Économie

[Tribune] Parité : le secteur privé africain ne peut pas attendre 141 ans

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Mis à jour le 08 mars 2021 à 18h14

Par  Bénédicte Janine Kacou Diagou

Directrice générale du Groupe NSIA

Par  Dominique Diagou-Ehilé

Directrice générale du pôle assurances de NSIA

Rencontre Women in business, à Paris.

Rencontre Women in business, à Paris. © François Grivelet pour JA

Pour accélérer le développement du continent, la gouvernance des entreprises africaines doit être plus inclusive, défendent Bénédicte Janine Kacou-Diagou, directrice générale du groupe NSIA, et Dominique Diagou-Ehilé, directrice générale du pôle assurances.

Alors que le développement de nos économies est mis à mal et que toutes et tous s’affairent à trouver les solutions pour redynamiser la croissance de nos marchés, ne reproduisons pas les erreurs du passé.

Plus de la moitié de la population du continent africain est féminine, et pourtant les progrès vers l’égalité des sexes stagnent. Dans un contexte sanitaire où les gouvernements et acteurs de la société civile ont, face à l’urgence, donné la priorité à la gestion de la pandémie, ces inégalités ont aggravé la vulnérabilité des femmes et des jeunes filles.

De meilleurs rendements et des résultats plus satisfaisants

Selon un rapport du Cabinet McKinsey paru en 2019, à ce rythme, il faudra 141 ans aux sociétés africaines pour être paritaires.

Pourtant, si seulement chacun de nos pays s’alignait sur son voisin régional le plus performant en matière de parité, ce sont 10 % de croissance supplémentaires que le continent pourrait gagner d’ici à 2025.

En adoptant des mesures qui libèrent le potentiel des femmes, l’Afrique a les moyens de s’assurer une santé économique à long terme. Cela est d’autant plus vrai au sein des entreprises africaines : dans celles où les femmes occupent des postes à responsabilité, les rendements sont meilleurs et les résultats plus satisfaisants.

Égalité des chances, des rémunérations et des perspectives de carrière

En Afrique plus que nulle part ailleurs, les femmes travaillent. Mais ne nous y trompons pas, elles occupent des emplois aux rémunérations et perspectives d’évolution plus restreintes que les hommes.

Au sein de NSIA, près de 30 % des membres du comité de direction sont des femmes

Pourtant, selon les données de l’Organisation mondiale du travail, en créant une culture plus inclusive et en encourageant la diversité au sein de leurs effectifs, les entreprises ont une probabilité de 9 % supérieure d’avoir de meilleurs résultats opérationnels que celles qui n’en ont pas.

À cela s’ajoute le fait que les femmes réinvestissent jusqu’à 90 % de leurs revenus dans l’éducation, la santé et l’alimentation de leur famille et de leur communauté, contre 40 % au maximum pour les hommes. Ainsi, que ce soit en matière d’impact sur la performance d’une entreprise ou sur la société, une plus grande inclusion des femmes dans la gouvernance des entreprises est bénéfique.

Une présence féminine accrue au sein des CA a un impact positif sur les résultats des entreprises

Les politiques de genre des entreprises doivent impérativement aller au-delà de la parité et s’attaquer à l’égalité des chances, des rémunérations et des perspectives de carrière. C’est l’engagement qu’a pris NSIA : aujourd’hui, au sein du groupe, près de 30 % des membres du comité de direction sont des femmes et nous ne comptons pas nous arrêter là.

Déterminées à défendre leurs intérêts

La mixité au sein des instances dirigeantes exécutives est nécessaire pour s’ériger en modèle de la politique de genre globale de la firme. Alors qu’au niveau mondial, seulement 17 % des sièges des comités exécutifs des entreprises sont occupés par des femmes, en Afrique cet indicateur atteint 25 %.

Certes, les comités exécutifs et de direction des entreprises africaines comptent plus de femmes que la moyenne mondiale, mais ce résultat n’est pas satisfaisant. À plusieurs reprises, des études ont démontré qu’une présence accrue des femmes au sein des conseils d’administration avait un impact positif sur les résultats des entreprises.

Les femmes qui s’unissent proposent des modèles inspirants aux nouvelles générations

Depuis plusieurs années, des solutions ambitieuses se développent sur le continent. Que ce soit des réseaux tels qu’Africa Femmes Initiatives Positives Afrique (AFIP-Afrique) qui réunit des femmes aux compétences variées ou le Women’s Investment Club, premier club d’investissement féminin au Sénégal, les femmes africaines sont plus que jamais déterminées à défendre leurs intérêts.

L’influence de ces réseaux est double : d’une part, en se réunissant, les femmes ont plus d’impact et, de l’autre, elles proposent des modèles inspirants aux nouvelles générations.

Exigence saine et constructive

Notre continent est en pleine émergence, mais beaucoup reste à construire. Pour participer pleinement aux objectifs de développement, les entreprises africaines doivent permettre aux femmes d’accéder à de plus hauts niveaux de compétence.

La législation doit contraindre les entreprises réfractaires à transformer leur approche

Pour autant, il serait idéaliste de compter uniquement sur la bonne volonté de chacun pour insuffler un changement profond. Trop de nominations au sein des conseils d’administration sont encore effectuées par le biais de processus informels à forte dominance masculine et manquent de transparence.

Dans de plus en plus de secteurs d’activité, les attentes de l’ensemble des parties prenantes concernant la parité évoluent. Cette exigence est saine et constructive. Elle doit être accompagnée par une évolution de la législation qui contraigne les entreprises réfractaires à transformer leur approche vis-à-vis des questions de genre.

S’engager concrètement

L’Afrique ne peut se développer durablement en laissant de côté ses femmes. Elles doivent être impliquées au même titre que les hommes aux plus hauts niveaux de décision.

Aujourd’hui, les outils pour parvenir à une réelle parité sont à la disposition des entreprises, et diverses études en prouvent les bénéfices. En s’engageant concrètement vers une parité à tous les niveaux, le secteur privé africain a les moyens de se doter d’un avantage concurrentiel clé pour son succès.

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