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Politique économique

[Série] L’Angola de Lourenço : les gagnants, les perdants et… les rescapés (3/5)

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Mis à jour le 05 mai 2021 à 11h55
Kopelipa, Isabel dos Santos, Manuel Vicente

Kopelipa, Isabel dos Santos, Manuel Vicente © Montage JA © 4See, Rea_James OATWAY/PANOS-REA,Tsering Topgyal/AP/SIPA

« L’Angola de João Lourenço » (3/5). Isabel dos Santos, Manuel Vicente, le général Kopelipa : l’ascension de João Lourenço a signé leur perte d’influence. Mais d’autres personnalités ont su tirer leur épingle du jeu. Tour d’horizon.

L’arrivée au pouvoir de João Lourenço a mis fin à l’omniprésence de la famille dos Santos en Angola. Cette rupture a fait des gagnants et des perdants, bousculant les rapports de force au sein du parti présidentiel, le MPLA. Alors que le paysage politico-économique est en pleine recomposition, Jeune Afrique fait un point d’étape d’une révolution loin d’être achevée.

Les gagnants

  • Vera Daves
Vera Daves, à Lisbonne, le 15 décembre 2015.

Vera Daves, à Lisbonne, le 15 décembre 2015. © Orlando Almeida / Global Imagens

Inconnue du grand public jusqu’à sa nomination comme ministre des Finances en octobre 2019, cette trentenaire, première femme à ce poste, occupe désormais le devant de la scène. Négociatrice du moratoire de la dette, interlocutrice du Fonds monétaire international, détentrice des clés du coffre (officiel) angolais, elle a aussi intégré le bureau politique du MPLA. L’étoile de la nouvelle génération ?

  • Edeltrudes Costa
Edeltrudes Costa à Pékin, le 15 avril 2015.

Edeltrudes Costa à Pékin, le 15 avril 2015. © Li Tao / XINHUA / Xinhua via AFP

Malgré le changement de président, il a conservé toute son influence, un véritable tour de force. Cheville ouvrière des élections de 2008 et 2012, promu ministre d’État par José Eduardo dos Santos, ce juriste, connaisseur des dossiers sensibles du régime, est le directeur de cabinet et surtout l’homme de confiance de João Lourenço. À preuve, ce dernier ne l’a pas lâché alors même que des soupçons de corruption l’exposent à la vindicte populaire.

  • Luís Nunes

C’est peu de dire qu’il a le vent en poupe. Entrepreneur incontournable du sud du pays, dont le groupe diversifié Omatapalo (BTP, agro-industrie, énergie) est installé à Lubango (province de Huíla), il a basculé en politique à la demande de Lourenço. Nommé gouverneur en 2018 et salué pour son dynamisme, il a été propulsé début mars à la tête d’une autre province, la stratégique Benguela, deuxième centre économique du pays, dans sa partie sud également.

  • Rafael Marques
Le journaliste angolais Rafael Marques, en août 2017

Le journaliste angolais Rafael Marques, en août 2017 © AMPE ROGERIO/AFP

Emprisonné, poursuivi en justice et persona non grata durant la présidence dos Santos, le célèbre journaliste et activiste, qui dénonce depuis des années la corruption et les violences sur son site Maka Angola, a connu un impressionnant retour en grâce sous l’ère Lourenço. Reçu au palais présidentiel fin 2018 et décoré de la médaille du mérite fin 2019, il a lancé au début de 2021 une association de promotion de la bonne gouvernance, « Ufolo » (« Liberté » en kimbundo, l’une des langues nationales), hébergée dans l’un des immeubles cossus de la capitale, la tour Escom.

Les perdants

  • José Filomeno dos Santos
José Filomeno dos Santos devant la Haute cour de Luanda, le 9 décembre 2019.

Jose Filomeno dos Santos devant la Haute cour de Luanda, le 9 décembre 2019. © Joao da Fatima / AFP

Il a été le premier des dos Santos à tomber avec sa condamnation en août 2020 à cinq ans de prison pour fraude, blanchiment d’argent et trafic d’influence. Ancien patron du fonds souverain du pays, nommé à ce poste par son père, le fils de José Eduardo dos Santos paie pour avoir participé à une tentative d’escroquerie qui aurait permis de détourner 1,5 milliard de dollars d’argent public. Des faits qu’il nie, ayant fait appel de la décision.

  • Isabel dos Santos
Isabel dos Santos en Italie, le 3 septembre 2016.

Isabel dos Santos en Italie, le 3 septembre 2016. © ZUMA/REA

Incarnation jadis de la réussite des dos Santos sur le plan international, la fille aînée de l’ancien président est tombée de son piédestal. Vivant désormais entre Londres et Dubaï, elle a vu ses actifs gelés (banque, énergie, télécoms, distribution…) en Angola puis au Portugal. Très combative, elle croise le fer dans les tribunaux angolais et étrangers pour en récupérer la maîtrise, tout en défendant sa réputation écornée par les « Luanda Leaks ».

