Politique

Présidentielle au Congo : Sassou, Kolélas, Dzon… tiercé dans l’ordre ?

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Mis à jour le 21 mars 2021 à 11h09
Mathias Dzon, Denis Sassou Nguesso, et Guy Brice Parfait Kolelas, candidats à la présidentielle du 21 mars 2021 au Congo.

Mathias Dzon, Denis Sassou Nguesso, et Guy Brice Parfait Kolelas, candidats à la présidentielle du 21 mars 2021 au Congo. © Photomontage : Vincent Fournier/JA ; Chesnot/Getty Images ; STEEVE RODRIC POUR JA

Quelque 2,5 millions d’électeurs sont appelés aux urnes ce dimanche. Entre un paysage politique écrasé par la toute puissance de Denis Sassou Nguesso et de son parti, le retrait de la candidature du chef de file de l’opposition et les liens qui ont pu exister entre le président sortant et ses principaux concurrents, pour les Congolais, les jeux semblent déjà faits.

Pressenti pour diriger la mission de l’Union africaine chargée d’observer le déroulement de l’élection présidentielle du 21 mars au Congo, l’ancien Premier ministre djiboutien Dileita Mohamed Dileita est un grand habitué de l’exercice (il a conduit une demi-douzaine de missions de ce type, notamment en Côte d’Ivoire il y a cinq mois et au Congo, déjà, en 2016) et il n’a a priori guère de souci à se faire. Suspendue pendant 48 heures pour permettre aux forces de l’ordre et aux militaires de voter par anticipation – une disposition inédite et critiquée par l’opposition – la campagne électorale s’achève en effet dans le calme et avec un engouement étonnamment croissant, inversement proportionnel au déficit de compétition sur le papier.

Si, pour nombre de Congolais, les jeux sont quasiment faits en faveur du sortant Denis Sassou Nguesso (DSN), ni la disproportion des moyens mis en œuvre pendant la campagne, ni le contrôle exercé par le pouvoir sur les médias et l’administration publics, ni les doutes quant à l’indépendance de la Commission électorale (autant de justificatifs réels ou supposés mis en avant par la fraction de l’opposition prônant le boycott du scrutin) ne paraissent avoir convaincu la grande majorité des Congolais de déserter les urnes.

Impression de déjà-vu

Une attitude d’autant plus paradoxale que l’absence relative d’enjeu repose également sur le déficit qualitatif de l’offre démocratique susceptible de déboucher sur une alternance. Autant en 2016 l’ex-général Mokoko surfait sur la nouveauté, autant cinq ans plus tard les concurrents de DSN peinent à faire oublier leur passé à ses côtés – voire à son service.

Sur les quatre principaux candidats alignés face à lui et en l’absence du chef de file de l’opposition, Pascal Tsaty Mabiala, lequel a renoncé pour les raisons précitées, trois ont été les collaborateurs du président sortant – Guy-Brice Parfait Kolélas, Mathias Dzon et le colonel devenu pasteur évangélique, Albert Oniangué. Seul le député Joseph Kignoumbi (qui se présente pour la quatrième fois) échappe à la règle. Cette impression de déjà-vu, que les concernés cherchent avec difficulté à surmonter, est caractéristique d’une classe politique congolaise en panne de renouvellement – pouvoir et opposition confondus.

À chaque chef son fief

Derrière le candidat DSN, qui enchaîne de spectaculaires meetings, accompagné à chaque étape par un cortège de militants tout de blanc vêtus, de chanteurs populaires, de personnalités politiques locales et de chefs traditionnels, Guy-Brice Parfait Kolélas est sans doute celui qui aura rassemblé le plus de monde. Même si l’ancien chef rebelle du Pool Frédéric Bitsamou (dit Pasteur Ntumi) n’a pas appelé ses fidèles à voter en sa faveur, « Pako » compte sur l’électorat sudiste – lari en particulier – pour s’imposer durablement sur la scène politique. Son meeting de Pointe-Noire, ville traditionnellement frondeuse, au cours duquel il a déroulé son « Plan Parfait pour le redressement du Congo », a connu un certain succès.

Mathias Dzon, qui a fait le plein de spectateurs et de militants le front ceint de bandeaux rouges dans sa ville de Gamboma, espère quant à lui bénéficier du vote téké et des suffrages urbains transethniques (embryonnaires il est vrai) de Brazzaville et de Pointe-Noire. Quant au pasteur Oniangué, sa candidature doublement « dissidente » (il est mbochi, comme le chef de l’État, et fut son aide de camp) avait un moment fait craindre aux partisans de DSN, en particulier au puissant ministre Jean-Jacques Bouya, originaire comme lui de Tchikapika, une déperdition de voix traditionnellement acquises. Mais force est de constater que sa candidature a bien du mal à être prise au sérieux.

Enveloppes, obédiences maçonniques et services rendus

Si tout semble se jouer comme la chronique d’une victoire annoncée de DSN dès le premier tour, ce n’est pas seulement parce que ce dernier et son parti, le PCT, seul implanté sur l’ensemble du territoire, écrasent le paysage politique congolais. C’est aussi parce que toute une série de liens occultes et consanguins unissent entre eux les acteurs du jeu démocratique, sur fond d’enveloppes d’argent, d’obédiences maçonniques et de services rendus.

Des liens qui expliquent pourquoi la campagne électorale n’a que rarement pris un tour ouvertement polémique. Lorsqu’un Mathias Dzon s’est aventuré (et encore, sans citer aucun nom) à évoquer de possibles détournements de fonds publics, il s’est aussitôt vu rappeler certains épisodes de son passé, en particulier de ministre des Finances. Quant à Parfait Kolélas, il s’est bien gardé de franchir la ligne rouge, évitant de s’en prendre frontalement à DSN. Seuls les réseaux sociaux, notamment les sites de la diaspora proches de l’opposition radicale, abordent les dossiers sensibles, se hasardant souvent sur le terrain de l’insulte, mais leur impact réel sur le comportement des électeurs est inversement proportionnel à leur audience.

Les jours d’après…

À quatre jours du scrutin, le scénario semble donc écrit, la seule inconnue étant le taux de participation. Depuis Los Angeles, l’écrivain Alain Mabanckou a appelé ses compatriotes à aller voter – sans préciser pour qui –, tout comme l’ensemble des candidats, l’épiscopat catholique et les églises de réveil proches du pouvoir. De part et d’autre, ce point est perçu comme crucial, alors que se dessine déjà le profil des jours d’après le 21 mars.

Ayant par avance estimé que les conditions de transparence du scrutin ne seraient pas réunies, Parfait Kolélas et Mathias Dzon s’apprêtent à en contester « jusqu’au bout » les résultats – le premier précisant qu’il ne prendrait pas la peine de déposer des recours devant une Cour constitutionnelle « qui s’est foutue de [lui] en 2016 ». Comment, dès lors, comptent-ils s’y prendre ? « C’est notre stratégie, cela ne se dévoile pas » a répondu Pako au micro de RFI. Reste à savoir si une telle stratégie existe bien.

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