, cofondateur de Paps, un service spécialisé dans le transport et la logistique pour les entreprises au Sénégal et au Burkina Faso. 

On ne mesure pas forcément bien le coût de la livraison au début

« Nous appliquons un système dynamique sur les frais de livraison en fonction des marchés, illustre William Benthall. Au Kenyas’il pleut intensément, les frais augmentent car les utilisateurs sont capables de comprendre et d’assumer cette surcharge. À la différence de la Côte d’Ivoire, où les clients sont moins enclins à accepter les variations de prix. Nous acceptons donune certaine incertitude financière dans ce pays en gardant des frais fixes sur les livraisons ».

En moyenne, Glovo applique des taux de commissions compris entre 15 et 30 % de la valeur d’une commande. Un pourcentage jugé « plutôt cher », par Bamba Lô.

« Attention également au coût de la livraison. On ne le mesure pas forcément bien au début, mais l’amortissement des véhicules, le coût des pannes et accidents, les durées allongées par le manque d’adressage, le temps passé à gérer le cash… Tout cela doit être intégré au modèle économique », prévient Emmanuel Bocquet, accompagnateur d’entreprises au sein de GreenTec Capital Partners, dans un ouvrage consacré au secteur.

Du côté des livreurs, si la précarité de leur condition fait l’objet de polémiques et de recours en justice en Occident, il semblerait que leur situation soit plus confortable en Afrique, pour le moment du moins et uniquement sur l’aspect financier. « Ces sociétés sont prêtes à surpayer les courses, car c’est l’acquisition d’utilisateurs finaux qui les intéressent. Mais c’est un pari à court terme », estime le patron de Paps. Selon lui, comparé à un Européen, un livreur Africain est certes moins payé en valeur, mais détient in fine un meilleur pouvoir d’achat.

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