Politique

Mohcine Jazouli : « L’axe Rabat-Kinshasa est une chance pour l’Afrique »

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Mohcine Jazouli dirige maintenant un ministère délégué auprès de celui des Affaires étrangères, chargé des Affaires africaines et de l’Investissement.

Mohcine Jazouli dirige maintenant un ministère délégué auprès de celui des Affaires étrangères, chargé des Affaires africaines et de l’Investissement. © DR

Infrastructures, agriculture, engrais, pêche, industrie, santé, énergie… La coopération entre le Maroc et la RDC (actuellement présidente de l’UA) s’étend à de nombreux domaines. Et témoigne de la solidité des liens entre les deux pays, comme le souligne dans cet entretien le ministre marocain délégué aux Affaires africaines.

Les relations d’amitié qui unissent le Maroc et la République démocratique du Congo (RDC) ne datent pas d’aujourd’hui : leur histoire prend racine dans les années 1960, au début des indépendances, et se poursuivent jusqu’aujourd’hui, avec des champs d’application multispectrales, qui s’étendent de la sécurité — avec la présence d’un contingent de militaires marocains au sein de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo (MONUSCO) — à l’agriculture en passant par l’éducation.

Et cette coopération entre Rabat et Kinshasa — qui a pris la présidence de l’Union africaine (UA) début février — est encore amenée à croître : « Le Maroc et la RDC ne cessent de renouveler leur coopération et ont de nombreux projets qui contribueront au développement socio-économique inclusif de nos deux pays », confie à JA Mohcine Jazouli, le ministre marocain délégué auprès du ministère des Affaires étrangères, chargé des Affaires africaines et de l’Investissement.

En témoignent la création récente d’une Chambre de commerce maroco-congolaise et l’ouverture en décembre dernier d’un consulat de la RDC à Dakhla, au Sahara. Mais aussi, dans le domaine de l’éducation, le programme de bourses consacré aux étudiants congolais par le biais de l’Agence Marocaine de la Coopération Internationale (AMCI). Explications du « Monsieur Afrique » de la diplomatie chérifienne.

Jeune Afrique : Sur quoi repose, selon vous, la relation privilégiée entre le Maroc et la RDC ? 

Mohcine Jazouli : La République Démocratique du Congo est un grand pays à la fois par sa géographie comme par son histoire. La RDC est le 11e plus grand pays du monde par sa taille avec des richesses humaines et naturelles inestimables qui lui confèrent un grand potentiel de développement économique et social. C’est un pays qui compte, qui pèse et qui a la force nécessaire pour contribuer pleinement à l’émergence de notre continent.

Le Maroc est fier d’entretenir des relations historiques et fraternelles avec la RDC. La profondeur des liens entre nos deux pays s’exprime à travers différents volets de coopération politique, économique et social de plus en plus denses et à chaque fois renouvelés, qui traduisent une forte volonté commune de créer une convergence entre les pays africains. Une volonté affirmée lors de la visite historique de Sa Majesté le Roi Mohammed VI à Kinshasa en 2006 qui a conféré une nouvelle dynamique à ces liens.

À cette occasion, et conformément à la vision royale pour l’Afrique et pour le renforcement de la coopération sud-sud, plusieurs accords ont été signés portant, entre autres, sur l’agriculture, la pêche maritime, la santé, l’industrie, le commerce et bien d’autres domaines encore.

Ces liens d’amitié que vous évoquez ne sont pas récents. À quand remontent-ils ? 

Les relations de fraternité et d’amitié unissent les deux pays et peuples depuis 1960. L’histoire qui lie le Maroc et la RDC est ancienne et s’est accélérée avec l’accès à l’indépendance, pour embrasser tous les domaines et notamment celui de la sécurité.

Des soldats marocains ont donné leur vie pour aider le Congo à consolider sa souveraineté et son intégrité territoriale. D’abord en 1960, dans le cadre des opérations de maintien de la paix des Nations Unies au Congo ; puis en 1977 et 1978 lorsque les Forces Armées Royales marocaines aident le Zaïre (ancienne appellation de la RDC) pour repousser les menaces qui pesaient sur la province du Katanga (ancien Shaba).

« En 1984, lorsque le Maroc s’est retiré de l’OUA, la RDC a manifesté sa volonté de quitter l’organisation panafricaine en solidarité avec le Maroc »

La constance de l’engagement du Maroc se traduit aujourd’hui par sa participation à la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo (MONUSCO). En 1984, lorsque le Maroc s’est retiré de l’OUA, la RDC a manifesté sa volonté de quitter l’organisation panafricaine en solidarité avec le Maroc.

C’est donc une histoire de sang mêlé qui lie les deux pays, ce qui explique le devoir de partage et de solidarité mutuels.

Comment cette amitié se traduit-elle concrètement aujourd’hui ? 

