Politique

Centrafrique : les opposants à Faustin Archange Touadéra empêchés de quitter le pays

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Anicet Georges Dologuélé, à Paris le 12 septembre 2016.

Anicet Georges Dologuélé, à Paris le 12 septembre 2016. © Vincent FOURNIER/JA

Anicet-Georges Dologuélé n’a pas pu quitter Bangui le 24 mars. En raison d’une « enquête judiciaire en cours » sur de potentiels liens avec les rebelles, l’opposant ne peut s’éloigner du territoire sans autorisation, tout comme plusieurs personnalités de premier plan. Explications.

Le 24 mars, le commissaire de l’aéroport international de Bangui a fait savoir au protocole d’Anicet-Georges Dologuélé que celui-ci ne pouvait embarquer à bord du vol Air France AF0773 à destination de Paris, le ministre de l’Intérieur chargé de la sécurité publique, Henri Wanzet Linguissara, n’ayant pas donné son feu vert.

La veille, l’opposant, arrivé deuxième à l’issue de la présidentielle du 27 décembre, avait formulé une demande d’autorisation d’embarquement auprès du ministre, puis lui avait téléphoné. Mais ses démarches sont restées sans réponse. Contacté par Jeune Afrique, le ministère confirme avoir reçu ce courrier, mais « le 23 mars à 20h45 pour un vol le 24 », « raison pour laquelle il n’a pas été pris en compte ».

Samba-Panza et Ziguélé également visés

Dologuélé a effectivement rédigé cette lettre à la dernière minute. Il a été averti dans la journée par une source diplomatique, qui tenait ses informations du président Faustin Archange Touadéra, de la nécessité d’obtenir une autorisation de quitter le pays et de justifier à cette fin d’une urgence.

Muni de plusieurs certificats médicaux, attestant que son état de santé « nécessite des investigations complémentaires en milieu spécialisé, non réalisables en République centrafricaine et dans la sous-région », le député avait déjà effectué une demande de sortie du territoire auprès du président de l’Assemblée nationale, Laurent Ngon-Baba – qu’il avait obtenue le 23 mars, pour une durée d’un mois.

Ces dernières semaines, l’ancienne présidente de la transition Catherine Samba-Panza, l’ex-président de l’Assemblée nationale Karim Meckassoua et l’ancien ministre des Affaires étrangères Charles Armel Doubane ont comme lui été empêchés de prendre un vol international sans autorisation. Également soumis à cette procédure, l’ancien Premier ministre Martin Ziguélé a quant à lui envoyé une demande pour se rendre à Niamey afin d’assister à l’investiture de Mohamed Bazoum le 2 avril – sans réponse pour le moment.

« Enquête en cours »

Aucune raison officielle n’a été avancée et le porte-parole du gouvernement Ange-Maxime Kazagui a seulement fait savoir à ces personnalités politiques, qu’une « enquête judiciaire est en cours », sans que cela ne leur ait été personnellement notifié, et sans plus de précisions.

Contacté par Jeune Afrique, ce dernier affirme qu’il y a eu le 13 janvier, suite à l’élection présidentielle, « une tentative de coup d’État visant à renverser les institutions et les autorités du pays ». « Le gouvernement a pris des mesures pour connaître les différents liens entre les putschistes de la CPC (Coalition des patriotes pour le changement) et personnalités politiques et militaires, explique-t-il. Des perquisitions ont été menées dans certains quartiers de Bangui et des dispositions ont été prises pour obliger certaines personnalités publiques à solliciter une autorisation pour sortir du territoire. Cela intervient dans le cadre d’un état d’urgence et ne signifie pas qu’elles sont soupçonnées. »

Le ministère de l’Intérieur confirme qu’une « enquête a été ouverte à la suite de la dernière tentative de putsch de la CPC le 13 janvier dernier. Des militaires, des fonctionnaires et des civils ont été interpellés sur le terrain et des investigations sont toujours en cours. En raison de cette enquête, toute sortie est subordonnée à une demande au ministère de l’Intérieur (..) Ces mesures s’appliquent aux membres de la COD-2020 (Coalition de l’opposition démocratique) pour des raisons de sécurité publique. »

Cette enquête vise, entre autres, l’ancien président François Bozizé au sujet de ses liens avec la CPC, dont il a récemment pris la tête.

 

 

 

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