Sécurité

Djibouti : les menaces des shebabs contre Guelleh, la France et les États-Unis prises très au sérieux

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Des shebab dans un village de la région de Shabeellaha Hoose, à 25 km de Mogadiscio, en 2011

Des shebab dans un village de la région de Shabeellaha Hoose, à 25 km de Mogadiscio, en 2011 © ABDURASHID ABDULLE/AFP

À deux semaines de la présidentielle, le chef des jihadistes somaliens a appelé à frapper « les intérêts américains et français » à Djibouti. Les autorités prônent « la vigilance absolue ».

Les Shebabs ont soigné leur timing. Deux semaines exactement avant le premier tour de l’élection présidentielle, organisé le 9 avril, les jihadistes somaliens se sont invités dans la campagne à Djibouti. Dans une vidéo diffusée le 27 mars, leur chef, Ahmad Umar Abu Ubaidah, attaque nommément le président Ismaïl Omar Guelleh (IOG), qu’il accuse d’avoir « transformé Djibouti en une base militaire d’où chaque guerre contre les musulmans en Afrique de l’Est est planifiée et exécutée ». Il appelle aussi les jeunes à « faire des intérêts américains et français à Djibouti » la priorité de leurs cibles.

« Ne pas surréagir »

Les autorités se sont pour l’instant refusées à commenter officiellement l’intervention des islamistes somaliens affiliés à Al-Qaïda, « mais nous prenons évidemment cette menace très au sérieux », assure un conseiller à la présidence joint par téléphone. Les mesures de sécurité, déjà resserrées pour lutter contre la propagation du Covid-19, ont été renforcées aux frontières « pour être certain que toute personne entrant sur le territoire est contrôlée ».

Pas question cependant de « surréagir car c’est ce que les Shebabs recherchent », poursuit le même conseiller, mais plutôt de rester « en vigilance absolue » face à une menace déjà mise à exécution le 24 mai 2014, lorsqu’un commando suicide avait attaqué un restaurant en plein centre de la capitale djiboutienne, faisant un mort et une vingtaine de blessés, essentiellement des Occidentaux.

Les shebabs cherchent à perturber le bon déroulé de l’élection présidentielle à venir

Djibouti compte sur son territoire de nombreuses bases militaires étrangères. En plus d’accueillir le plus gros contingent français en Afrique (environ 1 500 hommes), le pays abrite l’unique base américaine permanente sur le continent, forte de 4 000 soldats. Le Commandement des États-Unis pour l’Afrique (Africom) a déclaré, via son porte-parole, le colonel Christopher Karns, avoir « pris connaissance du message d’Ahmed Umar Abu Udaidat » et « se tenir prêt à répondre à toute menace ». Également ciblée dans la vidéo, la France n’a pour l’instant fait aucune déclaration.

Djibouti en première ligne

Cette menace intervient dans un contexte sous-régional très tendu qui, selon les autorités djiboutiennes, expliquerait l’attitude des Shebabs. « Ils cherchent à perturber le bon déroulé du scrutin à venir alors que leur principal allié, l’Érythrée, est aujourd’hui montré du doigt pour sa participation à la crise dans la région [éthiopienne] du Tigré », explique notre source à la présidence.

Notre interlocuteur pointe également la responsabilité du président somalien, Mohamed Abdullahi Mohamed, dit « Farmaajo », accusé ces derniers mois de faire plonger son pays dans une crise politique grave « qui place Djibouti en première ligne ». Au propre comme au figuré, puisque la petite République fournit un contingent de près de 1 000 hommes aux forces de la Mission de l’Union africaine en Somalie (Amisom) alors que les troupes éthiopiennes ont elles été rappelées dans leur pays en novembre pour faire face aux séparatistes tigréens.

Présents en Somalie depuis 2007, les États-Unis ont également rapatrié en janvier dernier leur contingent (entre 600 et 850 soldats), comme l’avait annoncé Donald Trump fin 2020, au lendemain de sa défaite dans les urnes face à Joe Biden.

Le contingent américain était chargé de former et d’encadrer l’unité d’élite de l’armée somalienne, la brigade d’infanterie Danab, forte de 3 000 hommes. Son départ fait donc craindre le pire aux autorités somaliennes, ainsi qu’à leur voisin djiboutien.

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