Économie

BEAC-Congo : Abbas Mahamat Tolli face aux foudres de Brazza

Réservé aux abonnés | | Par - à Yaoundé
Abbas Mahamat Tolli, gouverneur de la BEAC.

Abbas Mahamat Tolli, gouverneur de la BEAC. © HAMILTON/REA

Le gouvernement congolais vole au secours de deux cadres de la banque centrale, sanctionnés pour non-respect des règles de transfert. L’institution défend son indépendance et ses procédures.

Abbas Mahamat Tolli, gouverneur de la BEAC,Le sujet barre la une de l’édition du 18 mars des Dépêches des Brazzaville : « Le Congo demande la réhabilitation des cadres relevés ». Mais l’article du quotidien d’État ne précise pas si cette demande a été expressément formulée par le président, Denis Sassou Nguesso, lors de l’audience qu’il a accordée deux jours plus tôt à Abbas Mahamat Tolli, le gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC).

S’appuyant sur un rapport consécutif à une mission d’audit effectuée à Brazzaville du 18 janvier au 10 février, ce dernier a décidé, le 22 février, de décharger de leurs fonctions Jeannette Agathe Bakouetila et Daniel Ngona, respectivement numéros deux et trois à la direction nationale du Congo de la banque centrale régionale. Ils sont remplacés par leurs compatriotes Fortuné William Moukoulou et Dieudonné Panzou Bayonne.

Il leur est reproché d’avoir violé les procédures de la banque centrale en autorisant, en l’absence du directeur national, Michel Dzombala, le transfert de 14,5 milliards de F CFA (22,1 millions d’euros) du compte de la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (Bdeac) logé à la BEAC Congo, vers les comptes de l’État congolais logés dans des banques commerciales.

« Opportunité, sens et violence » de la sanction

« Les opérations sur des montants de cette ampleur requièrent l’accord exclusif du gouverneur. Les directeurs nationaux ne peuvent autoriser que des transferts d’un montant maximal de 500 millions de F CFA par mois », rappelle-t-on dans l’entourage d’Abbas Tolli.

En réaction, un trio ministériel, composé de Gilbert Ondongo, ministre d’État en charge de l’Économie, de l’Industrie et du Portefeuille public, Ingrid Ebouka-Babackas, ministre du Plan, de la Statistique et de l’Intégration régionale, et Ludovic Ngatsé, ministre délégué en charge du Budget, a écrit le 5 mars à Abbas Mahamat Tolli, pour questionner « l’opportunité, le sens et la violence de cette sanction ».

Une décision qualifiée d’injuste « et destinée à destabiliser la position » du Congo au sein de la BEAC. Au nom du gouvernement, le trio invite donc l’institution à « reconsidérer » sa position, sans pour autant remettre en cause l’indépendance de la banque centrale.

« Une atteinte grave à l’indépendance de la banque centrale »

Pour aider les six États (Congo, Gabon, RCA, Cameroun, Tchad et Guinée équatoriale) de la Cemac à lutter contre le coronavirus, la BEAC leur a accordé 90 milliards de F CFA, à raison de 15 milliards pour chacun. Ne pouvant les financer directement (ce qu’interdisent ses statuts), la banque centrale met les fonds à la disposition de la banque de développement régionale.

« Cet argent n’avait pas vocation à être transféré dans les comptes des États, mais était destiné aux entreprises ayant remporté des marchés dans le cadre de la lutte contre la pandémie », ajoute-t-on à la BEAC.

Pour l’heure, Abbas Tolli n’a toujours pas accédé à la demande de Brazzaville. « Ce serait une première et une atteinte grave à l’indépendance de la banque centrale qui, dorénavant, subirait toutes sortes de pressions de la part des ministres de la région », glisse-t-on au siège de l’institution. Où l’on appréhende aussi une éventuelle réaction du FMI, dans un contexte où les États de la zone négocient de nouveaux programmes avec l’institution de Bretton Woods.

Les fautifs quant à eux attendent de passer devant le conseil de discipline de l’institution. Le sujet, qui prend les allures d’affaire d’État, promet d’autres rebondissements…

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