Politique

Libye : le Premier ministre Abdulhamid al-Dabaiba prépare l’éviction du patron du fonds souverain

Réservé aux abonnés
Par
Mis à jour le 31 mars 2021 à 15:56

Le Premier ministre libyen Abdulhamid al-Dabaiba. © PRIME MINISTRY OF LIBYA/AFP

Le Premier ministre libyen s’apprête à remplacer le président de la Libyan Investment Authority, Ali Mahmoud Hassan. Cette manœuvre pourrait lui permettre de reprendre le contrôle du fonds.

Le Premier ministre Abdulhamid al-Dabaiba veut faire le grand ménage à la tête du fonds souverain libyen, la Libyan Investment Authority (LIA). Selon nos sources, il s’apprête à démettre de ses fonctions son président, Ali Mahmoud Hassan.

Cette décision lui permettrait de réformer la LIA, décriée depuis des années pour sa gestion opaque, le manque de transparence de sa gouvernance et des investissements suspects. Mais elle lui servirait surtout à en prendre le contrôle.

Suspicions de corruption

Les fonds de la LIA, dont l’estimation globale reste floue, représenteraient 67 milliards de dollars. Grâce à cette opération « mains propres », Abdulhamid al-Dabaiba espère gagner des points auprès de la communauté internationale afin de débloquer les avoirs libyens gelés à l’étranger en 2011 par le Conseil de sécurité des Nations unies. Une réforme du fonds souverain est en effet demandée de longue date par la mission onusienne en Libye, qui a piloté le lancement d’un audit de ses comptes par le cabinet EY en juin dernier.

Or le bilan peu reluisant d’Ali Mahmoud Hassan joue contre lui. En 2019, il avait été arrêté alors que des suspicions de corruption pesaient sur lui dans l’affaire dite de la société de gestion Palladyne, à laquelle la LIA avait confié plus de 700 millions de dollars d’actifs. De plus, l’actuel patron de la LIA s’est vivement opposé aux demandes d’Abdulhamid al-Dabaiba, formulées le 13 mars, de geler les investissements de la LIA et de ses filiales.

Ali Mahmoud Hassan était déjà dans le viseur de l’ex-Premier ministre de Tripoli, Fayez Sarraj. Mais il avait réussi malgré tout à se maintenir en poste. Nommé en 2017 par le gouvernement de Tripoli, son mandat avait été perturbé par la bataille menée contre son prédécesseur Abdulmagid Breish et par les autorités dissidentes de l’Est ne reconnaissant pas sa légitimité. Mais en mars 2020, la Cour de justice de Londres avait tranché ce débat en actant la légalité de sa position de président.

Alshahomy en pole position

Parmi les potentiels remplaçants pour succéder à Ali Mahmoud Hassan, la candidature du banquier Suliman Alshahomy, fondateur du Libyan Stock Exchange, fait son chemin. Elle est actuellement en discussion au gouvernement. Ce maître de conférence à la Nottingham Trent University a été membre du conseil d’administration de la société de services financiers Mubasher Financial Services à Dubai à partir de 2011 et président du conseil d’administration d’ABC Bank en Libye en 2019.

Alshahomy bénéfice d’un soutien de poids pour peser auprès du Premier ministre : Mohamed Aghli, dirigeant du Middle East Group (basé à Dubai) et propriétaire de la franchise Mercedes en Libye. Cet influent businessman fait partie du cercle rapproché d’Abdulhamid al-Dabaiba.