Politique

Centrafrique : comment Touadéra veut tourner la page d’une présidentielle contestée

Réservé aux abonnés | | Par
Le président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, le 27 décembre 2020, jour de l’élection présidentielle.

Le président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, le 27 décembre 2020, jour de l'élection présidentielle. © Nacer Talel / Anadolu Agency /AFP

Le président centrafricain veut entamer un dialogue, dont les rebelles de la CPC et François Bozizé seront a priori exclus. Au grand dam de l’opposition, qui demande plus d’inclusion.

Est-ce le signe d’un changement de stratégie de la part de Faustin-Archange Touadéra ? À la surprise générale et après en avoir longtemps rejeté l’idée, le président centrafricain a annoncé le 18 mars l’organisation future d’un dialogue « républicain ».

Des discussions réclamées de longue date par l’opposition, qui dénonçait l’entêtement du pouvoir à aller coûte que coûte aux élections présidentielle et législatives. Réélu pour un second mandat le 27 décembre 2020, Faustin-Archange Touadéra fait aussi face à une contestation autrement plus périlleuse, celle des groupes armés alliés au sein de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC) désormais coordonnée par son grand rival, l’ancien président François Bozizé. Preuve du danger : mi-janvier, les rebelles de la CPC avaient lancé une offensive en périphérie de la capitale, Bangui.

Un dialogue sans la CPC

Le chef de l’État, dont l’armée a repris du terrain grâce à l’appui de ses alliés russes et rwandais, entend se servir du dialogue pour mettre un terme aux nombreuses contestations dans le pays et légitimer sa réélection. « Le président Touadera est aujourd’hui très sûr de lui, car il a repris l’avantage sur le terrain. Ses relations avec la Russie et le Rwanda sont très clairement à son avantage, glisse à Jeune Afrique un diplomate occidental en poste à Bangui. Mais il ne veut pas gouverner le pays en étant contesté politiquement et militairement ces cinq prochaines années. Il sait donc que tant que ce dialogue n’aura pas lieu, cela compliquera les choses pour lui, y compris sur le plan diplomatique ». 

Bangui s’est en revanche montré très ferme : hors de question de convier la CPC et François Bozizé à la table du dialogue. Pas question, non plus, d’échanger avec les acteurs politiques qui soutiennent la rébellion. « La CPC s’est mise hors la loi. Ces groupes ont signé des accords avec le gouvernement, et ils sont ensuite sortis de ces accords pour reprendre les armes. La justice doit les juger », justifie Albert Yaloké-Mokpem, porte-parole de la présidence centrafricaine. Une approche soutenue par l’allié russe : dans les médias et sur les réseaux sociaux, l’ambassadeur de la Russie en Centrafrique, Vladimir Titorenko, s’est fendu de plusieurs déclarations pour s’opposer à tout dialogue avec la rébellion de François Bozizé et « ses alliés ».

Critiques

Pour poser les bases de ce dialogue, Faustin-Archange Touadéra rencontre depuis quelques semaines les leaders des différentes institutions nationales et de la société civile. L’opposition n’a en revanche pas été conviée. Ces discussions, qui vont se poursuivre après son investiture, devront ouvrir la porte à la tenue du dialogue en mai.

Comment nous faire croire qu’un dialogue dont la CPC sera exclue sera être constructif ? C’est une aberration.

Mais avant même d’avoir débuté, le flou qui l’entoure est déjà âprement critiqué. Tous les partis seront-ils conviés ? Qu’en sera-t-il du Kwa na Kwa (KNK), dont Bozizé a quitté la direction pour se consacrer à la CPC ? Des personnalités et formations politiques pourraient-elles en être exclues car soupçonnées de soutenir la CPC ? Aucune précision n’a pour l’heure été fournie sur les conditions de participation.

L’opposition déplore également de ne pas avoir été prévenue en amont. « Nous avons appris la nouvelle à la radio comme tout le monde, affirme Nicolas Tiangaye, porte-parole de la Coalition de l’opposition démocratique 2020 (COD-2020). Le 25 mars, la plateforme de l’opposition a réclamé un dialogue inclusif, un médiateur international neutre – allusion au refus de FAT d’accepter Denis Sassou Nguesso ou tout autre président de la sous-région comme médiateur -, ainsi que la mise en place d’un comité d’organisation « ouvert à tous ».

Le Kwa na Kwa estime pour sa part ce dialogue « nécessaire ». « A priori, nous n’y sommes pas hostiles car c’est ce que nous avons toujours réclamé, assure Christian Guenebem, nouveau président du KNK. Mais il faut voir quels sont les contours de ce dialogue, quels sont les critères et les conditions. Il doit être inclusif. Si aujourd’hui le président Touadéra en a accepté le principe, c’est à cause de la CPC. Dès lors, comment nous faire croire qu’un dialogue dont la CPC est exclue sera constructif ? C’est une aberration. »

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3102p001_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer