Diplomatie

Transition politique, relations bilatérales, reconstruction… Ce que Kaïs Saïed va dire aux autorités libyennes

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Mis à jour le 17 mars 2021 à 09h51
Le président tunisien Kaïs Saïed à Kairouan, le 8 novembre 2019.

Le président tunisien Kaïs Saïed à Kairouan, le 8 novembre 2019. © Compte Facebook Kaïs Saïed

Le chef de l’État tunisien se rendra en visite officielle en Libye ce mercredi 17 mars. Carthage insiste sur la dimension fraternelle des relations bilatérales et à leur relance à l’heure où la transition politique et la reconstruction du pays sont sur la table.

Les déplacements de Kaïs Saïed comptent d’autant plus qu’ils sont rares. Aussi, l’empressement du chef de l’État tunisien à effectuer une visite officielle à Tripoli moins d’une semaine après l’obtention de la confiance par le gouvernement d’union nationale libyen est éloquent. Cette visite se veut à la hauteur du partenariat exceptionnel que Carthage souhaite mettre en avant avec son voisin.

Il y rencontrera les deux principales figures de la transition voisine : le président par intérim du Conseil présidentiel libyen, Mohammed Youness El-Menfi, puis le Premier ministre (également par intérim), Abdelhamid al-Dabaiba. Kaïs Saïed leur avait déjà adressé ses félicitations par téléphone, en évoquant « la communauté de destins partagée » entre les deux pays. Carthage n’avait alors pas manqué de souligner que le président du Conseil avait exprimé sa reconnaissance car son premier appel de félicitations lui venait de Tunis.

Une visite politique

Seul le ministre tunisien des Affaires étrangères, Othman Jerandi, est attendu à ses côtés pour cet aller-retour qui se fera en une journée. Une visite courte « mais pleine de messages forts », tient à préciser Walid Hajjem, attaché diplomatique à la présidence, en charge des dossiers arabes et africains. Elle s’annonce avant tout politique et sera consacrée principalement à renouveler le soutien tunisien à ses voisins libyens dans le processus de transition. Kaïs Saïed avait d’ailleurs déjà exprimé sa confiance en la capacité des « frères » libyens à mettre en place des institutions durables.

Si les élections par intérim ont été supervisés par l’ONU, c’est à Tunis que le forum sur le dialogue politique inter-libyen a eu lieu en novembre dernier, aboutissant à un accord sur la tenue d’élections générales fin 2021.

Tunis peut se prévaloir d’une expérience en terme de transition, mais pas question pour autant de se poser en donneur de leçons. Le mot d’ordre de cette visite reste la solidarité.  « Il s’agira de passer un message fort sur les dispositions de la Tunisie à se tenir toujours aux cotés de ses frères libyens pour les échéances à venir que sont la réconciliation nationale, l’organisation des élections », poursuit l’attaché diplomatique.

Ce déplacement aura-t-il de quoi couper l’herbe sous le pied des détracteurs de Kaïs Saïed, qui dénonçaient son manque de vision diplomatique claire ? La stabilisation du nouvel exécutif intérimaire voisin devrait en tout cas l’aider à s’affirmer davantage.

Renforcement des relations bilatérales

Autre priorité : envisager activement un renforcement des relations bilatérales sur le long terme. « En élaborant un plan stratégique global, durable et soutenable entre les deux pays », poursuit Hajjem. Tunis se propose ainsi de se faire l’écho des intérêts libyens auprès du Conseil de sécurité de l’ONU dont elle est membre non permanente, et à ce titre, actuellement seule représentante du monde arabe. Un dossier dont elle assure déjà faire une de ses priorités. « Le président considère que les peuples libyen et tunisien constituent un peuple, c’est fort de cette conviction que la Tunisie propose son soutien », précise encore Walid Hajjem.

Il faut dire que de la stabilité de la Libye dépend aussi de l’avenir de la Tunisie. Non seulement du point de vue sécuritaire mais aussi économique, alors que ce voisin représentait un des principaux partenaires économiques de Tunis avant l’entrée dans le conflit armé qui continue à le déchirer. Et il reste le premier partenaire commercial de la Tunisie dans la région Afrique du Nord/Moyen-Orient, comme le précise le chercheur Fayçal Chérif. Les deux pays partagent plus de 450 kilomètres de frontières, et la majorité des Libyens habitent dans l’Ouest.

Reconstruction de la Libye

L’économie devrait également être évoquée dans les grandes lignes durant cette visite d’État. En toile de fond : la reconstruction de la Libye, dont le coût a pu être estimé à 80 milliards de dollars. Un enjeu de taille. Tunis pourrait continuer à y exporter sa main-d’œuvre et son savoir-faire en termes de BTP.

« Des créneaux permettant de développer la forte interaction économique entre nos deux pays devraient être évoqués, détaille encore Walid Hajjem, la reconstruction est évidemment un des points d’intérêt de la Tunisie mais notre vision est plus générale, multidimensionnelle et multisectorielle. »

La réouverture des lignes de Tunisair vers Tripoli et Benghazi, la création de lignes maritimes permanentes et accessibles, et la construction d’une autoroute de Medenine à Ben Guerdane, près de la frontière, sont espérées par les investisseurs des deux pays. Tout comme l’allégement d’un certain nombre de démarches administratives. Certains recommandent également l’ouverture d’un quatrième poste-frontière au niveau de Borj El Khadra-Ghadamès dans le sud, afin de faciliter l’accès aux marchés subsahariens.

L’organisation TABC (Tunisia Africa Business Council) a d’ailleurs annoncé lundi la création d’une zone logistique tunisienne dans la ville libyenne de Sebha (région du Fezzan), en coopération avec la chambre de l’industrie et du commerce sur place, à la suite du récent forum économique tuniso-libyen, organisé à Sfax le 11 mars.

Carthage promet que des visites techniques suivront ce premier déplacement d’un chef de l’État tunisien en Libye depuis 2012. Le président de l’époque, Moncef Marzouki, avait réservé à la Libye sa première visite à l’étranger après son entrée en fonction.

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