Politique

Affaire Sonko au Sénégal : comment Macky Sall et les mourides gèrent la crise

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Mis à jour le 24 mars 2021 à 16h32
Macky Sall et le khalife général des mourides, Serigne Mountakha Bassirou Mbacké, à Touba, en août 2018

Macky Sall et le khalife général des mourides, Serigne Mountakha Bassirou Mbacké, à Touba, en août 2018 © DR / Présidence du Sénégal

Depuis les débordements violents liés à l’arrestation d’Ousmane Sonko, le khalife général des mourides mène une médiation avec l’opposition et le président mobilise ses ministres.

Le 10 mars, le khalife général des mourides Serigne Mountakha Bassirou Mbacké a contacté plusieurs émissaires à Touba pour les charger d’une mission de médiation auprès de l’opposition. Parmi eux, deux de ses neveux, Serigne Bassirou Mbacké Porokhane et l’agronome Serigne Bassirou Mbacké. Cet ancien conseiller chargé de l’agriculture du président Wade est le leader du parti Jot Sa Rew, membre entre 2017 et 2019 de la coalition Jotna, à laquelle appartenait Ousmane Sonko jusqu’en 2020.

Listes de revendications

Trois disciples mourides complétaient sa délégation : Mamadou Diop Decroix et Mokhtar Sourang, membres du Front de résistance nationale (FRN) ainsi que Madické Niang, candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2019 (1,4 % des voix), mais aussi et surtout, ex-pilier du Parti démocratique sénégalais (PDS) d’Abdoulaye Wade, par ailleurs très introduit à Touba. En décembre, il avait annoncé son retrait de la vie politique, sur consigne du khalife.

Ces émissaires ont d’abord rendu visite à Ousmane Sonko, qui avait notamment fait appel à ses alliés du M2D (Mouvement de la défense de la démocratie), à savoir Cheikh Tidiane Dièye, l’un de ses responsables, mais aussi Alioune Badara Mboup (Frapp-France dégage), ou Aliou Sané (Y’en a marre). Les députés de l’opposition Aïda Mbodj, Moustapha Guirassy et Cheikh Bamba Dieye étaient également présents.

La délégation a convaincu le M2D de reporter la manifestation prévue le 13 mars. Le mouvement lui a alors transmis une liste de revendications, dont la libération des détenus politiques, destinée au khalife. Le lendemain, le 14, les émissaires sont repartis à Touba présenter ce mémorandum à Serigne Mountakha Bassirou Mbacké.

Depuis, plusieurs rencontres ont été organisées. Lors de la dernière en date, qui s’est déroulée le 23 mars, l’opposition a de nouveau présenté des demandes aux émissaires.

Réunions de sécurité nationale

Dès les premières violences, les autorités religieuses du pays ont été en contact téléphonique direct avec Macky Sall. Elles ont par la suite joué leur rôle de régulateur social. Mais l’exécutif n’a pas pour autant rencontré la délégation du khalife général des mourides, ni les soutiens d’Ousmane Sonko, selon un proche collaborateur du chef de l’État. Certains proches de ce dernier ont toutefois rencontré ou appelé « en leur nom » le député Mamadou Diop Decroix afin d’évoquer la situation.

C’est donc entre les murs calfeutrés du Palais présidentiel que l’exécutif, qui n’aurait pas l’intention de dialoguer avec le M2D, selon une source à la présidence, gère la crise. Chaque semaine, le lundi ou le mardi, se tient une réunion de sécurité nationale. Un rendez-vous mis en place sous la présidence de Léopold Sédar Senghor et qui réunit une poignée de ministres.

Aux côtés de Macky Sall et de son directeur de cabinet, les ministres Antoine Félix Abdoulaye Diome (Intérieur), Aïssata Tall Sall (Affaires étrangères), Abdoulaye Daouda Diallo (Finances et budget) et Malick Sall (Justice) se rassemblent ainsi pour aborder les questions de sécurité du pays. C’est à l’occasion de ces réunions que la déclaration publique de Macky Sall du 8 mars a été fixée et que les revendications émises par le M2D sont discutées.

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