Cette amitié très forte, qui transcende le temps et les contingences politiques, se traduit au quotidien par des actes de coopération dans tous les domaines. Elle est la matrice essentielle permettant de relever les défis et les enjeux que rencontrent les deux pays tant au niveau bilatéral que régional. Elle est aussi un vecteur pour contribuer d’une manière positive à la réussite de l’Agenda 2063 de l’Union Africaine pour « construire l’Afrique que nous voulons ».

Pour quelles raisons le Maroc et la RDC ont-ils intérêt à perpétuer et à développer ces liens d’amitié ? 

L’amitié Maroc – RDC est solide dans tous les domaines et c’était le sens du Message Royal que j’ai eu l’honneur de transmettre à Son Excellence le Président Tshisekedi lors de ma visite à Kinshasa le 1er décembre 2020.

Le Fonds bleu pour le Bassin du Congo est l’un des axes qui impulsera une dynamique économique sans précédent pour toute l’Afrique Centrale et bien au-delà

Le président Félix Tshisekedi – qui connaît très bien le Maroc pour y avoir passé une partie de son enfance – a une grande ambition pour son pays ainsi que pour notre continent pour lequel il s’emploie à construire avec intelligence, ouverture et dialogue, une dynamique vertueuse qui portera l’Afrique au niveau d’une puissance économique et politique internationale.

Cette amitié sera aussi nécessaire pour renforcer l’un des chantiers phares de l’agenda africain : la Commission Climat du Bassin du Congo. Cette initiative a été lancée par le roi Mohammed VI, en marge de la COP 22, tenue à Marrakech en novembre 2016, et a vu l’adhésion de 12 pays africains de la région.

Dans l’agenda africain, le Fonds bleu pour le Bassin du Congo est l’un des axes qui impulsera une dynamique économique sans précédent pour toute l’Afrique Centrale et bien au-delà. C’est dans ce cadre que le Centre de compétences en changements climatiques (4C Maroc) a finalisé, en décembre 2020, l’étude de préfiguration de cette initiative qui a permis la définition d’un plan d’investissement comportant plus de 250 projets.

C’est un programme fédérateur, expression d’une volonté commune pour transformer l’Afrique. En cela, l’axe Rabat-Kinshasa constitue une chance pour l’Afrique.

Comment évaluez-vous la présence des entreprises et banques marocaines sur le sol congolais ? 

Pour vous donner une idée : en 2019, les exportations marocaines vers la RDC s’élevaient à 19,71 millions de dollars et les importations à 42,86 millions de dollars. Ces échanges sont timides et ne reflètent pas, pour le moment, la dynamique des relations politiques. Le potentiel est énorme et nous travaillons ensemble à le développer. Cette coopération est appelée à s’élargir à de nombreux domaines, notamment les infrastructures, l’agriculture, les engrais, la pêche, l’industrie, l’agro-industrie, la santé, l’énergie et l’eau.

« Les échanges commerciaux sont timides et ne reflètent pas, pour le moment, la dynamique des relations politiques entre les deux pays »

Dans une logique de partage des expériences et des expertises, le secteur privé marocain continue à jouer un rôle important dans la dynamisation du partenariat maroco-congolais. Le domaine des services financiers est l’un des fleurons de cette coopération. Ces dernières années, des missions économiques ont été organisées pour accroitre les échanges.

Quid de la communauté congolaise au Maroc ? 

La présence des Congolais au Maroc se retrouve essentiellement dans le domaine de l’éducation. Aujourd’hui, de plus en plus de jeunes Congolais choisissent les universités et les écoles marocaines pour compléter leur cursus universitaire supérieur. À ce titre, un programme de bourses leur est consacré par le biais de l’Agence Marocaine de la Coopération Internationale (AMCI). Et, c’est dans ce cadre que les Congolais sont parmi les principaux bénéficiaires de bourses marocaines.

C’est dans cet esprit qu’en 2020 la fondation Denise Nyakeru Tshisekedi, à travers son programme Excellentia – qui valorise les talents et promeut l’excellence – a obtenu des bourses pour des lauréats congolais. En quelques années seulement, cette Fondation est devenue un partenaire de qualité pour contribuer au rayonnement de la jeunesse congolaise.

« De plus en plus de jeunes congolais choisissent les universités et les écoles marocaines pour compléter leur cursus universitaire supérieur »

La coopération entre le Maroc et la RDC s’exprime aussi dans le domaine de la migration où les Congolais font partie des premières vagues de régularisation qu’a connues le Maroc en 2014 et en 2018 conformément à la Stratégie nationale d’immigration et d’Asile impulsée par le roi Mohammed VI en 2013. À ce titre, ils bénéficient des services publics marocains à savoir l’éducation, la santé ou encore le droit au travail et au logement.

À combien évaluez-vous la communauté marocaine en RDC ? 

Les Marocains résidant en RDC sont principalement des cadres dans les domaines de l’hôtellerie et des grandes multinationales présentent sur le territoire congolais ou encore dans l’import/export. Il s’agit d’une population en constante évolution. C’est une petite communauté qui connaît un accroissement constant.

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