Technologie

En Afrique, le coronavirus a boosté le mobile money

Réservé aux abonnés | | Par - avec Marie Toulemonde
Mis à jour le 31 mars 2021 à 10h40
L’Afrique subaharienne compte 548 millions d’utilisateurs du mobile money en 2020. Ici, jeune femme sur son scooter consultant son téléphone portable à Ouagadougou, Burkina Faso.

L'Afrique subaharienne compte 548 millions d’utilisateurs du mobile money en 2020. Ici, jeune femme sur son scooter consultant son téléphone portable à Ouagadougou, Burkina Faso. © Getty Images

Devenu le principal canal de l’aide financière contre les effets de la pandémie, le mobile money a consolidé son modèle en 2020 et obtenu des progrès réglementaires substantiels.

C’était une projection aux allures de vœu pieux formulée il y a un an, alors que la pandémie de Covid-19 commençait à atteindre les côtes africaines. On prédisait une belle année au mobile money, à la faveur des mesures de restriction couvre-feux, confinements et distanciation physique imposées par les différents gouvernements pour maîtriser la diffusion du virus. Et cette projection, selon le dernier rapport sur le secteur publié par l’association GSMA, le lobby mondial des télécoms, s’est bel et bien réalisée.

Gain de confiance

Au cours de l’année passée, les services de mobile money comme M-Pesa ou Orange Money, déjà développés dans un grand nombre de pays, ont franchi un nouveau cap : gagnant la confiance des pouvoirs publics, ils sont devenus des partenaires clés dans la distribution d’aides financières en réponse à la crise sanitaire.

La rapidité d’exécution et la sécurité qu’offre le versement d’aides monétaires ont constitué des avantages significatifs

Parmi les transactions dites « avancées » en mobile money (avec le paiement marchand, les transactions internationales ou le paiement de facture), celles dévolues aux contributions gouvernementales ont ainsi représenté 13 % des transactions en 2020, d’après les données du rapport GSMA.

« La rapidité d’exécution et la sécurité qu’offre le versement d’aides monétaires via mobile money ont constitué des avantages significatifs, car le coût de distribution de ces aides est sensiblement inférieur à celui associé à la distribution physique de denrées », explique, pour sa part, Sylvain Morlière, consultant au cabinet de conseil Sofrecom, spécialisé dans les télécommunications. 

L’Afrique de l’Est, région la plus active

De quoi booster l’adoption de l’une des 171 applications actuellement disponibles sur le continent. Avec 548 millions d’utilisateurs du mobile money en 2020 – en croissance de 12 % par rapport à 2019 –, l’Afrique subsaharienne représente à elle seule 43 % des nouvelles inscriptions sur la période, devant l’Asie de l’Est et la région Pacifique (34 %). 

En 2020, 495 milliards de dollars ont été échangés sur le continent

La région confirme donc une nouvelle fois sa position de leader mondial avec un volume de 27,5 milliards de transactions sur l’année pour une valeur totale de 495 milliards de dollars (+23 % par rapport à 2019).

En 2020, c’est l’Afrique de l’Est qui a échangé le plus d’argent via le mobile, avec une valeur des transactions qui se chiffre à 273 milliards de dollars, devant l’Afrique de l’Ouest (178 milliards de dollars), l’Afrique centrale (35,7 milliards de dollars) et les régions les plus bancarisées du continent comme le Maghreb (5,4 milliards de dollars) et l’Afrique australe (3 milliards de dollars). Ces tendances se retrouvent également dans les usages, l’Afrique de l’Est comptant le plus d’utilisateurs actifs (94 millions) devant la sous-région de l’Ouest (47 millions) et l’Afrique centrale (16 millions). 

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Pénétration du modèle, progrès de l’interopérabilité 

Après la crise post-électorale de 2007 au Kenya, qui a débouché sur l’invention du modèle du mobile money, et celle du Mali en 2012 qui a démontré l’intérêt des transferts de fonds à distance, c’est donc la troisième fois que l’économie du mobile money prouve son utilité lors d’une période difficile. Les banques centrales l’ont compris et semblent avoir progressé sur la notion d’interopérabilité des services.

La plateforme de la Beac va permettre d’interopérer avec les banques, les fintechs etc.

Pointée du doigt l’an dernier pour son manque de réactivité face à la pandémie, la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac) a finalement rattrapé son retard en devenant la première institution à mettre en œuvre une plateforme d’interopérabilité régionale baptisée GimacPay.

« Au-delà de l’interopérabilité entre opérateurs de mobile money, cette plateforme doit également leur permettre d’interopérer avec des banques, des institutions de microfinance, des fintechs etc. », remarque Sylvain Morlière. 

Quand les pouvoirs publics ne suivent pas, le secteur privé s’organise lui-même pour innover. Lancée dans 22 marchés, la plateforme d’interopérabilité Mowalico-créée en 2018 par Orange et MTN et dirigée par Barthelemy Sonko, est en train de vivre une seconde vie. Les deux opérateurs, qui possèdent chacun 50 % de l’entreprise, ont récemment annoncé vouloir étendre le service à de nouveaux marchés, au-delà même de leurs propres implantations.

La résistance du paiement marchand 

Des résistances demeurent néanmoins sur l’un des derniers maillons de la chaîne de valeur à développer pour le secteur : le paiement marchand. Ce segment n’a progressé que de 1 % en un an, représentant 10 % des transactions dites « avancées » d’après les chiffres de la GSMA.

Le QR code est un puissant outil de simplification des parcours de paiement marchand

Des innovations commencent pourtant à émerger, comme au Ghana qui, en 2020, est devenu le premier pays du continent à lancer un QR code universel permettant à l’ensemble de la population d’effectuer des paiement marchands instantanés à partir de portefeuilles d’argent mobile, de comptes bancaires ou de cartes internationales.

« Le QR code est un puissant outil de simplification des parcours de paiement marchand. Il a d’ailleurs largement contribué à la digitalisation des paiements marchands en Chine. Néanmoins, il faut garder en tête que ces usages ne sont possibles que si les clients sont en possession d’un smartphone », pondère l’expert de Sofrecom. 

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