  • Carlos Manuel de São Vicente
Carlos Manuel de São Vicente

Carlos Manuel de São Vicente © TWITTER

Outre les dos Santos, la croisade anticorruption de Lourenço a touché une autre grande famille du MPLA, celle du premier président du pays, Agostinho Neto. Son gendre (époux de sa fille Irene Neto), Carlos Manuel de São Vicente, est soupçonné par les justices suisse et angolaise de blanchiment d’argent dans le cadre de sa gestion de l’ex-compagnie d’assurances AAA Seguros SA, dont il était le patron.

La société, qui bénéficiait d’une situation de monopole dans le secteur pétrolier, s’est vu retirer ce marché au profit d’une société publique (ENSA), provoquant sa mise en liquidation à partir de 2016. Enquêtant sur des détournements suspects réalisés entre 2012 et 2018, la justice suisse a gelé 900 millions de dollars sur ses comptes – un chiffre qui a choqué l’opinion publique. La justice angolaise lui a emboîté le pas, le plaçant en septembre 2020 en détention provisoire en attendant de statuer sur son sort. Désarroi familial, partisan et national.

  • Manuel Rabelais

Comme Augusto da Silva Tomás, ex-ministre des Transports condamné à 14 ans de prison en 2019 pour détournement de fonds publics, Manuel Rabelais, ancien ministre de la Communication sociale, fait partie de ces responsables de premier plan de l’ère dos Santos traduits devant la justice. Accusé d’avoir utiliser sa fonction de directeur d’un cabinet de promotion de l’action publique (le Grecima, supprimé en 2017) pour s’enrichir, il a écopé en avril d’une peine de 14 ans et six mois de prison pour une fraude estimée à 30 millions d’euros.

Les rescapés

  • Manuel Vicente
Manuel Domingos Vicente, à New York, le 27 septembre 2014

Manuel Domingos Vicente, à New York, le 27 septembre 2014 © UN Photo/Eskinder Debebe

Régulièrement cité dans des affaires de corruption liées à son ancien mandat à la tête de Sonangol et à des investissements chinois, l’ex-vice-président angolais (2012-2017) coule des jours tranquilles. Ce qui fait tache dans le combat contre la corruption de João Lourenço, dont Manuel Vicente resterait proche. S’il bénéficie, en vertu de la Constitution, d’une immunité liée à son statut d’ancien numéro deux du pays, celle-ci s’éteindra cinq ans après la fin de son mandat, soit en 2022. Pour beaucoup, Manuel Vicente n’est qu’en sursis.

  • Manuel Hélder Vieira Dias, le général « Kopelipa »
Manuel Hélder Vieira Dias, alias le général « Kopelipa », le 11 novembre 2012 à Luanda

Helder Vieira Dias, alias « General Kopelipa », le 11 novembre 2012 à Luanda © 4See/Rea

Homme de l’ombre, l’ancien monsieur sécurité et ministre d’État de José Eduardo dos Santos fait le dos rond. Sous le coup d’enquête pour corruption aux côtés de son associé Leopoldino Fragoso do Nascimento « Dino­ », le général « Kopelipa » a, comme lui, joué l’apaisement en rendant des actifs constitués avec des fonds publics, dont des biens immobiliers, une chaîne de supermarché (Kero), une société de biocarburants (Biocom) et des participations bancaires. Cela ne l’empêche pas de préparer sa défense.

  • Leopoldino Fragoso do Nascimento, « Dino­ »
Leopoldino Fragoso do Nascimento, fondateur et PDG de Cochan

Leopoldino Fragoso do Nascimento, fondateur et PDG de Cochan © Cochan

Avec le général « Kopelipa » et l’ancien vice-président Manuel Vicente, il formait le trio le plus puissant d’Angola sous l’ère dos Santos, surnommé les « Irmão Metralha­ », les Rapetou en français. Proche conseiller de l’ex-chef de l’État et propriétaire du groupe Cochan, le général « Dino­ » est visé par la justice angolaise pour corruption dans le cadre d’investissements avec la Chine. S’il a perdu de sa superbe, il demeure au capital (à hauteur de 25 %) de l’opérateur de télécom Unitel qui affiche une insolente santé financière.

  • Bento Joaquim Sebastião Francisco Bento, « Bento Bento »

Patron du MPLA à Luanda entre 2007 et 2016, « Bento Bento », connu pour sa capacité à mobiliser les foules, a été promu gouverneur de la province capitale par José Eduardo dos Santos avant d’être mis sur la touche en septembre 2014, après avoir été éclaboussé par la disparition à Luanda de deux organisateurs de manifestation en mai 2012 (enlevés puis tués par des forces de police comme établi par la justice angolaise en 2015). Malgré ce stigmate, le MPLA de Lourenço lui a, en avril, de nouveau confié les commandes du parti à Luanda,  de son retour en force.

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