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Tunisie : la fusion PSA-Fiat met-elle le groupe Loukil en danger ?

Réservé aux abonnés | | Par - à Tunis
Bassem et Walid Loukil

Bassem et Walid Loukil © HICHEM

La perte de la distribution des véhicules Citroën et DS risque de porter un gros coup à un groupe déjà fragilisé par un endettement important et la chute de ses revenus. Mais les frères Walid et Bassem Loukil s’efforcent de trouver une parade.

La perte de trop ? En annonçant unilatéralement qu’UADH (Universal Auto Distributors Holding) n’était plus, depuis le 31 décembre 2020 – le revendeur officiel des véhicules Citroën et DS, Stellantis – créé le 16 janvier 2021 de la fusion du groupe français PSA et de Fiat Chrystler Automobiles – a fragilisé encore un peu plus le groupe Loukil (automobile, industrie, agriculture, etc.).

Le chiffre d’affaires – 520 millions d’euros en 2018 – du groupe familial fondé en 1976 par Mohamed Loukil dépend, en effet, à 40 % de sa holding UADH, qui gère également les marques Mazda, Foton et Renault Trucks en Tunisie.

« Il est de notoriété qu’UADH traverse une phase difficile, commente un banquier influent de la place. La dette s’est accumulée de manière disproportionnée. Des réunions ont lieu à la Banque centrale pour trouver des solutions auprès des banques créancières de la holding et du groupe Loukil. »

Trésorerie en berne

Entre 2019 et 2020, la trésorerie nette des activités consolidées d’UADH est passée de 7,9 millions de dinars à 2 millions de dinars (de 2,4 millions d’euros à 608 000 euros). Sur la même période, les revenus de la branche concession automobile ont chuté de 40 %. Un effondrement que la pandémie n’explique pas entièrement, car, dans le même temps, les immatriculations ont progressé de 1 % en Tunisie.

Plusieurs intermédiaires en bourse interrogés révèlent d’ailleurs ne plus considérer le titre UADH. « Leur dernier bilan financier disponible est celui de l’année 2017 [seuls des indicateurs trimestriels sont publiés depuis]. La situation est très inquiétante. Si UADH perd les cartes Citroën et DS, c’est le défaut de paiement assuré. Si ça arrive, le groupe Loukil perdra gros financièrement et en termes de réputation, même s’il ne disparaîtra pas », précise l’un d’eux.

Depuis son arrivée sur le marché financier en 2015, l’action UADH a perdu près de 82 % de sa valeur. En début d’année, le leader de l’intermédiation en bourse Tunisie Valeurs détaillait dans un note pourquoi il conseillait d’« alléger » sa position sur le titre UADH : « Fin janvier 2021, le concessionnaire a annoncé l’arrêt de l’opération réservée au partenaire stratégique [le groupe Poulina] avec lequel un mandat d’exclusivité a été signé. Les fondamentaux du concessionnaire sont les moins bien positionnés par rapport au secteur, particulièrement en termes de levier financier. Valorisation chère, comparativement à ses pairs. »

« Tentative de résiliation abusive »

Mais la brutalité des méthodes de Stellantis, qui a annoncé la fin du partenariat avec Aures Auto (concessionnaire de Citroën et DS, membre du holding UADH), sans négociation préalable tout en affichant en parallèle sa volonté « de construire des partenariats solides au bénéfice de ses clients », a précipité UADH au bord du gouffre. Le Conseil du marché financier a dû suspendre la cotation du titre le 19 février.

Devant l’incendie, Bassem et Walid Loukil, les deux fils du fondateur et dirigeants du groupe, ont réagi vite et fort dans un courrier public en forme de déclaration de guerre au constructeur : « La relation contractuelle de sa filiale Aures Auto, concessionnaire exclusif des marques Citroën et DS en Tunisie depuis plus de quatorze ans, avec le Groupe PSA court jusqu’au 31 décembre 2022, date qui est aussi celle de la validité de l’agrément de distribution délivré par le Ministère du Commerce. La récente tentative de résiliation abusive du contrat par le groupe PSA-Citroën est vouée à l’échec car elle est manifestement irrégulière. C’est la raison pour laquelle nous avons saisi les juridictions compétentes pour défendre nos intérêts et obtenir l’annulation de cette manœuvre. »

UADH rappelle que de 2015 à 2019, Citroën Tunisie a été n°1 des ventes sur le marché automobile, particuliers et utilitaires confondus, avec plus de 25 000 véhicules vendus.

La Stafim favorite pour Citroën et DS ?

Depuis cette passe d’armes par communiqués interposés, ni les frères Loukil, ni Stellantis ne veulent s’appesantir sur le dossier, préférant fourbir leurs armes en coulisse. Le ministère du Commerce demeure, lui, injoignable sur la question de la date de fin du partenariat – décembre 2020 ou 2022.

Devant l’absence d’informations claires et précises, les bruits de couloirs pullulent. Ainsi, la société Stafim, déjà distributeur de la marque Peugeot, serait la favorite pour reprendre les licences Citroën et DS. Elle appartient au groupe Khechine (présent aussi dans la fourniture de biens d’équipements professionnels). Mais chez Stafim aussi, on joue profil bas, se refusant à tout commentaire tant qu’ « aucune décision officielle n’aura été annoncée ».

Il y a un an à peine, l’avenir était pourtant au beau fixe pour Bassem et Walid Loukil. Leur groupe, avec ses 34 filiales répartis dans 13 pays africains, était parmi les finalistes dans la course au trophée « African Champion of the year » à l’Africa CEO Forum (coorganisé par le groupe Jeune Afrique).

À l’époque, Walid Loukil évoquait même un développement continental pour UADH :  « Et pourquoi pas devenir concessionnaire sur d’autres pays comme la RDC, la Guinée ou la Côte d’Ivoire, comme le fait l’entreprise CFAO… »

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