Politique

Burkina : pourquoi Yacouba Isaac Zida a rejoint la majorité

Réservé aux abonnés | | Par - à Ouagadougou
Yacouba Isaac Zida à Montréal, en juin 2019

Yacouba Isaac Zida à Montréal, en juin 2019 © Isaac Zida (Burkina Faso), lieutenant-colonel devenu Premier Ministre de la transition apres la chute de Blaise Compaore en 2014. A Montreal (Canada), June 11, 2019. Portrait d’Isaac Zida pour Jeune Afrique, Montréal (Canada), 11 juin 2019. © David Himbert pour JA

Après avoir réalisé un score décevant à la présidentielle de 2020, Yacouba Isaac Zida, toujours en exil au Canada, s’est résolu à rejoindre la majorité présidentielle. Un ralliement qui surprend et interroge.

Réélu pour un second mandat en novembre, le président Roch Marc Christian Kaboré continue d’enregistrer de nouveaux ralliements. Après l’Union pour le changement (UPC) de Zéphirin Diabré, qui été promu ministre d’État à la Réconciliation, et la Nouvelle alliance du Faso (NAFA) de l’ancien ministre des Affaires étrangères Djibril Bassolé, actuellement soigné à Paris, c’est au tour du Mouvement patriotique pour le salut (MPS), le parti de l’ancien Premier ministre de la transition, Yacouba Isaac Zida, de poser ses valises au sein de la famille présidentielle.

« Le MPS fait le difficile mais nécessaire pari de la réconciliation, convaincu que des relations positives plutôt que négatives peuvent créer une atmosphère plus propice à l’édification d’un Burkina meilleur, qui se trouve au cœur de son projet politique. C’est pourquoi il a souverainement décidé d’adhérer à la majorité », indique l’état-major du parti dans une déclaration parvenue aux médias locaux.

Farouche opposant

Un ralliement aussi inattendu que surprenant, tant Yacouba Isaac Zida, candidat malheureux à la présidentielle de 2020 et toujours en exil, et son parti, actuellement dirigé par le constitutionnaliste Augustin Loada, étaient jusque-là virulents sur la gestion « décevante » du président, en particulier sur le front sécuritaire.

En janvier 2016, après la fin de la période de transition politique, Zida avait rejoint sa famille au Canada. Un mois plus tard, il avait été radié des effectifs des forces armées pour « désertion en temps de paix » et « insubordination » par Roch Marc Christian Kaboré. L’opposant est également visé par une procédure devant le tribunal militaire.

Son retournement de veste va-t-il signer la fin des attaques contre Kaboré ? Rien n’est moins sûr

Mais le MPS a appelé solennellement son président d’honneur à adhérer au processus de réconciliation nationale enclenché par le chef de l’État et son gouvernement. Et l’intéressé a rapidement répondu sur les réseaux sociaux, saluant un « courageux choix politique ». « Je m’inscris dans cette logique de la réconciliation nationale et de la cohésion sociale, a-t-il expliqué. Nous devons ensemble relever le défi car la grandeur d’un peuple réside en sa capacité à transcender ses divergences pour bâtir une nation forte. »

Une manigance en vue de 2025 ?

Son retournement de veste va-t-il signer la fin des attaques contre Kaboré ? Rien n’est moins sûr. Certains analystes burkinabè y voient une manoeuvre du clan Zida dans la perspective de la présidentielle de 2025. « Zida est déjà dans l’optique des prochaines élections. Au départ, il voulait un accord avec le MPP [Mouvement du peuple pour le progrès, au pouvoir] mais celui-ci n’a pas accepté, glisse une source gouvernementale. Cela a provoqué des divisions au sein du MPS et le départ de Fousséni Ouédraogo, l’ex-bras droit du Premier ministre sous la transition. Zida et le MPS se rallient par dépit parce qu’ils voient que l’opinion a besoin de solutions plutôt que de promesses et de contestation systématique. »

Alors que l’opposition semble réduite à sa portion congrue autour du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) de l’ex-président Blaise Compaoré, en exil à Abidjan depuis sa chute en octobre 2014, l’artiste et porte-parole du Balai citoyen, Serge Martin Bambara, alias Smockey, fait part de son incompréhension : « C’est déplorable de voir tout le monde courir vers la majorité. Cela affaiblit l’opposition et le contre-pouvoir ». Et de réaffirmer : « Dans ce contexte de ralliements tous azimuts à la majorité présidentielle, la veille citoyenne devient plus importante qu’elle ne l’a jamais été. »

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