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Les bâtisseurs de la CAF

Tenaces, offensifs et déterminés, ils ont joué un rôle actif dans la construction de la Confédération africaine de football.

Yidnekatchew Tessema
Le visionnaire
Né le 11 septembre 1921 à Jima, en Éthiopie, Yidnekatchew Tessema a été, pendant de longues années, le patron incontesté du sport éthiopien, qu’il avait « créé » avec un budget de misère. Cofondateur de la Confédération africaine de football en 1957, il nourrit rapidement l’ambition d’en devenir le chef. Après deux tentatives infructueuses, en 1962 puis en 1968 à Addis-Abeba, le scrutin tourne finalement en sa faveur lors de l’assemblée générale de Yaoundé, en février 1972. Dès lors, il va collectionner les mandats et sans cesse renforcer son autorité sur l’institution.
Esprit lucide et fin, Tessema le polyglotte se révèle être un politicien habile dans le cadre de ses fonctions. Militant tiers-mondiste, homme de culture, visionnaire, il ne manque ni d’idées ni de ressources et se montre particulièrement adroit pour désamorcer les conflits. En stratège avisé, il parvient à maintenir l’organisation au-dessus des influences et des querelles et lui confère une crédibilité incontestable auprès de la Fifa, où il n’exerça pas de responsabilité.
À partir de décembre 1984, la maladie le contraint à lever le pied. Opéré d’une tumeur cancéreuse à l’estomac, il reprend toutefois ses activités pendant deux ans. Mais le mal finit par revenir à l’assaut. À l’été 1987, l’Éthiopien se rend à Lausanne pour un ultime traitement. En vain : dès son retour à Addis-Abeba, il sait que sa fin est proche. Après avoir rédigé sa propre oraison funèbre, il s’éteint dans la nuit du 19 août. Tessema aimait sincèrement le foot, un sport qu’il a longtemps pratiqué avant d’en prendre la direction continentale. Il a notamment porté les couleurs du club Saint-Georges d’Addis-Abeba avant de passer international, de 1948 à 1954, puis de devenir, en 1962, entraîneur de l’équipe d’Éthiopie.

Mourad Fahmy
Le gestionnaire
« Je quitte mon poste avec la conscience tranquille du devoir accompli. » Ainsi s’adresse Mourad Fahmy aux délégués de l’assemblée générale de la CAF, le 3 mars 1982 à Tripoli, lors de son discours d’adieu, après un quart de siècle passé aux commandes du football africain. En tant que secrétaire général honoraire de la CAF de 1961 à 1967, puis secrétaire général permanent de l’organisation, appointé par la Fifa, de 1968 à 1982, c’est une tâche bien ingrate que Mourad Fahmy a exercée pendant des années, tant le ballon, en Afrique, est abonné aux faux rebonds. Mais l’homme a su faire preuve de patience et de dévouement pour faire marcher une organisation aux moyens, à l’époque, limités.
Parce qu’il occupait un poste important au sein de l’Egyptian Football Association (EFA), Fahmy permet à la CAF d’avoir pignon sur rue et de grandir. L’homme a un sens élevé de la dignité et de l’honnêteté. Il cultive le fair-play, ce qui lui permet de mener rondement son entreprise. Dirigeant discret, au-dessus de tout soupçon, cet ancien ministre de l’Agriculture de Nasser assure une gestion sans parti pris. S’il s’était opposé jusqu’en 1968 aux ambitions de Yidnekatchew Tessema, il allait, une fois celui-ci élu à la présidence, jouer le jeu sans arrière-pensée. Mourad Fahmy a su s’entourer de collaborateurs compétents et dévoués. Remplacé en avril 1982 par son fils Mustapha, il part par la grande porte, mais décède un an plus tard à Abidjan.

