Politique

Où est passé le « Livre vert » ?

| Écrit par Abdelaziz Barrouhi

Le 2 mars, Mouammar Kadhafi (65 ans) a célébré le trentième anniversaire du « pouvoir du peuple » et du Livre vert qui en est le fondement. Depuis 1977, en effet, la Libye vit sous le régime de la Jamahiriya, ou « État des masses ». Cette forme de démocratie populaire directe, souvent considérée comme une simple continuation du système du parti unique, est présentée par le « Guide » comme « le plus grand événement de tous les temps ». Elle est censée apporter une « solution définitive » à tous les problèmes. Aujourd’hui encore, Kadhafi caresse le rêve qu’elle finira par s’imposer dans le monde entier. Bien entendu, aucun pays ne s’est, à ce jour, laissé séduire, mais le « Guide » a compris pourquoi : sur son site Internet, il explique que le désintérêt planétaire pour le Livre vert, pourtant traduit dans une trentaine de langues et distribué à des millions d’exemplaires, a pour origine la répression dont il est victime de la part de dirigeants occidentaux inquiets pour leurs jobs !

Ce trentième anniversaire a donc été passablement insipide. Seuls trois chefs d’État étrangers ont fait le déplacement de Sebha, la ville (à 700 km au sud de Tripoli) où la Jamahiriya fut proclamée : l’Ougandais Yoweri Museveni, le Tchadien Idriss Déby Itno et le Nigérien Mamadou Tandja. Au cours d’un meeting populaire, Kadhafi, la mine renfrognée, ne s’est pas montré franchement optimiste. Les ressources pétrolières et hydrauliques de la Libye vont finir par s’épuiser, a-t-il expliqué à ses hôtes, vous feriez mieux d’aller vous installer ailleurs en Afrique…

Plus tôt dans la journée, il avait participé à une émission de télévision produite, à sa demande, par Racepoint, une agence américaine de relations publiques représentée par George Snell, son vice-président. Dans le genre, un grand moment…

Le « Guide » a revêtu un boubou brun du plus bel effet. À sa droite, David Frost, le vétéran de la télé britannique, qui joue le rôle de modérateur. À sa gauche, le politologue américain Benjamin Barber, militant pour la démocratie et penseur de la mondialisation. Plus loin, Anthony Giddens, l’idéologue britannique de la « troisième voie » chère à Tony Blair, que Kadhafi aimerait assimiler à sa « troisième théorie universelle ». En face, plusieurs dizaines de journalistes occidentaux invités. Un film réalisé par une firme américaine est projeté. Il ne passe pas sous silence le « passé trouble » de la Libye, mais explique que « celle de 2007 est différente », que sa contribution à la guerre contre le terrorisme est unanimement saluée en Occident.

Le débat s’engage, Baber et Giddens posent des questions embarrassantes. Kadhafi saisit son Livre vert et y cherche des réponses. Vers la fin, il réalise qu’il lui faut servir à ses hôtes ce pour quoi ils sont venus : le faire évoluer vers les principes universels de la démocratie. Il parle de « réalisme » et de « pragmatisme », concède que « nous vivons à l’âge de la mondialisation » et que « la Libye ne peut rester au bord du chemin ». Le message sous-jacent est clair : oui, à l’ouverture économique ; non, à l’ouverture politique. Deux objectifs difficilement conciliables.

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