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Législatives en Côte d’Ivoire : les leçons d’un scrutin

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Le président de la Côte d’Ivoire Alassane Ouattara dans un bureau de vote lors des élections législatives à Abidjan, le 6 mars 2021.

Le président de la Côte d'Ivoire Alassane Ouattara dans un bureau de vote lors des élections législatives à Abidjan, le 6 mars 2021. © CYRILLE BAH/AFP

Si le parti présidentiel conserve sa majorité absolue à l’Assemblée nationale, les pro-Gbagbo ont démontré qu’ils restaient l’une des principales forces politiques du pays.

Les élections législatives, qui promettaient d’être plus ouvertes que les précédents scrutins, n’ont pas déçu. Et pour cause : le 6 mars, pour la première fois depuis une décennie, les trois principaux partis du pays – Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, au pouvoir), Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et Front populaire ivoirien (FPI) – participaient à une même élection. Le tout dans un climat apaisé, du moins bien davantage que lors de la présidentielle d’octobre, marquée par des violences qui avaient fait plus de 80 morts. Le taux de participation s’est quant à lui établi autour de 37,88 %.

Sur les 254 sièges de députés en jeu, répartis dans 204 circonscriptions, le RHDP d’Alassane Ouattara en remporte 137 et obtient donc la majorité absolue. Il n’atteint cependant pas son objectif d’une majorité des deux tiers. Surtout, huit ministres sur la trentaine qui étaient candidats ont été battus. Face à la majorité présidentielle, la coalition formée par le PDCI et Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS), la plateforme de formations pro-Laurent Gbagbo, a remporté 50 sièges.

Après dix ans de boycott des élections, les « GOR » (les « Gbagbo ou rien ») font aussi leur grand retour sur la scène politique nationale. Quant au PDCI d’Henri Konan Bédié, il se maintient comme principal parti d’opposition même s’il essuie plusieurs défaites dans certains de ses fiefs.

• Plusieurs ministres battus

Une figure du RHDP le confiait avant les législatives : « Si nous parvenions à obtenir 65 % des voix [soit 165 sièges], ce serait bien ». Avec seulement 137 sièges obtenus, malgré l’armada dépêchée par le parti présidentiel, le compte n’y est pas. Et même si le nombre de députés étiquetés RHDP dans l’hémicycle devrait être un peu plus élevé grâce aux ralliements attendus parmi les 26 candidats indépendants élus, la majorité présidentielle n’atteindra pas les 167 sièges qu’elle avait obtenu lors des dernières législatives, en 2016.

Plusieurs figures du camp présidentiel ont été élus dans leurs circonscriptions respectives. Le Premier ministre, Hamed Bakayoko, actuellement hospitalisé en Allemagne dans un état préoccupant, a été élu à Séguéla. Patrick Achi, nommé le 8 mars pour assurer son intérim, l’a lui emporté à Adzopé. Idem pour Adama Bictogo, le secrétaire exécutif du RHDP, qui s’est imposé à Agboville, pour Ally Coulibaly, le ministre des Affaires étrangères, qui l’a emporté dans le Hambol, ou encore pour Ibrahima Cissé Bacongo, ministre auprès du président chargé des Affaires politiques, élu à Koumassi. Kandia Camara, la ministre de l’Éducation nationale, permet également au RHDP de rafler les six sièges de députés en jeu dans la commune abidjanaise d’Abobo.

Sur la trentaine de membres du gouvernement qui étaient candidats, huit ont perdu. Un ratio assez élevé, qui ne manque pas de susciter une certaine déception dans les rangs de la majorité. Dans le district d’Abidjan, Gilbert Kafana Koné, ministre auprès du président chargé des Relations avec les institutions, qui était pressenti pour être porté au perchoir de l’Assemblée nationale, a été battu par la coalition PDCI-EDS à Yopougon. Siandou Fofana, le ministre du Tourisme, a lui échoué à Port-Bouët. Parmi les autres ministres perdants : Sidi Touré, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, battu à Béoumi ; Raymonde Goudou Coffie, la ministre de la Culture, défaite à Toumodi ; ou encore Jean-Claude Kouassi, le ministre des Mines et de la Géologie, à Djébonoua. Tous ont sans doute du souci à se faire pour leur maintien au sein du prochain gouvernement.

