Politique économique

Brexit : « Le Royaume-Uni est désormais libre de déterminer ses relations économiques avec l’Afrique »

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Mis à jour le 23 mars 2021 à 09h42
Emma Wade-Smith

Emma Wade-Smith © trade.gov.uk

À l’heure du Brexit et de la pandémie de Covid-19, Emma Wade-Smith, première commissaire pour le commerce jamais nommé au Royaume-Uni pour gérer les relations avec l’Afrique, se veut optimiste sur l’évolution des échanges entre Londres et le continent.

Emma Wade-Smith est la première Commissaire au commerce jamais nommé au Royaume-Uni pour l’Afrique. Avant sa prise de fonctions, en juin 2018, cette diplomate de carrière a occupé de nombreux postes au sein du Foreign Office, le ministère britannique des Affaires étrangères, à Londres, ainsi qu’au sein de différentes ambassades, aux États-Unis, au Mexique et au Chili.

À partir de 2016, elle travaille en Afrique du Sud en tant que directrice du commerce pour l’Afrique australe et participe l’année suivante à la mise en place de l’équipe panafricaine au sein du Department for International Trade (DIT).

Nommée officier de l’Ordre de l’Empire britannique par la reine Elisabeth II pour avoir géré la cellule de crise du Foreign Office, Emma Wade-Smith revient sur l’évolution des relations commerciales entre son pays et l’Afrique, à l’heure du Brexit et du Covid-19.

Jeune Afrique : Comment qualifiez-vous les relations commerciales entre l’Afrique et le Royaume-Uni ?

Emma Wade-Smith : Nous partageons ensemble une longue histoire économique, reposant sur les nombreuses entreprises britanniques qui, au fil des décennies, ont permis la création de plusieurs milliers d’emplois à travers le continent. Le Royaume-Uni reste aujourd’hui encore l’un des investisseurs étrangers les plus importants en Afrique et l’un de ses partenaires commerciaux les plus significatifs.

La demande de biens et de services en provenance du Royaume-Uni reste également très forte auprès des acheteurs africains. Notre engagement aux côtés du continent a été publiquement confirmé lors du Sommet Royaume-Uni–Afrique de janvier 2020, lorsque le Premier ministre, Boris Johnson, a déclaré que notre pays voulait devenir un partenaire économique de premier plan en Afrique.

Même si nos volumes en matière d’échanges commerciaux et d’investissements repartent à la hausse, force est de constater que le Royaume-Uni a perdu quelques parts de marché ces dernières années, notamment face à l’arrivée de nouveaux pays alléchés par les perspectives économiques africaines.

Qu’est-ce qui a changé depuis l’entrée en vigueur du Brexit, le 1er janvier 2021 ?

L’intérêt grandissant pour les opérateurs privés britanniques en Afrique, notamment les petites et moyennes entreprises innovantes, n’a pas ralenti depuis notre sortie officielle de l’UE. Et nos entreprises sont nombreuses à vouloir étendre leurs activités sur le continent ou à souhaiter partager les expériences de celles qui y sont déjà présentes, afin de mieux voir ce qu’elles peuvent elles-mêmes apporter, en favorisant autant que possible les partenariats avec des acteurs locaux.

À un niveau plus technique, maintenant que le Royaume-Uni a pleinement retrouvé son indépendance commerciale, il est libre de déterminer le nouveau cadre de ses échanges économiques et de ses investissements. Nous avons travaillé dur ces dernières années pour être au rendez-vous le jour J. Des accords commerciaux ont été signés avec 15 pays à travers le continent, et l’accès à notre marché a été garanti pour la plupart des autres dans le cadre du Système généralisé de préférences (SGP) britannique.

La prochaine étape consiste à mettre en place ces accords, à nous assurer que nos entreprises sont bien conscientes des nouveaux termes d’échanges et qu’elles utilisent ces accès préférentiels plus efficacement que par le passé. Nous n’allons pas nous arrêter là puisque notre objectif est de conclure de nouveaux accords avec le maximum de pays.

L’arrivée de la pandémie a-t-elle eu un impact sur les priorités britanniques en Afrique ?

