Politique

Guinée – Mamadou Sylla : « Face à Alpha Condé, nous voulons proposer avant de critiquer »

Réservé aux abonnés | | Par - Envoyée spéciale à Conakry
Mamadou Sylla, président de l’UDG, à Conakry, en mars 2021.

Mamadou Sylla, président de l’UDG, à Conakry, en mars 2021. © Cellou Binani pour JA

Son parti, l’UDG, ne compte que 4 députés, mais Mamadou Sylla est le chef de file de l’opposition guinéenne. À ceux qui lui reprochent de n’être que le faire-valoir de la majorité, l’ancien patron des patrons répond qu’il est temps de changer de stratégie et de constituer une opposition réfléchie.

« Marionnette du pouvoir », « illégitime »… Depuis qu’il est devenu, presque malgré lui, le chef de file de l’opposition guinéenne à l’issue des législatives de mars 2020 – boycottées par les principaux partis de l’opposition –, Mamadou Sylla est sous le feu des critiques. Avec 4 sièges sur 114, son parti, l’Union démocratique de Guinée (UDG), ne pèse pas lourd face aux 79 élus du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG-Arc-en-ciel, au pouvoir). D’autant que l’ex-patron des patrons, ancien proche de Lansana Conté, a rapidement abandonné sa candidature à la présidentielle d’octobre 2020 pour soutenir Alpha Condé et ne cache pas sa volonté de collaborer avec la majorité. Il a cependant réussi à attirer dans son cabinet – aux allures quasi ministérielles – plusieurs poids lourds de l’opposition extra-parlementaire.

Jeune Afrique : Alpha Condé a promis de « gouverner autrement » et vous, de vous « opposer autrement ». Qu’est-ce que cela veut dire ?

Mamadou Sylla : Je fais passer le dialogue avant tout. L’essentiel est de pouvoir s’entendre entre Guinéens. L’opposition a bien sûr le droit de descendre dans la rue, mais en respectant la loi. Si le cas se présente, nous demanderons l’autorisation de manifester et, si elle est nous est accordée, nous le ferons. L’essentiel est de restaurer la confiance entre les acteurs politiques et de développer le pays. Nous voulons proposer avant de critiquer, changer de stratégie, car il y a déjà eu trop de morts.

Une partie de l’opposition vous reproche votre proximité avec le pouvoir…

Et qu’est-ce que cette opposition a gagné ? Rien du tout. J’étais un membre fondateur du Front national pour la défense de la Constitution [FNDC, contre la modification constitutionnelle de 2020], comment peut-on me reprocher d’être proche du pouvoir ? Dans un État de droit, si on décide de ne pas participer [à une élection], on ne peut pas ensuite critiquer celui qui a reçu le suffrage du peuple.

Vous pensez à Cellou Dalein Diallo ?

Cellou Dalein Diallo a refusé de me recevoir, car il ne me reconnaît pas en tant que chef de file. Idem pour Sidya Touré et Lansana Kouyaté, qui ont tous boycotté les élections. Mais aujourd’hui, entre les députés et les membres de l’opposition extra-parlementaire, j’ai la majorité de l’opposition avec moi. Bah Oury, Faya Millimono, plusieurs des anciens candidats à la présidentielle m’ont rejoint.

Petit parti, grand parti, aujourd’hui ça ne veut plus rien dire !

Mais votre parti n’a que 4 députés, est-ce suffisant pour être légitime ?

La loi est claire et fait de moi le chef de file de l’opposition. Petit parti, grand parti, aujourd’hui ça ne veut plus rien dire ! C’est un faux débat. D’autant que les législatives se sont déroulées dans de mauvaises conditions et que les voix que nous avons obtenues ne correspondent pas au résultat d’au moins 20 députés que nous aurions dû obtenir, mais nous avons décidé de ne pas les contester.

Vous avez été reçu le 2 mars par le chef de l’État. Qu’attendez-vous de ce dernier et qu’espérez-vous du dialogue national présidé par le Premier ministre ?

Nous avons déposé nos revendications, qui mentionnent notamment le cas des prisonniers politiques, le climat social, la fermeture des frontières avec le Sénégal et la Guinée-Bissau. Nous espérons que l’ensemble de l’opposition participera au dialogue, y compris l’UFDG [l’Union des forces démocratiques de Guinée]. Une première réponse favorable du chef de l’État a été d’accepter que l’on voie les détenus [la visite à la maison d’arrêt de Conakry a été réalisée le lendemain de cet entretien, le 11 mars]. Mais Cellou Dalein Diallo continue de se déclarer président, ce qui bloque la situation. La crise est profonde.

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