Football

Patrice Motsepe président de la CAF : ce que le football africain attend de son nouveau patron

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Patrice Motsepe lors de l’Assemblée générale de la CAF 2021 à Rabat, Maroc, le 12 mars 2021.

Patrice Motsepe lors de l'Assemblée générale de la CAF 2021 à Rabat, Maroc, le 12 mars 2021. © PA Photos/ABACA

Professionnalisation du football africain, amélioration de l’image de l’institution, modernisation des infrastructures, réforme de la CAN… Les défis du nouveau président de la Confédération africaine de football sont nombreux.

C’est une ascension météorique qu’a connu le nouveau président de la Confédération africaine de football (CAF). Patrice Motsepe, propriétaire et président du club de Mamelodi Sundowns, n’a en effet jamais dirigé ni la fédération, ni la ligue professionnelle de son pays. Mais le milliardaire sud-africain s’est engagé à faire du football africain « le meilleur du monde », un objectif pour le moins ambitieux. Du côté des acteurs de terrain, les attentes sont grandes.

Redorer l’image de la CAF

La réputation de l’instance, sérieusement entachée depuis des décennies par des affaires de corruption ou de mauvaise gestion, a encore pris un nouveau coup avec les démêlés de son président sortant. Ahmad Ahmad, qui souhaitait briguer un second mandat à la tête de la CAF, est en effet sorti par la petite porte.

Le 19 novembre dernier, alors que le Malgache s’affairait à tenter de rallier les soutiens des présidents de fédérations du continent, le couperet est tombé : la Commission d’éthique indépendante de la Fifa a jugé Ahmad Ahmad coupable de détournements de fonds, d’abus de pouvoir et de manquement à son devoir de loyauté envers l’instance qu’il présidait.

En cause, notamment, « l’organisation et le financement d’un pèlerinage à La Mecque, ses accointances avec l’entreprise d’équipement sportif Tactical Steel ». La peine prononcée par la commission – l’interdiction d’exercer toute activité relative au football pour cinq ans et une amende de 200 000 francs suisses (185 000 euros) – a été légèrement revue à la baisse par le Tribunal administratif du sport, qui l’a suspendu pour deux ans et condamné à payer une amende de 50 000 francs suisses (45 000 euros). Les juges ont cependant confirmé sa culpabilité sur les faits de « détournement de fonds » et d’« abus de pouvoir ».

La CAF a besoin d’un vrai patron, capable de ramener du calme et de la sérénité

« Avec l’ancien président de la CAF Issa Hayatou, on avait un leader fort, qui a toutefois commis beaucoup d’erreurs, et qui n’est pas étranger à l’image que traîne la CAF. Mais en quatre ans, Ahmad Ahmad a multiplié les affaires. Sa condamnation par la Fifa n’est pas tombée du ciel. Il nous ferait presque regretter Hayatou », glisse un cadre de l’instance. Et d’ajouter : « La CAF a besoin d’un vrai patron, capable de ramener du calme, de la sérénité, et de faire en sorte que l’on ne parle d’elle que pour des histoires de corruption et de mauvaise gestion. »

Professionnaliser le football africain

En Afrique, rares sont les championnats répondant à l’image que l’on se fait du professionnalisme. L’Afrique du Sud, l’Égypte, le Maroc, la Tunisie et accessoirement l’Algérie peuvent entrer dans cette catégorie, malgré de nombreuses imperfections. Ailleurs, le quotidien des entraîneurs et des footballeurs est souvent précaire.

Bien sûr, certains clubs, comme le TP Mazembe et l’AS Vita Club (République démocratique du Congo), Horoya AC (Guinée) ou l’ASEC Mimosas (Côte d’Ivoire), parviennent à assumer tant bien que mal leurs obligations contractuelles. Mais la grande majorité des principaux acteurs africains, souvent mal payés, n’ont pas toujours de contrat type et ne bénéficient d’aucune protection en cas de blessure grave.

