Politique

Secret d’histoire : Fresnes, une prison au cœur de la guerre d’Algérie

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Mis à jour le 01 avril 2021 à 10h18
Dans les couloirs de la prison de Frênes, un tag à l’effigie du dirigeant du FLN Mohamed Boudiaf.

Dans les couloirs de la prison de Frênes, un tag à l'effigie du dirigeant du FLN Mohamed Boudiaf. © ISA HARSIN/SIPA

La célèbre prison française a « accueilli » des années durant les membres du FLN arrêtés en région parisienne durant la guerre d’Algérie. Grâce à divers témoignages et au travail des archivistes, le public apprend que l’indépendance du pays s’est, aussi jouée, entre ces hauts murs.

La voix de Jean Amrouche, journaliste, poète et militant kabyle, a souvent bercé les nuits angoissantes de la prison de Fresnes. Chaque jeudi soir, entre 22h et 22h30, Mohand Zeggagh allume sa radio à galène et se branche sur les ondes de l’ORTF où officie le journaliste littéraire. Depuis sa cellule, Mohand Zeggagh a échafaudé un stratagème pour capter, bon an mal an, le monde extérieur.

« L’audition devait transiter par un fil conducteur qui véhiculait le tout vers un petit micro qu’on appliquait directement dans l’oreille », se rappelle-t-il. Une écoute clandestine. L’accès à l’information occupe une place centrale dans les revendications des détenus FLN, enfermés dans les prisons de France.

« À l’époque de la guerre [1954-1962], non seulement les journaux nous étaient interdits en prison mais il était impensable de disposer d’un poste transistor », raconte Zeggagh. Alors, cette radio, au-delà de la distraction, devient rapidement un outil politique.

Le directeur de la prison évoque « la limite dangereuse de saturation » des locaux « aggravée par le comportement de la majorité des Nords-Africains, éléments désordonnés, bruyants et indisciplinés »

Des soirs durant, Zeggagh écoute, « sous la couverture » à l’abri des regards inquisiteurs des surveillants de prison, le journaliste-poète dont il ignore les origines kabyles et les liens avec le FLN. Entre 1958 et 1959, les intellectuels se succèdent dans l’émission d’Amrouche et leurs débats de haut vol envahissent la cellule de Zeggagh pour le plus grand bonheur de cet auditeur un peu particulier, animé par l’espoir de la libération de sa terre.

Débat à fleurets mouchetés

« Les échanges entre lui et son interlocuteur prenaient fréquemment l’allure d’un débat à fleurets mouchetés chargés de sous-entendus », écrit Mohand Zeggagh. Mais les conversations érudites qu’il écoute, il l’apprendra par la suite, sont aussi politiques. Zeggagh l’ignore à ce moment-là, mais Amrouche sert d’intermédiaire entre le FLN et Charles de Gaulle. « Le parcours de Jean Amrouche était resté une énigme pendant toute la période 1958-1959. » Jusqu’à ce qu’il soit évincé de l’ORTF en novembre 1959 par Michel Debré, alors ministre de l’Intérieur… Il aura eu le tort de plaider un peu trop fort l’indépendance de son pays.

Le transistor, Zeggagh l’a acquis contre 40 paquets de cigarettes, échangés avec un détenu de droit commun, un peu « mieux nanti » que lui. Car Mohand Zeggagh n’est pas un détenu ordinaire. Nous sommes en 1958. Au cœur de la guerre d’Algérie.

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