Politique

Bénin : comment Patrice Talon a obtenu les excuses du colonel Tawès

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Le colonel Pascal Tawès et le chef de l’État béninois Patrice Talon, le mardi 16 mars au palais présidentiel à Cotonou.

Le colonel Pascal Tawès et le chef de l'État béninois Patrice Talon, le mardi 16 mars au palais présidentiel à Cotonou. © DR / présidence béninoise

L’ancien attaché militaire de l’ambassade du Bénin aux États-Unis, dont le nom avait été cité en juin 2020 dans une affaire de coup d’État présumé, a rencontré le président le 16 mars.

Les images de la rencontre, pour le moins inattendue, entre Patrice Talon et le colonel Pascal Tawès, le 16 mars au Palais de la Marina, ont fait le tour des réseaux sociaux. En particulier une courte vidéo dans laquelle, face caméra, le militaire présente ses « excuses » au chef de l’État béninois, en lice pour un nouveau mandat lors de la présidentielle du 11 avril prochain.

Depuis 2016, l’ancien attaché de défense de l’ambassade du Bénin à Washington, à la retraite depuis 2013, multipliait les interventions virulentes à l’encontre de Talon. En octobre 2019, il avait qualifié le chef de l’État de « commerçant véreux » puis l’avait accusé de « corruption », avant de réclamer son départ du pouvoir par le biais d’une « procédure d’urgence ».

Selon nos informations, un accord a été trouvé entre les autorités béninoises et Pascal Tawès.

Réputation d’agitateur

Le colonel affirmait ne pas avoir perçu de l’État béninois la bourse devant lui permettre, ainsi qu’à sa famille, de rentrer dans de bonnes conditions dans son pays lorsqu’il a pris sa retraite, en 2013.

Les choses bougent dans le bon sens

Détenteur depuis d’une « green card », la carte de résident permanent aux États-Unis, il n’en menait pas moins, en parallèle de ses violentes diatribes à l’égard du régime de Patrice Talon, de multiples tentatives pour obtenir gain de cause auprès de l’administration béninoise. Les autorités ont donc finalement accepté de débloquer la somme correspondant à la prise en charge totale des frais de retour de l’ancien diplomate et de sa famille. En échange, l’officier du nord à la réputation d’agitateur a accepté, à moins d’un mois de la présidentielle, de se prêter au jeu des excuses publiques, affirmant avoir été « intoxiqué » et jugeant qu’au Bénin, « les choses bougent dans le bon sens ».

En juin 2020, son nom avait pourtant été cité dans une affaire de tentative de coup d’État présumé. Dans ce dossier, une quinzaine de militaires avaient été interpellés et déférés devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet) pour « actes contraires à la paix ». L’affaire avait d’autant plus inquiété que, quelques mois plus tôt, une dizaine d’officiers de l’armée avaient été arrêtés, mi-février 2019. Les agents de la Direction des services de liaison et de la documentation (DSLD), les renseignements béninois, soupçonnaient alors qu’« un coup d’État était en préparation sous la coordination du colonel Tawès ».

« Actes d’incivisme et de déviance isolés »

Si Patrice Talon assurait, lors de l’entretien qu’il avait accordé à Jeune Afrique en septembre dernier, qu’« il n’y a jamais eu de tentative de coup d’État » mais des « actes d’incivisme et de déviance isolés, commis ou projetés par des hommes en tenue », cela n’a pas amélioré l’image sulfureuse du militaire retraité.

En 1992, alors capitaine, il avait déjà été condamné par contumace pour « trahison » et « complot contre l’État ». Exilé au Togo, Pascal Tawès n’avait cessé de clamer son innocence dans cette affaire dans laquelle Fousseni Gomina, ancien chef des renseignements militaires sous Mathieu Kérékou, avait pour sa part été condamné à dix ans de prison. Après avoir obtenu sa réhabilitation au sein de l’armée, Tawès avait été nommé attaché de défense à l’ambassade aux États-Unis en 1997, à la faveur du retour de Kerekou au pouvoir.

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