Économie

Kigali-Pékin : comment Alibaba booste l’agriculture rwandaise

Mis à jour le 8 mars 2021 à 17:28

Jack Ma et Paul Kagame lors du lancement officiel de la plateforme eWTP Africa, le 31 octobre 2018 à Kigali.

Grâce aux bonnes relations entre les deux États, mais surtout à son accès pionnier à eWTP, la plateforme commerciale d’Alibaba, Kigali a trouvé un débouché de choix à sa production agricole.

Si Diego Twahirwa, un producteur rwandais de piments, exporte ses produits vers plusieurs capitales européennes, c’est la Chine, où il est présent depuis 2019, qu’il considère la Chine comme son marché le plus sûr, avec une croissance continue.

« Les bonnes relations entre la Chine et le Rwanda ont permis à des agriculteurs comme moi de réaliser nos rêves. Le marché chinois est assez unique par rapport aux autres car il accepte une large gamme de marchandises sans grandes complications », explique-t-il à The Africa Report/Jeune Afrique.

De 6 à 160 hectares

En septembre 2020, Twahirwa a signé un accord d’une valeur de 100 millions de dollars avec la société chinoise GK International Enterprises pour la fourniture de 50 000 tonnes de piments par an pendant cinq ans. Cet accord lui a permis de passer d’environ 6 ha à 160 ha, d’employer plus de personnel et d’investir dans de meilleurs engrais et semences.

« Nous attendons maintenant que les deux gouvernements signent un protocole qui nous permettra d’exporter du piment sec vers la Chine. Une fois que cette promesse sera tenue, cela améliorera considérablement nos affaires », dit-il.

La relation entre la Chine et le Rwanda, scellée par la visite du président Xi Jinping à Kigali en 2018, a également été facilité par l’homme le plus riche de Chine, Jack Ma, fondateur du groupe Alibaba.

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Alibaba : le Rwanda précurseur

Ce dernier s’est rendu à Kigali par deux fois en 2017 et a rencontré le président Paul Kagame pour faire avancer les perspectives d’accès au marché chinois pour les entrepreneurs rwandais, et notamment les producteurs de café.

Parmi les accords qu’ils ont signés figure celui qui fait du Rwanda le premier pays africain à rejoindre la plateforme électronique du commerce mondial (eWTP) d’Alibaba.

« Au début, vendre du café en Chine n’était pas facile. Le marché semblait assez fermé à nos produits, alors je me suis concentré sur les marchés européens et certains marchés asiatiques. Tout cela a changé lorsque le Rwanda a rejoint l’eWTP. Il nous incombe maintenant d’assurer un approvisionnement et une qualité constants », explique Simeon Ngendahayo, directeur de West Hills Coffee, qui se réjouit d’avoir utilisé la plateforme à cinq reprises. « J’ai été payé instantanément », rapporte-t-il, ravi.

Des importations en hausse

Le gouvernement de Kigali a indiqué en mai 2020 que 1,5 tonne de café en grains rwandais avaient été vendus « en quelques secondes » sur l’eWTP. La Fédération du secteur privé (FSP) organise désormais régulièrement des sessions de formation pour les exportateurs afin de s’assurer qu’ils fabriquent des produits conformes aux normes chinoises.

« Nous constatons une augmentation du nombre de commerçants et d’agriculteurs désireux de se voir faciliter l’accès au marché chinois », déclare Théoneste Ntagengerwa, de la FSP.

En face, le Rwanda achète également beaucoup plus de produits chinois à mesure que les liens commerciaux se resserrent. Les importations rwandaises en provenance de la Chine sont passées de 157 millions de dollars en 2017 à 628 millions de dollars en 2019.