Politique

Bénin : le quotidien de Reckya Madougou en détention

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Mis à jour le 16 mars 2021 à 09h20
Reckya Madougou, à Paris, en juin 2015.

Reckya Madougou, à Paris, en juin 2015. © Vincent Fournier/JA

L’ex-ministre, dont la candidature à la présidentielle du 11 avril prochain face à Patrice Talon a été invalidée, est en détention provisoire depuis le 5 mars pour « financement du terrorisme ».

À la prison civile de Missérété, elle où a été transférée le 5 mars après avoir été inculpée pour « financement du terrorisme » par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet), Reckya Madougou a vu ses conditions de détention évoluer après avoir pu rencontrer le 8 mars ses avocats béninois. Soumise au départ à un régime extrêmement strict, elle s’était notamment vu interdire de recevoir les repas apportés par sa mère, Thérèse Aledji Sadia, seule personne autorisée pour l’heure – avec ses conseils – à lui rendre visite.

Colis et activité physique

Ses allées et venues étaient strictement encadrées. Selon le témoignage d’un autre détenu, tous étaient tenus de retourner dans leurs cellules à chacune de ses sorties. L’ancienne ministre de la Justice de Thomas Boni Yayi a désormais le droit de recevoir les colis de sa mère et d’exercer une activité physique quotidienne.

Arrêtée à l’issue d’un meeting commun avec Joël Aïvo, dont la candidature à la présidentielle a, tout comme la sienne, été invalidée par la Commission électorale nationale autonome (Cena), Reckya Madougou est poursuivie dans le cadre d’une affaire de tentative de déstabilisation du processus électoral en cours. Le procureur spécial de la Criet, Mario Mètonou, l’accuse d’avoir « formé le dessein de perturber le prochain scrutin en perpétrant des actes de terreur de grande ampleur ».

Il assure notamment que les enquêteurs ont les éléments prouvant que l’opposante béninoise aurait financé une « opération » qui prévoyait  « le meurtre d’une autorité importante de Parakou », dans le nord du pays, puis « l’élimination d’une seconde autorité politique, à l’occasion des obsèques de la première victime ».

Deux autres personnes sont incarcérées dans le même dossier : Georges Saka, présenté comme l’un des proches collaborateurs de Madougou par l’accusation, le procureur affirme qu’il a recruté le colonel à la retraite Ibrahim Mama Touré sur ordre et avec de l’argent versé par Reckya Madougou.

Contre-attaque judiciaire

Pour organiser sa défense, l’opposante béninoise s’appuie sur les avocats béninois Mes Renaud Agbodjo et Nadine Dossou, ainsi que sur le Français Mario Stasi. Si les deux premiers sont chargés de mener le combat judiciaire devant les instances nationales, ce dernier a pour sa part plusieurs missions : sensibiliser les médias internationaux à la situation de sa cliente, intercéder auprès du personnel politique, en France et en Europe, et mener le combat devant des instances judiciaires internationales. Selon nos informations, la défense de Reckya Madougou envisage d’ores et déjà d’engager des procédures devant des instances judiciaires sous-régionales et régionales.

Dans une lettre manuscrite que cette dernière a confiée en début de semaine dernière à ses conseils et que Jeune Afrique a pu consulter, elle affirme n’avoir « jamais convenu avec Georges Saka de quelque assassinat ni terrorisme ». Si elle reconnaît lui avoir donné de l’argent, elle affirme que ce dernier « a demandé [son] appui pour la mobilisation » et qu’elle lui a envoyé « 15 millions [de francs CFA] à sa demande pour la mobilisation de la précampagne », une somme qu’elle qualifie de « dérisoire ».

Dans ce courrier, Madougou s’attaque également à Rachidi Gbadamassi, député du Bloc républicain (BR, majorité présidentielle), qui l’a accusée lors d’une conférence de presse d’être « le pion d’une force politique étrangère ». Une référence à la fonction de conseillère spéciale du président togolais Faure Essozimna Gnassingbé que Reckya Madougou a exercé à partir de mai 2017, avant de se présenter à la présidentielle au Bénin.

Le député l’a notamment accusée d’avoir voulu lui remettre une  » forte somme » – sans en préciser le montant – dans le but de « déstabiliser la nation ». Dans sa lettre écrite depuis la prison de Missérété, Reckya Madougou assure que Gbadamassi « est venu [la] voir à Lomé et solliciter [sa] candidature ».

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