Politique

Présidence de la CAF : Infantino et Motsepe, les raisons d’une alliance

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Mis à jour le 12 mars 2021 à 11:13

Le milliardaire sud-africain Patrice Motsepe et le président de la Fifa Gianni Infantino. © Peter Dejong/AP/SIPA ; Prensa Internacional/ZUMA/REA

Gianni Infantino, le président de la Fifa, multiplie les initiatives pour que le Sud-Africain Patrice Motsepe, son favori, soit élu président de la Confédération africaine de football, le 12 mars à Rabat.

Gianni Infantino ne doute de rien. Surtout pas de lui. Pendant des mois, le président de la Fédération internationale de football (Fifa), droit dans ses bottes, a expliqué à qui voulait l’entendre qu’il ne soutenait aucun des candidats engagés dans la course à l’élection pour la présidence de la Confédération africaine de football (CAF), le 12 mars prochain.

L’Italo-Suisse de 50 ans a longtemps fait mine d’avoir un faible pour le Mauritanien Ahmed Yahya. « Mais personne n’était dupe : Infantino penche depuis le début pour Patrice Motsepe », assure un ancien membre de la Fifa.

La dernière preuve tangible remonte au 28 février. Sous l’égide de deux émissaires de la Fifa  – le Congolais Véron Mosengo-Omba, directeur des associations, et le Suédois Mathias Grafstöm, vice-secrétaire général – et de Fouzi Lekjaa, l’influent président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), Motsepe, Yahya, Jacques Anouma et Augustin Senghor se sont réunis à Rabat.

Yahya, proche d’Infantino, a rapidement prévenu son gouvernement qu’il se rangeait derrière le plan proposé par la Fifa. Puis Augustin Senghor l’a imité.  À la veille de la réunion de Nouakchott qui s’est déroulée samedi 6 mars, en marge de la finale de la CAN des moins de 20 ans, Jacques Anouma, que certains imaginaient aller jusqu’au bout, a annoncé le retrait de sa candidature. Gianni Infantino, présent en Mauritanie pour sceller ce pacte qui fait déjà beaucoup jaser, a atteint son objectif.

Rompre avec la présidence d’Ahmad

Gianni Infantino est tombé sous le charme de la troisième fortune de la nation arc-en-ciel, également président du club de Mamelodi Sundowns. Une préférence affichée qui ne plaît pas à tout le monde. « Dans le football africain, Motsepe est uniquement connu en tant que président de Mamelodi Sundowns. Il serait paradoxal qu’un homme qui n’a jamais dirigé ni la fédération ni la ligue professionnelle de son pays trouve le temps de présider la CAF », juge ainsi Joseph-Antoine Bell, l’ancien gardien des Lions indomptables du Cameroun.

En optant pour Motsepe, Infantino souhaite une amélioration de l’image de la CAF, passablement écornée depuis plusieurs années, avec un président vierge de tout lien avec la présidence d’Ahmad Ahmad. Pour mettre au point sa stratégie, le patron du football mondial s’est offert une grande tournée en Afrique (Maroc, Congo-Brazzaville, Bénin, Rwanda, Sénégal, Mauritanie, République démocratique du Congo, Mali).

Son escale à Cotonou, qui soutenait jusque-là officiellement Jacques Anouma, a par exemple visiblement porté ses fruits, puisque le Bénin s’est lui aussi converti à la cause Motsepe. Le jet privé du Suisse s’est aussi posé sur le tarmac de l’aéroport international de Johannesburg afin d’assister à l’Assemblée générale du Conseil des associations de football de l’Afrique australe (Cosafa). Cette dernière a profité de ce rendez-vous et de la présence d’Infantino pour apporter son soutien massif à Patrice Motsepe.

« À ce niveau, il est évident que les États peuvent directement intervenir pour conseiller à la fédération de voter pour tel ou tel candidat. Parce qu’il y a des enjeux politiques, diplomatiques, économiques », persifle un proche d’Ahmad Ahmad.

Un président téléguidé depuis Zurich ?

En échange de son soutien, il se murmure qu’Infantino aurait notamment promis au milliardaire d’inclure son club de Mamelodi Sundowns dans la liste des participants à la très lucrative Ligue africaine, un des projets de la Fifa réunissant les vingt meilleurs clubs du continent. Selon les estimations d’Infantino, cette compétition « pourrait générer 200 millions de revenus. »

De son côté, Motsepe serait prêt à réfléchir à une CAN tous les quatre ans, au lieu de deux actuellement, comme le souhaite le président de la Fifa. Un projet qui se heurte pourtant à une grande hostilité de nombreuses fédérations africaines. Gianni Infantino est par ailleurs persuadé que le sens des affaires du président d’African Rainbow Minerals permettra à la CAF, en difficulté financière, d’attirer de nouveaux sponsors. « Motsepe président, cela pourrait aussi déboucher sur la nomination de la Sénégalaise Fatma Samoura, actuelle secrétaire générale de la Fifa, au même poste, mais à la CAF. Cela renforcerait l’influence d’Infantino », suppose un membre du Comité exécutif de la CAF.

En 2017, Infantino avait favorisé l’élection d’Ahmad Ahmad face à Issa Hayatou

Gianni Infantino a fait de l’Afrique l’une de ses priorités, notamment en vue de sa réélection, en 2023. L’Italo-Suisse, qui entretient des relations exécrables avec les puissantes confédérations européenne (Uefa) et sud-américaine (Conmebol), mise notamment sur le soutien des Africains (54 fédérations) et des Asiatiques (46 fédérations) pour effectuer un troisième mandat.

Et le président de la Fifa, qui multiplie ces derniers mois les déclarations pour améliorer la situation du football africain (aide financière de l’instance pour construire dans chaque pays un stade moderne, création de la Ligue africaine…) pense avoir trouvé en Patrice Motsepe le relais idéal sur le continent. En 2017, Infantino avait favorisé l’élection d’Ahmad Ahmad face à Issa Hayatou, pensant avoir une influence sur le Malgache. On connaît la suite…