• Retour des pro-Gbagbo

C’était l’une des principales interrogations de ces législatives. Après dix ans de boycott des élections, quel serait le résultat des pro-Gbagbo ? Pour leur grand retour dans le jeu électoral, ils ont rappelé qu’ils étaient l’une des principales forces politiques du pays. Au total, EDS place 8 députés à l’Assemblée nationale, sans compter ceux qui font partie des 50 élus dans le cadre de sa coalition avec le PDCI.

Parmi les différents succès des pro-Gbagbo, l’un est particulièrement symbolique : leur victoire dans la commune populaire de Yopougon, fief historique du FPI, où six sièges de députés étaient en jeu. Comme dans de nombreuses circonscriptions du pays, EDS y avait présenté une liste commune avec le PDCI sur laquelle figurait notamment Georges-Armand Ouégnin, le président d’EDS, et Michel Gbagbo, le fils de Laurent Gbagbo. En reprenant son fief de Yopougon au RHDP, la branche du FPI pro-Gbagbo – épaulée par le PDCI – remporte l’une des principales batailles de ces législatives.

D’autres fidèles de Laurent Gbagbo, comme ses anciens ministres Hubert Oulaye ou Émile Guiriéoulou, s’imposent respectivement à Guiglo sous-préfecture et Guiglo commune.

• Bilan mitigé pour le PDCI

Le parti d’Henri Konan Bédié a été battu par le RHDP dans ses fiefs de Yamoussoukro commune et de Grand-Bassam. Mais il l’emporte sur ses adversaires du parti présidentiel dans plusieurs autres circonscriptions, à commencer par Marcory et Port-Bouët, dans le district d’Abidjan. Avec 23 sièges, sans compter ses députés élus dans le cadre de la coalition avec EDS, le PDCI garde son rang de principal parti d’opposition.

Plusieurs têtes d’affiche du PDCI sont élus députés. C’est le cas de Jacques Ehouo au Plateau, le centre d’affaires d’Abidjan, de l’ancien ministre Jean-Louis Billon à Dabakala, ou encore de Yasmina Ouégnin à Cocody. À Gagnoa sous-préfecture, Maurice Kakou Guikahué, le secrétaire exécutif du parti, sort lui vainqueur du duel qui l’opposait à Marie-Odette Lorougnon, candidate d’EDS. Le résultat de cette circonscription, dans le département natal de Laurent Gbagbo, était scruté de près : elle illustrait en effet les quelques cas où le PDCI et EDS, faute d’avoir réussi à s’entendre sur une liste commune, avaient présenté chacun leur candidat.

Enfin, Daoukro reste bel et bien le fief d’Henri Konan Bédié. Olivier Akoto, le député sortant du PDCI, y a été réélu face au journaliste Venance Konan, qui se présentait sous la bannière du RHDP.

• Pascal Affi N’Guessan et Albert Mabri Toikeusse conservent leurs sièges

Avant les élections, ils n’avaient pas caché leur agacement face à la coalition formée par le PDCI et les pro-Gbagbo, déplorant un arrangement électoral conclu sur leur dos et celui des autres formations de l’opposition. Pascal Affi N’Guessan, le président du FPI légalement reconnu, et Albert Mabri Toikeusse, le président de l’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (UDPCI), ont donc noué leurs propres alliances électorales.

L’ancien Premier ministre de Laurent Gbagbo a été réélu dans son bastion de Bongouanou et l’ex-ministre d’Alassane Ouattara dans le sien, à Zouan-Hounien.

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