Politique

Maroc : la chute de Moncef Slaoui, « tsar des vaccins »

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Mis à jour le 27 mars 2021 à 12:50

Moncef Slaoui à Washington, le 12 janvier 2021. © Patrick Semansky/AP/SIPA

Dans l’inconscient collectif, surtout marocain, il restera « Monsieur anti-Covid ». Mais l’image de Moncef Slaoui, accusé de harcèlement sexuel, est désormais sérieusement entachée.

Moncef Slaoui sera dorénavant le « tsar du vaccin » déchu. Ce chercheur maroco-belge de 61 ans, mandaté par l’ex-président américain Donald Trump en mai 2020 pour mener l’opération « War Speed » et accélérer le développement de vaccins anti-Covid, a été rattrapé par un « scandale sexuel ». Résultat ? Le 24 mars, Moncef Slaoui a été licencié de son poste de président du Conseil d’administration de Galvani Bioelectronics, majoritairement détenu par GSK, un géant britannique de l’industrie pharmaceutique.

Pour rappel, Moncef Slaoui a dirigé la « recherche et le développement » chez GSK jusqu’en 2017. Selon un communiqué de la firme diffusé le jour même, « les faits remontent à plusieurs années (…) lorsqu’il était employé de GSK ».

Allégations de harcèlement sexuel

Dans les coulisses, l’actuelle PDG de GSK, Emma Walmsley, a reçu en février dernier un courrier, rédigé par une employée, détaillant les allégations de harcèlement sexuel contre Moncef Slaoui. Dès lors, le conseil d’administration de GSK a ouvert une enquête auprès d’un cabinet d’avocats pour enquêter sur ces accusations. Pas n’importe lequel : celui de Grace Speights, avocate basée à Washington, connue et reconnue pour être une alliée du mouvement « Me Too ».

Si l’investigation se poursuit encore à l’heure actuelle, plusieurs faits ont déjà été corroborés. GSK estime d’ailleurs que « les comportements de Dr. Slaoui sont complètement inacceptables » et qu’ils « représentent un abus de sa position de chef, violent la politique de l’entreprise et sont contraires aux fortes valeurs qui définissent la culture de GSK ». Emma Walmsley, elle-même, a avoué être « choquée et en colère » et « avoir passé plusieurs nuits à se mettre à la place de la victime ».

De son côté, l’accusé n’a pas nié. Dans un communiqué rédigé le 25 mars, Moncef Slaoui prend acte de son limogeage et annonce son « retrait de la vie publique » pour se concentrer sur sa famille. Le chercheur s’est également excusé auprès de sa collègue en assurant « être profondément désolé pour toute détresse causée » et promet « de travailler dur pour se racheter ».

Au sein de GSK, Moncef Slaoui a déjà été remplacé par Christopher Corsico, jusqu’à maintenant vice-président senior de l’entreprise. Le centre de recherches et développement de la société ne portera plus le nom « Slaoui », et le conseil d’administration a annoncé qu’il examinerait les stock-options du chercheur, évalués à 10 millions de dollars en 2020 et censés être « les économies de retraite » de ce dernier. C’est sans conteste un coup dur pour ce scientifique qui a passé trente années de sa vie au sein de GSK.

Un divorce consommé

Cette affaire intervient dans un contexte où la guerre des vaccins bat son plein. Tandis que Pfizer et Moderna continuent de fournir les Américains et les Israéliens, le vaccin Astra Zeneca est vivement critiqué dans le monde pour ses supposés effets secondaires et son inefficacité sur les variants du Covid-19. Fin février, GSK a annoncé sa collaboration avec le laboratoire français Sanofi Pasteur pour développer un nouveau vaccin, à base de protéines recombinantes, qui pourrait être disponible à partir de l’automne 2021.

Moncef Slaoui défend l’efficacité du vaccin Astra Zeneca, critique celle du chinois Sinopharm, tout en étant étroitement lié à celui de Moderna

De son côté, Moncef Slaoui, extrêmement médiatisé, n’hésite pas à donner son avis : il défend l’efficacité du vaccin AstraZeneca (et l’aurait même recommandé à sa mère), critique celle du chinois Sinopharm, tout en étant étroitement lié à celui de Moderna – une entreprise dont il a été administrateur, et qui a été l’une des premières à bénéficier des financements de l’opération « War Speed ».

En parallèle, après avoir été contraint à démissionner de « War Speed » par l’administration Biden, le 12 janvier dernier, Moncef Slaoui est devenu le directeur scientifique de Centessa, une société-parapluie créée à partir de la fusion de dix biotechs soutenues par la société européenne Medixci. Un choix qui l’aurait, de toute façon, éloigné de GSK.

Pour rappel, « l’éthique » de Moncef Slaoui a déjà été mise en cause. En août 2020, ce dernier a été visé par une enquête des démocrates du Congrès des États-Unis pour un « contrat inhabituel ». Ce dernier a notamment permis à ce scientifique d’être à la tête de la mission « War Speed », tout en maintenant ses investissements personnels et sans avoir l’obligation de divulguer des informations sur ses participations dans des sociétés pharmaceutiques.