Mawade Wade
Le militant
Quel familier des états généraux de la CAF n’a pas connu le grand Mawade Wade ? Qui n’a pas eu, de 1966 à 2002, l’occasion d’écouter ses prêches enflammés ? Quel dirigeant n’a pas « goûté » à son franc-parler dévastateur ? « Ma », qui a tiré sa révérence le 14 septembre 2004, chez lui, à Saint-Louis, au Sénégal, fut un extraordinaire personnage du football africain. Il avait l’éloquence et la conviction du militant politique et sportif, la passion sans concession de l’amoureux du ballon, l’il lucide et critique du connaisseur. Difficile à désarçonner, redouté pour ses effets de manche, cet ancien instituteur et footballeur fonde, en 1950, le Réveil de Saint-Louis dont il devient l’entraîneur en 1965, avant d’être nommé directeur technique de l’équipe nationale en 1966 et 1977.
Technicien aux idées avant-gardistes dans les années 1960, « Ma » se met, dès 1970, au service du football africain. C’est à cette date qu’il rejoint la CAF. À Yaoundé, en février 1972, il contribue avec Tessema et Mohand Maouche, à l’élaboration des statuts modernes de l’organisation continentale, dont il intégra plus tard la commission de développement technique.
Wade devient progressivement indispensable aux assemblées de la CAF, où l’on ne peut plus se passer de son savoir-faire. Il doit toutefois patienter jusqu’en mars 1990 pour occuper un siège au sein du comité exécutif. Mais il n’est pas réélu à l’issue de son premier mandat, en 1994, faute d’être soutenu par la fédération sénégalaise. Il retrouvera néanmoins son poste en 1998 puis en 2002.
De 1972 à 1987, « Ma » partage, en dépit de quelques frictions, les engagements et les réalisations de Yidnekatchew Tessema. En mars 1988, il soutient avec force l’élection du Camerounais Issa Hayatou à la présidence de l’organisation. En janvier 1997, au stade de la Luz à Lisbonne, il conduit la sélection d’Afrique qui domine, lors d’une rencontre amicale, son homologue d’Europe (2-1). L’homme a toujours su réagir avec pertinence aux mutations du ballon africain.
Mawade Wade vit sa dernière CAN au Mali, en janvier 2002. Il suit ensuite, sur le petit écran, la campagne des Lions du Sénégal lors du Mondial en Corée et au Japon. Puis soudain, le 11 août 2002, il est hospitalisé à Dakar pour un accident vasculaire cérébral. Il ne parlera ni ne marchera jusqu’à son décès, deux ans plus tard.

Mohand Maouche
Le réformateur
Footballeur élégant et racé, Mohand Maouche a commencé sa carrière à l’ancien Red Star d’Alger, entre 1946 et 1953. Ses performances lui valent d’être présélectionné dans l’équipe de France olympique pour les Jeux d’Helsinki en 1952. Avec l’indépendance de son pays, l’homme devient le premier président de la Fédération algérienne de football, un poste qu’il occupera jusqu’à sa mort.
À la CAF, le Dr Maouche exige notamment la révision des statuts de l’institution, en décembre 1965, à Tunis. Ils étaient, à l’époque, trop favorables à l’Égypte. Maouche s’attaque également aux privilèges du secrétaire général honoraire. Une fois élu au comité exécutif, il entreprend de convaincre ses pairs d’adopter une véritable politique de développement. À l’occasion de l’assemblée générale de la Confédération du 5 février 1970 à Khartoum, il est – avec Mawade Wade – l’auteur d’une motion réclamant la création d’une commission spéciale d’étude et de modification des statuts et des règlements en « fonction des réalités nouvelles du football africain ».
Le texte sera approuvé par vingt associations nationales sur les trente-quatre affiliées à l’époque. Membre de cette commission, il participe à ses travaux mais n’en verra jamais les conclusions, adoptées le 21 février 1972 à Yaoundé. Le 2 janvier 1971 en effet, l’avion qui transporte le Dr Maouche d’Alger au Caire, où il doit superviser le match entre la RAU et la Libye s’abîme en mer, au large de Tripoli. Trente-six ans après le crash, le football algérien n’a toujours pas su trouver un successeur digne de lui.

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