Politique

Présidentielle au Tchad : le plan de sortie que l’opposition propose à Idriss Déby Itno

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Mis à jour le 29 mars 2021 à 16:12

Idriss Déby Itno, à Paris en novembre 2019. © Idriss Deby Itno (Tchad), president de la Republique. A Paris, le 13.11.2019. © Vincent FOURNIER/JA

À moins de deux semaines du scrutin, l’opposition espère encore convaincre le président de ne pas briguer un sixième mandat. « Jeune Afrique » vous dévoile en exclusivité le courrier qu’elle lui a adressé ce 29 mars. 

C’est un document d’à peine deux pages qui a été transmis à Idriss Déby Itno (IDI) le 29 mars, à treize jours du premier tour de l’élection présidentielle au terme de laquelle il compte obtenir un sixième mandat. Rédigé et signé par le président des Transformateurs, Succès Masra, le texte a été élaboré après consultation des principales personnalités de l’opposition, de Saleh Kebzabo à Ngarlejy Yorongar, en passant par Mahamat Ahmat Alhabo et Théophile Bongoro.

Dans cette missive, que Jeune Afrique a consultée en exclusivité, Succès Masra présente au chef de l’État les principaux points d’un plan de sortie de crise sur lesquels se sont accordés les principaux opposants du pays, qui ont dans le même temps organisé plusieurs manifestations à N’Djamena réclamant son départ – la dernière a eu lieu le 27 mars.

Si l’initiative n’a que peu de chances de faire plier le chef de l’État, l’étape numéro un proposée à Idriss Déby Itno est claire : renoncer à un sixième mandat.

Une autre présidentielle sans Idriss Déby Itno ?

« Il y a une vie après le pouvoir, dont vous ne devez pas, ou plus, avoir peur », détaille notamment le courrier. Toujours selon ce document, l’opposition proposerait à IDI de se désister lors d’une annonce publique, laquelle devrait intervenir avant le 31 mars, afin de déclencher un report des élections, « un nouveau départ » et un « dialogue inclusif ». « Le soldat que vous êtes continuera à servir notre pays et à partager son expérience dans la longue lutte contre le terrorisme », poursuit le texte.

Succès Masra et les instigateurs de la lettre imaginent ainsi tenir cette concertation nationale – d’une durée d’une semaine maximum – dès le 11 avril, en lieu et place du premier tour de la présidentielle. Les leaders de l’opposition et de la société civile actuellement favorables au boycott du scrutin se sont mis d’accord sur l’opportunité de mettre en place une nouvelle constitution sur la base du texte fondamental de 1996. Il est selon eux envisageable de le reprendre intégralement.

Toujours selon le calendrier proposé, les candidatures à une élection présidentielle seraient alors rouvertes, du 26 au 30 avril, IDI s’étant engagé à ne pas participer. Cela permettrait à des personnalités ayant dû renoncer à se présenter pour le moment, notamment Succès Masra lui-même, de se lancer dans la course.

Dans cette lettre, l’opposition engage le chef de l’État sortant à « faire confiance au peuple tchadien pour s’occuper de son avenir, même sans [lui] ». Le scrutin pourrait se tenir dès le 13 juin, pour le premier tour, après une campagne d’un mois, du 11 mai au 11 juin. Le second round serait prévu pour le 27 juin, deux semaines plus tard.

Un nouveau président avant le 8 août ?

Le texte propose également d’établir une charte que tous les candidats à la magistrature suprême auraient l’obligation de signer. Ils s’engageraient notamment à ne pas supprimer la limitation des mandats présidentiels (deux actuellement) et à mettre en place certaines mesures comme l’instauration d’une commission réconciliation ou une réforme des services de sécurité.

Les personnalités à l’origine de ce courrier, qui ont prévu de se réunir de nouveau prochainement, promettent à Idriss Déby Itno un traitement de chef d’État et une immunité à vie. Souhaitant lui offrir une « sortie honorable », Succès Masra et les opposants consultés – dont certains placent néanmoins peu d’espoir en l’initiative de leur cadet – souhaitent qu’une passation de pouvoir soit prévue avant le 8 août (IDI ayant prêté serment le 8 août 2016) afin d’éviter un vide institutionnel.

Le 16 mars dernier, Masra, accompagné de deux de ses vice-présidents, avait rencontré Idriss Déby Itno, entouré de plusieurs généraux, dont le patron des renseignements militaires Tahir Erda et le directeur du cérémonial au palais présidentiel, Seïd Mahamat Seït. « Le président nous avait demandé, à l’issue de cette discussion de deux heures, de nous concerter au sein de l’opposition et de lui transmettre des propositions, explique-t-il. C’est ce que nous faisons avec ce courrier ».