Cinéma

Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient : « La révolution égyptienne a amené un renouveau du cinéma »

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Une photo extraite du film Exterior/Night.

Une photo extraite du film Exterior/Night. © DR

La directrice artistique du festival, Emma Raguin, revient sur les dessous de la 16e édition de l’événement, qui proposera des séances gratuites et en ligne, du 23 mars au 11 avril, avec un focus sur le cinéma égyptien.

L’année dernière, l’événement francilien était presque passé entre les gouttes du Covid-19… Sur les trois semaines qu’a duré le festival de cinéma, il s’est presque déroulé normalement les 15 premiers jours. Puis le confinement dur instauré par le gouvernement y a mis une fin brutale.

Pour cette 16e édition du Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient, du 23 mars au 11 avril, l’équipe en place, associée à celle de l’Institut du monde arabe, a pris les devants pour garantir la bonne tenue des séances. Rencontre avec sa directrice artistique, Emma Raguin.

Jeune Afrique : Cette édition gratuite et en ligne est une grande première. Pourquoi ce choix ?

Emma Raguin : Pendant longtemps, nous avons cru qu’il serait possible de faire une version hybride avec nos cinémas partenaires, comme le Louxor à Paris, l’Étoile à la Courneuve ou le Studio d’Aubervilliers. On imaginait des séances en salles mêlées à des séances en ligne. Mais il y a une quinzaine de jours, il a bien fallu se rendre à l’évidence : seules les séances en ligne pouvaient être garanties.

Qui peut voir les films et à quelles conditions ?

Malheureusement, les films sont visibles uniquement en France : des vendeurs gèrent l’exploitation des films à l’international, il aurait fallu établir de nouveaux contrats pour pouvoir assurer une diffusion à l’étranger. C’était trop complexe, et cela demandait trop de temps… Mais toute personne se connectant en France et créant un compte sur la plateforme en ligne Festival Scope a accès aux oeuvres.

Il est indispensable de réserver sa place

Concrètement, le 23 mars, on pourra s’inscrire deux heures avant le début de la première séance, et l’on pourra voir les films jusqu’au 11 avril dans la limite des places disponibles. Comme dans un « vrai » cinéma, les jauges sont en effet limitées, il est indispensable de réserver sa place.

Comment abordez-vous ce focus sur le cinéma égyptien ?

Nous tentons de proposer un éventail large de la création du pays. Il y a par exemple des films du « répertoire » égyptien, comme « Un verre, une cigarette », de Niazi Mostafa, réalisé en 1956. Mais aussi des courts et longs métrages très récents. La révolution, il y a dix ans, a réellement amené un renouveau du cinéma égyptien, que l’on sent par exemple dans « Exterior/Night », du réalisateur indépendant Ahmad Abdalla [la rencontre improbable, au Caire, d’un réalisateur, d’un chauffeur de taxi et d’une prostituée qui pose la question des relations entre les différentes couches sociales du pays, ndlr].

Du reste, cette vitalité ne s’exprime pas que dans la fiction, mais aussi dans le documentaire, par exemple dans Dream Away de Marouan Omara et Johanna Domke (une œuvre très onirique qui suit de jeunes employés de la ville touristique de Sharm El Sheikh). La révolution égyptienne a amené une libération de la parole et du geste cinématographique. Il y a des thèmes qui sont restés centraux, comme celui de la famille… mais il est aussi question aujourd’hui de transmission, de politique.

Pourtant, nombre d’artistes égyptiens se plaignent toujours de la censure…

La censure existe, on ne peut pas le nier. Nous avions fait l’an passé un focus sur l’Iran, où cette question était déjà centrale. Mais les cinéastes réfléchissent à une façon de dire les choses, de les expliquer autrement. C’est aussi notre rôle de montrer cette facette du cinéma, et notre indépendance à l’égard des États de la région nous permet d’en rendre compte, même si nous restons attentifs à nous montrer respectueux avec les autorités lors de nos échanges.

Cette édition est un crève-cœur mais nous allons tout de même essayer de mettre en place des échanges

Vous ouvrez aussi une « fenêtre sur le Maroc », dont l’industrie cinématographique a été particulièrement affectée par la pandémie.

Oui, nous réalisons depuis plusieurs années déjà ce double focus. La production de films au Maroc, c’est vrai, a subi un important ralentissement. Mais il y a une autre conséquence à la pandémie. Des films marocains, déjà remarqués à Venise ou à Berlin, n’ont pas pu sortir en salles, notamment en France, qui est un important marché pour eux. Certains n’ont pas souhaité faire partie cette année du festival, car ils préféraient attendre une diffusion en salles, par exemple « Zanka Contact », du réalisateur marocain Ismaël El Iraki.

Cette édition en ligne vous satisfait-elle ou est-elle un crève-cœur ?

Pour être tout à fait honnête, c’est plutôt un crève-cœur… Un festival c’est synonyme de rencontres, de discussions. Là, nous n’avons pas les moyens techniques et humains de créer des débats. Nous allons tout de même essayer de mettre en place des échanges, notamment avec les documentaristes Souad Kettani (« Qui est là ? ») et Nabil Djedouani (« Rock against police »).

Avez-vous eu du mal à boucler votre budget ?

L’équipe est un peu moins nombreuse, mais on a conservé un gros noyau de personnes. Certains frais comme le transport ou l’hébergement de nos invités ont disparu, cependant la mise en ligne des films se paie. Bref, c’est compliqué. D’autant que certains de nos mécènes, qui représentent environ 25 % du financement, ne donnent plus signe de vie…

Que voyez-vous dans votre boule de cristal pour la prochaine édition ?

(Rires) Des salles pleines, des cinéastes qui viennent de partout rencontrer le public, les diasporas, leurs collègues… On espère déjà pour cette édition que les spectateurs ne seront pas lassés de passer un peu plus de temps devant leurs ordinateurs !


Pour plus d’informations sur la 16e édition : www.pcmmo.org

Et retrouvez le festival sur Festival Scope I PCMMO : www.festivalscope.com

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