« Si autant de joueurs africains veulent quitter le continent, de plus en plus jeunes, c’est parce qu’ils estiment qu’ils n’ont aucun avenir chez eux. Ils préfèrent partir en Europe ou en Asie, où ils se retrouvent parfois dans des situations dangereuses. Il faut donc que la CAF travaille pour que le football africain se professionnalise », estime l’ancien international camerounais Geremi Njitap (42 ans, 118 sélections), président pour l’Afrique de la Fédération internationale des associations de footballeurs professionnels (Fifpro).

Pour l’ex-milieu de terrain du Real Madrid et de Chelsea, cette indispensable réforme n’engage pas seulement la CAF. « L’institution ne pourra pas y arriver seule. La Fifa a aussi un rôle à jouer puisque c’est elle qui verse des subventions aux fédérations pour des projets de développement. Mais en Afrique, où les fédérations sportives sont rarement autonomes, on ne peut rien faire sans les États. Les politiques doivent comprendre que si le football se structure et se professionnalise, cela aura un impact économique », poursuit-il. Selon lui, les 54 fédérations africaines peuvent « représenter des milliers d’emplois ».

Des structures modernes, adaptées aux réalités

Le président de la Fifa, Gianni Infantino, souhaite de son côté que chaque pays africain dispose d’un stade moderne. Il s’est dit prêt à aider les nombreux pays dont les enceintes sont jugées vétustes, dangereuses et inadaptées. « Sur le principe, je suis d’accord. Mais attention à ne pas s’engager dans des projets de trop grande ampleur. Dans certains pays, il est inutile de construire des stades de 40 000 ou 50 000 places, qui ne seront utilisés que pour une phase finale de CAN ou de rares matches où ils feront le plein », fait remarquer l’ancien international marocain Mustapha Hadji, considéré comme l’un des meilleurs joueurs de l’histoire du football africain.

L’hypothèse de voir sortir de terre un stade ultra-moderne et d’une capacité importante à Freetown (Sierra Leone), Monrovia (Liberia) ou Lomé (Togo) ne semble donc pas être en phase avec les besoins du football africain en terme d’infrastructures. « Que la Fifa, la CAF et les pays concernés souhaitent développer les structures, c’est une bonne chose. Mais ces enceintes doivent être créées selon les besoins réels », ajoute Hadji. Pour Geremi Njitap, « il faut aussi que ce projet s’accompagne de réelles avancées sur les conditions de travail. Avoir un beau stade, c’est une chose, mais sans vraies structures d’entraînement, cela ne sert à rien ».

La CAN, un sujet sensible

En janvier 2020, Gianni Infantino avait publiquement exposé sa préférence pour une Coupe d’Afrique des nations (CAN) tous les quatre ans – qui serait plus rémunératrice -, contre deux actuellement. Le nouveau président de la CAF est pour l’instant resté prudent sur ce thème, sans totalement fermer la porte.

La CAN est la vitrine du football africain

En Afrique, les fédérations ont majoritairement affirmé leur attachement au format actuel. C’est aussi le cas de Mustapha Hadji : « La CAN tous les deux ans, j’y suis favorable. Il faut bien comprendre ce que cela représente pour les Africains, pour les joueurs qui y participent et qui attendent cet événement. Cette compétition est la vitrine du football africain. Si on la fait jouer tous les quatre ans, cela sera préjudiciable pour des sélections, lesquelles joueraient moins de matches. »

Geremi Njitap soulève néanmoins une question souvent remise sur le tapis par les clubs européens, de moins en moins enclins à libérer les internationaux africains pour la CAN : « Si la phase finale, se joue en juin et juillet, comme ce fut le cas en Égypte en 2019, il n’y a pas de problème. En revanche, si elle a lieu en janvier et février, c’est-à-dire en pleine saison, c’est différent. Certains joueurs ne veulent plus venir en sélection pour jouer une CAN, car ils craignent de perdre leur place en club, ou que leur contrat ne soit pas prolongé. Et si les meilleurs ne viennent plus, le niveau de la CAN en souffrira ». Les prochains mois diront si Patrice Motsepe prendra ou non le risque de remettre en question le format actuel du tournoi.

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