Le Covid-19 a bien sûr été un véritable choc pour les économies africaines, comme pour celles du reste du monde. Les entreprises britanniques ont fait preuve, à cette occasion, d’un engagement sans faille sur le terrain.

Notre gouvernement a été en première ligne pour atténuer certains des pires effets économiques et sanitaires de cette pandémie en Afrique, en fournissant notamment une assistance technique à différents États. Le Royaume-Uni a également mené les débats au sein du G20 sur la question de la suspension de la dette, et il est aujourd’hui largement investi dans les campagnes de vaccination réalisées dans le cadre de l’initiative Covax.

Malgré ce contexte très difficile, je reste persuadée que cette pandémie va créer de nouvelles opportunités à travers le continent, notamment en matière de solutions technologiques dans les secteurs de l’agriculture, de la santé, de l’éducation et de la sécurité. Mon rôle est de tout faire pour m’assurer que les entreprises britanniques en sont conscientes et pour les aider à les saisir.

Royaume-Uni Afrique

Royaume-Uni Afrique © Jeune Afrique

Le Royaume-Uni a organisé son premier sommet sur l’investissement en Afrique, au début de 2020. Quel bilan en a tiré le gouvernement ?

Plus de 1 700 personnes ont participé à ce rendez-vous unique, dont 16 chefs d’État et de gouvernement africains. L’objectif était de souligner l’engagement pris par le Royaume-Uni en direction de l’Afrique. Les retours ont été extrêmement positifs, et notre positionnement, clairement aux côtés de l’Afrique, a été des plus appréciés. Ce sommet a fait naître un intérêt élevé pour le Royaume-Uni en Afrique, que nous cherchons aujourd’hui à maintenir.

L’édition virtuelle que nous avons organisée cette année nous a permis de réaffirmer le rôle de partenaire de premier plan auquel nous aspirons, notamment en matière d’investissements. Nous avons pu montrer les actions menées par nos entreprises en Afrique pour inciter les autres à suivre leurs traces, en soulignant l’importance de s’appuyer localement sur des partenaires.

Quelle est l’importance du Commonwealth sur la politique britannique en Afrique, et qu’attendez-vous du sommet organisé cette année au Rwanda ?

Le Commonwealth reste un extra­ordinaire réseau de pays développés ou en développement travaillant ensemble sur les objectifs communs de prospérité, de démocratie et de paix. Il regroupe plus d’un quart de la population mondiale, et sa diversité permet de bénéficier de différentes approches pour traiter des grandes questions internationales. Nous sommes engagés ensemble à faire tomber les barrières commerciales et à libéraliser les environnements économiques.

D’ailleurs, la plupart des accords bilatéraux déjà signés l’ont été avec des pays membres de l’organisation. Le sommet qui se tiendra en juin au Rwanda, dont le thème est « développer un futur commun », doit amener les chefs d’État et de gouvernement du Commonwealth à faire davantage de progrès vers des économies toujours plus soutenables et inclusives.

Diriez-vous que l’Afrique est devenue plus importante dans la politique extérieure du Royaume-Uni post-Brexit ?

Boris Johnson a déclaré lors du sommet de 2020 que « l’Afrique est le futur ». Tous les jours, je constate l’importance de l’Afrique dans le commerce et l’investissement mondial en général et britannique en particulier. Et nous ne sommes pas les seuls, évidemment, à nous montrer intéressés par les vastes perspectives africaines.

Les secteurs d’affaires africains et britanniques vont pouvoir développer à l’avenir leur relation de travail, le potentiel d’évolution est énorme. C’est la raison pour laquelle mes équipes ont été doublées ces dix-huit derniers mois.

Et le cadre commercial que nous mettons en place doit faciliter la transformation de ce potentiel en réalité concrète, surtout dans la perspective de la Zone de libre-échange continentale africaine [Zlecaf], qui s’annonce déjà comme l’un des principaux moteurs de changement pour le commerce mondial de demain. Ce projet est, bien sûr, fortement soutenu par le Royaume-Uni, qui a apporté une assistance technique importante durant les phases de négociations.

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