Politique

Algérie : Farid Zinedine Bencheikh, un homme de lettres à la tête de la sûreté nationale

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Mis à jour le 17 mars 2021 à 16h22
Farid Bencheikh, à la tête de la direction générale de la sureté nationale (DGSN).

Farid Bencheikh, à la tête de la direction générale de la sureté nationale (DGSN). © DR

Criminologue, auteur de plusieurs ouvrages sur le terrorisme et le crime organisé, le nouveau patron de la Direction générale de la sureté nationale (DGSN) présente un profil plutôt atypique par rapport à ses prédécesseurs.

En Algérie, le poste de directeur général de la sureté nationale est un siège hautement éjectable. Khalifa Ounissi, qui l’occupait depuis août 2019, vient d’en faire l’expérience, en se faisant débarquer sans ménagement au profit de Farid Zinedine Bencheikh.

Inspecteur régional de la région Centre de la sûreté nationale depuis septembre 2019, Bencheikh a été installé le 16 mars dans ses nouvelles fonctions en présence de son prédécesseur. Au cours de son allocution à l’occasion de l’installation du nouveau patron de la Direction générale de la sureté nationale (DGSN), le ministre de l’Intérieur a expliqué, sans ironie, que le remplacement de Khalifa Ounissi intervient en « consécration de l’alternance aux postes de responsabilité ».

Série de limogeages

Plus que l’alternance, cette institution a connu une succession de turbulences et de turn-over au cours des trois dernières années dans un contexte politique et sécuritaire marqué par les marches et les manifestations des Algériens pour réclamer la fin du système.

Khalifa Ounissi est ainsi le quatrième patron de la police à être limogé en moins de trois ans, après Abdelkader Kara Bouhadba, qui n’est resté en poste que sept mois – entre février et août 2019 -, avant d’être remercié au lendemain du concert à Alger du chanteur Soolking, en marge duquel une bousculade a fait cinq morts. Abdelkader Kara Bouhadba avait lui-même pris la place de Mustapha Lahbiri, au cœur de la contestation populaire contre le cinquième mandat du président Bouteflika, chassé du pouvoir en avril 2019.

Longtemps patron de la protection civile, Lahbiri, qui a fait long feu à la tête de la DGSN, avait été nommé en juin 2018 après le limogeage avec fracas du général Abdelghani Hamel, à la suite du scandale des 701 kilos de cocaïne découverts dans un bateau arraisonné au port d’Oran. Jadis puissant membre de l’ancien clan présidentiel, Hamel purge une peine de 15 ans de prison dans le cadre d’une affaire de corruption.

Génération post-indépendance

 

Farid Zinedine Bencheikh partage avec son prédécesseur un parcours essentiellement marqué par leur carrière dans les rangs de la police nationale. Ici s’arrête la comparaison. Issu de la génération post-indépendance – il est âgé de 56 ans – Bencheikh présente le profil d’un intellectuel, homme de lettres et spécialiste en criminologie et en psychologie criminelle.

Originaire de Bordj Bou Arreridj, à 300 kilomètres à l’Est d’Alger, Farid Zinedine Bencheikh a mené une partie de ses études supérieures à Paris au milieu des années 1980, où il a obtenu un doctorat d’État en criminologie à l’université Paris-II Panthéon-Assas et un diplôme de troisième cycle en psychanalyse à l’université Paris-VIII.

Entre 1989 et 1992, Bencheikh est conseiller auprès de la Maison centrale de Poissy et du centre de détention de Melun. Ses travaux dans ces prisons de la région parisienne ainsi que son expérience dans la lutte contre le terrorisme en Algérie au milieu des années 1990 débouchent sur un ouvrage La symbolique de l’acte criminel, une approche psychanalytique, paru en 1998 aux éditions L’Harmattan. Le terrorisme dont il a été un observateur au sein de la police algérienne depuis 1993 constitue également le thème central de son roman La Repentance, paru en 1998 aux éditions Casbah.

Dans cette fiction, présentée à l’époque comme un ouvrage de référence et qui a été préfacée par le criminologue français Xavier Rafeur, l’auteur met en scène des dialogues entre un imam et un terroriste repenti qui a participé à plusieurs massacres de masse tels que les tueries de Raïs et Bentalha, qui ont fait des centaines de morts en septembre 1997 dans la banlieue Est d’Alger.

Extradition de Rafik Khalifa

Passé par plusieurs postes dans la police nationale ainsi que dans l’état-major de l’armée entre 2001 et 2003, Farid Zinedine Bencheikh a dirigé le bureau Interpol à Alger de 2004 à 2007, où il a notamment pris part aux négociations avec les autorités britanniques pour l’extradition du milliardaire algérien Rafik Khalifa, patron du groupe éponyme, réfugié à Londres en 2003 pour échapper à la justice de son pays.

Après des tractations qui ont duré plus de neuf ans, Khalifa a fini par être livré à Alger, où il purge actuellement une peine de 20 ans de prison. Après son passage à Interpol, Bencheikh officie comme chargé de conférence à l’Académie de droit international de La Haye dans le cadre des cours de perfectionnement pour les professionnels dans le domaine de la lutte contre le crime organisé et le terrorisme, avant d’occuper plus tard les postes de préfet de police à Béchar, dans l’extrême Sud, ainsi qu’à Jijel, une région qui a longtemps été le fief des groupes islamiques armés.

Compétences avérées dans la criminologie et la lutte contre le terrorisme, longue expérience dans les arcanes de la police nationale, disponibilité et aisance à la communication, réputation d’intellectuel, Farid Zinedine Bencheikh présente un profil plutôt atypique dans cette institution dont les précédents chefs étaient des commis de l’État ambitionnant souvent un destin national, à l’image d’Abdelghani Hamel. Sera-t-il lui aussi victime de la « consécration de l’alternance aux postes de responsabilité » vantée par le ministre de l’Intérieur ? Réponse dans quelques mois.

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