Politique

Lancement du premier satellite tunisien : « Il faut créer notre propre agence nationale de l’espace »

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Mis à jour le 24 mars 2021 à 12h32
Le président tunisien Kaïs Saïed et le PDG de Telnet, Mohamed Freiha, assistent à une cérémonie à Tunis, le 22 mars 2021, pour le lancement dans l’espace du satellite Challenge One.

Le président tunisien Kaïs Saïed et le PDG de Telnet, Mohamed Freiha, assistent à une cérémonie à Tunis, le 22 mars 2021, pour le lancement dans l'espace du satellite Challenge One. © YASSINE GAIDI/AFP

Avec la mise sur orbite de « Challenge One », le 22 mars, le pays espère développer un secteur encore balbutiant au Maghreb.

Un temps maussade au propre comme au figuré et une atmosphère sociale tendue ont brouillé le lancement de Challenge One, le premier satellite que la Tunisie met sur orbite. Cela aurait dû être un événement national, de ces premières qui suscitent l’enthousiasme et provoquent un sentiment de fierté, mais Challenge One a joué de malchance.

De mauvaises conditions météorologiques au Kazakhstan, le 20 mars, ont reporté le décollage, depuis le cosmodrome de Baïkonour, de la fusée Soyouz 2 qui transportait, entre autres, 38 nanosatellites de type Cubsat, produits par 18 pays, dont le Challenge One tunisien. Renvoyée par deux fois pour cause de pandémie, la date de lancement n’est pas un choix fortuit : le 20 mars 2021 correspond aux 65 ans de l’indépendance de la Tunisie et devait conférer une dimension symbolique supplémentaire à ce premier pas tunisien dans l’aérospatiale.

Les 48 heures de report du lancement n’ôtent toutefois rien du mérite technologique de ce satellite « made in Tunisia », qui a obtenu l’agrément de l’Union internationale des télécommunications (UIT). Spécialisé dans l’internet des objets, il utilise pour la première fois au monde un protocole de communication spatiale spécifique et assure la transmission de données utiles à plusieurs secteurs d’activité.

Agriculture, énergie, télécommunications, transports, logistique, ingénierie marine et météorologie bénéficieront ainsi des données recueillies par la connexion à des objets situés sur terre tels que thermomètres, hygromètres, capteurs de pollution, puces de localisation.

Grande réalisation nationale ?

Sous forme d’un boîtier de 10 cm³, ce concentré de technologies, d’un coût de 1,6 million d’euros, est le résultat de trois ans de travail fournis par de jeunes ingénieurs de Telnet Holding, encadrés par des compétences tunisiennes, dont celle de Mohamed Abid, un ingénieur de haute volée associé à la mission Persévérance de la Nasa sur Mars. Maître d’œuvre de ce projet sans aucun soutien public, Telnet Holding se classe parmi les entreprises tunisiennes d’ingénierie et conseil en innovations technologiques les plus performantes.

Envoyer un objet dans l’espace nécessite des expertises multidisciplinaires

« Envoyer un objet dans l’espace, quels que soient sa taille et son poids, et pouvoir l’utiliser après à partir de la Terre, le programmer, le piloter et l’utiliser pour des applications diverses, est quelque chose de complexe sur le plan technique et nécessite des expertises multidisciplinaires. Et surtout une rigueur et un souci du détail, qui ne sont pas toujours de mise chez nous », apprécie un ingénieur, qui aurait voulu être de l’aventure.

L’un de ses collègues du pôle technologique d’El Ghazela à Tunis temporise : « Il n’y a franchement pas lieu de pavoiser et de parler de grande réalisation nationale. Ce type d’ouvrage est régulièrement lancé par les universités américaines. Mais le fait que ça fasse un peu rêver les jeunes et moins jeunes suffit pour que nous cessions de gâcher notre potentiel par manque d’ambition collective. »

Vers une agence nationale de l’espace ?

Le fondateur et patron de Telnet Holding, Mohamed Frikha, député indépendant de la législature précédente, avait alors reçu le soutien d’Ennahdha. L’homme, qui défend bec et ongles sa région d’origine de Sfax et a été candidat à la présidentielle de 2019, a fait l’objet d’une controverse après la faillite en 2013 de la compagnie aérienne Syphax Airlines.

Le projet de Telnet est désormais de gérer sa propre constellation de 30 satellites d’ici 2023

Le temps n’est pas au règlement de compte mais au succès. Avec Challenge One, la Tunisie est le premier pays maghrébin et le sixième du continent africain à fabriquer son propre satellite. Une performance qui en appelle une autre : le projet de Telnet est désormais de gérer sa propre constellation de 30 satellites d’ici 2023. « Il est impératif de créer notre propre agence nationale de l’espace. C’est tout simplement ce qu’aurait dû annoncer le chef du gouvernement ou le président de la République à cette occasion », renchérit l’ancien ministre de l’Emploi et la Formation Professionnel, Faouzi Abderrahmane.

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